‹ Un problème de l'évolution; la théorie de la récapitulation des formes ancestrales au cours du développement embryonnaire (loi biogénétique fondamentale de Haeckel)Chapitre 97 sur 111 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

au contraire le fait de prendre des substances organiques déjà créées pour les digérer a conduit à la formation d’une cavité intestinale primitive, dont la formation oppose le développement animal au végétal. Il n’y a donc rien d'étonnant à rencontrer dans les différentes branches du règne animal (Vertébrés et Invertébrés) une morula, une blastula et une gastrula. Mais si ces processus de développement sont fondés sur la nature même de la cellule animale, il n’y a pas de prétexte pour conclure de la répétition de toutes ces formes à la dérivation unique d’un seul tronc gastréiforme. Bien plus nous voyons dans les premiers stades consécutifs du développement animal, seulement l’activité d’une loi particulière qui conditionne les formes animales en opposition aux formes végétales » [p. 178].

Enfin HERTWIG revient encore sur le rôle et les rapports réciproques de l’anatomie et de l’embryologie comparées. Nous ne pouvons guère insister làdessus, parce qu'il faudrait tout citer, et nous donnerons seulement ses conclusions sur la signification et la valeur qu’il faut attribuer à l’homologie parce qu’elles complètent bien ce qui a été développé dans ce chapitre.

Il se joint à ceux qui voient dans l’homologie seulement l'expression de lois de l’organisation des êtres quimontrent cette homologie,et laisse ouverte la question de savoir jusqu’à quel point l’homologie démontrée doit s'expliquer par une dérivation commune ou de toute autre manière. Il pense là-dessus comme

222 UN PROBLÈME DE L'ÉVOLUTION JoH.MüLLER, VON BAER, ALEXANDRE BRAUN, NAEGLI et d’autres et souscrit à cette opinion de À. BRAUN. « Ce n’est pas la descendance qui décide en morphologie, mais au contraire la morphologie qui doit décider sur la possibilité de la descendance ». C’est méconnaître la signification indépendante de la notion d'évolution, de celle de morphologie que de dire qu’il ne peut être question d’homologie d’organes, sans la supposition d’une dérivation commune ou comme dit STRASSBÜRGER « que la comparaison est déjà de la phylogenèse, car elle ne vaut qu’autant qu’on a à faire à des choses de la même origine ». Il faudrait alors savoir ce que l’on entend par même origine. Pour les cristaux de chlorure de sodium on ne peut pas douter de leur même origine, mais on ne parlera cependant pas de leur descendance commune, d’un précristal. De même dans le domaine de l’organisation on pourrait se représenter un semblable mode d’origine de formes typiquement concordantes, sans lien extérieur du développement [p. 181].

L’exposé d'Oscar HERTWIG synthétise les objections faites à la loi biogénétique, et groupe d’une manière très frappante des arguments de détail déjà présentés isolément par divers auteurs. Pour une grande part il se joint à Von BAER, qu'il cite si souvent et auquel il a rendu l'hommage significatif de placer son portrait au frontispice du Traité d’embryologie expérimentale et comparée. L'idée que l’œuf n’est que l'individu non développé est directement

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CHAPITRE IX 223 de Von BAER, et la conception des organes devenus embryonnaires a des rapports très étroits avec le quatrième principe de cet auteur. Il est facile de signaler d’autres points où il se rencontre avec d’autres biologistes. BEARD par exemple (1896) avait insisté sur l'importance des principes de Von BAER comme l’a fait KEIBEL peu de temps après (1808). EMERY avait déjà indiqué que la constitution de lidioplasma telle qu’on peut la concevoir d’après les travaux de WEISSMANN ne permet pas de parler d’une réelle récapitulation de la phylogenèse, pas plus que de cénogenèse et de palingenèse dans le sens littéral, ces expressions ne peuvent être employées qu'au sens figuré (1896, p. 351). MEHNERT avait déjà fait ressortir le caractère évolutionniste de l'ontogenèse et montré qu'’épigenèse et évolution ne sont pas en opposition (1)

Quand aux idées d’'Osc. HERTWIG sur les rapports qui existent entre morphologie et descendance, elles ont été déja formulées par des auteurs autres que ceux auxquels il fait allusion. DELAGE y est revenu à diverses reprises, et dans sa Zoologie concrète t. II, 1901, après avoir longuement exposé les théories poly-organiques ou poly-personnelles de l'organisme siphonophore, il conclut :

« Pour nous, il nous semble plus rationnel de voir dans le Siphonophore le produit de l’évolution d’un

(1) N'ayant pu me procurer l'ouvrage de MENNERT je le cite

d'après KE1BEL, 1898 p. 771.

plasma ovospermique, apte à former d'emblée, avec leconcours nécessaire des conditions qu’il rencontre, un organisme présentant, avec les autres Hydroméduses, des ressemblances et des différences. Ses ressemblances, il les doit à sa parenté phylogénétique avec celui des Hydroméduses: il forme des parties semblablement (mais non identiquement) conformées (des nématoblastes, des noyaux médusaires, des ombrelles, des manubriums, des polypes, des dactylozoïdes, des tentacules, etc.,etc.) parce que, dans sa constitution physico-chimique, il reste fondamentalement semblable à celui de ses ancêtres Hydroméduses. Ses différences il les doit aux modifications qu'il a subies par rapport à ce dernier. Quant à savoir comment ces modifications se sont produites, si elles ont été graduelles, si elles sont dues à une action sur l'adulte, dont le retentissement sur le plasma germinal est pour le moment incompréhensible, ou si elles sont le produit de certaines variations directes du plasma germinal, cela est pour le moment impossible. Dire qu'il y a correspondance objective entre telles parties du Siphonophore et telles autres de l’'Hydraire ou de la Méduse, c’est trancher la question dans le premier sens, car si la seconde hypothèse est la vraie, tout est neuf dans le Siphonophore par rapport aux formes parentes ; ce bouclier ressemble à une ombrelle, mais il n’a jamais été ombrelle, et ne dérive pas plus d’une ombrelle que la forme cristalline du soufre octaédrique n’a dérivé graduellement de celle du soufre prismatique » (p. 293).

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