CHAPITRE IX
L’'anatomie comparée permet ainsi de construire un grand nombre de séries de développement (intestin, cœur, organes rénaux). L’anatomiste désigne la forme la plus simple comme forme primitive et en tire les autres par progression, transformation ou même régression. Il se demande si ces formes ne sont pas dérivées réellement de la première et il conclut avec tout le monde que oui, car c’est la seule théorie scientifique acceptable [p. 153].
Cependant il ne faut pas oublier que les formes des organes étudiés par l’anatomie comparée ne correspondent pas aux séries génétiques formées historiquement, mais ont été seulement arrangées par nous en une série génétique.Il ne faut pas oublier que ces séries ne représentent que jusqu’à un certain degré l’image réelle de la série historique dans laquelle la transformation d’un organe s’est accomplie dans une espèce donnée. Il est clair par exemple que les organes correspondants d'un Mammifère ne dérivent pas de la colonne cartilagineuse, du cœur, du mésonéphros d’un Sélacien. Comme l’a dit GE- GENBAUR, on ne peut rechercher les ancêtres d’une famille ou d’un peuple dans leurs contemporains, et les animaux actuels ne donnent pas les formes véritables d’où sont sorties telle ou telle différenciation [p.153].
D'autre part l’embryologie montre que le développement de chaque organe offre une série d’étapes qui forment le pendant des séries montrées par l’anatomie comparée, de sorte que l’on peut parler avec
HAECKEL et d’autres d’un parallèle qui existe entre les résultats de l’anatomie comparée et de l’embryologie des organismes. Mais il est interdit de tirer de ce parallélisme, si l’on veut l’utiliser pour les questions de descendance, aucune conclusion plus étendue, car s’il offre un appui à cette vue spéculative des anatomistes que les organes plus élevés procèdent de plus simples, cependant les résultats de l’embryologie comparée se refusent, aussi bien que ceux de l'anatomie comparée, à nous montrer la réelle image de la série d’ancêtres d’une espèce actuelle (p. 155- 156).
Aucun stade embryonnaire ne nous donne, en réalité, l’image exacte de l’aspect et des propriétés d’une forme ancestrale reculée. « La chaîne ancestrale d’une espèce se laisse aussi peu construire par l’ontogenèse que par le mode d'observation de l’anatomie comparée, lorsque celle-ci lie entre elles dans des séries génétiques idéales des formes qui en réalité ne sont pas descendues les unes des autres» [p. 1561].
Entrant maintenant en plein dans l’examen de la loi biogénétique, voici comment Osc. HERTWIG développe ses vues : La phylogenèse est comparable a une chaîne formée d'innombrables anneaux. Ces anneaux sont les ontogénies particulières dont chacune commence par un œuf et se termine par un organisme capable de se reproduire. Un anneau engendre le suivant, car à la fin d’une ontogenèse se produit l’œuf qui recommence un nouveau cycle. La phylogenèse est donc un processus décomposable