‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 21 sur 94 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Six semaines s'écoulèrent sans que la commission des Cinq déposât son rapport sur les accusations portées contre la compagnie des Indes par Julien, de Toulouse, et par Fabre d'Eglantine. Le silence se fit subitement. Mais, pendant ce temps, les députés qui avaient dénoncé les compagnies financières étaient eux-mêmes mis sur la sellette et leur crédit baissait tous les jours.

Dénoncé aux Jacobins dès la fin d'août ponr Ifl protection occulte qu'il accordait aux aristocrates et aux agioteurs, qu'il était chargé de réprimer, le comité de Sûreté générale, que dirigeait Chabot et ses amis, Basire, Julien, Delaunay, Alquier, Osselin, Guffroy, est renouvelé le 15 septembre et épuré. Julien, de Toulouse, est perquisitionné par le nouveau comité, le 18 s'eptembre, et l'opération amène la découverte de pièces très compromettantes qui prouvent que Julien protégeait les aristocrates et les fournisseurs (D. Chabot eut si peur qu'il brûla ses papiers à son domicile.

Chose curieuse. Des divergences s'accusent miaintenant entre les députés qui, naguère, semblaient unis contre les compagnies financières. Alors que Chabot et Delaunay s'opposent avec ténacité au séquestre des biens des étrangers sujets ennemis, Fabre d'Eglantine, soutenu par Dufourny et Lullier du département de Paris aux Jacobins, par Robespierre et par Salnt- Just au Comité de Salut public, met une égale ténacité à faire voter la loi du séquestre (2). C'est chose faite le 16 octobre.

(1) Voir la 1" série de mes Etudes robespierristes.

(2) Voir mon livre La Révolution et les Etrangers, particulièrement les pages 148-161.

Vivement attaqué par Doifourny d'un côté et par Hébert de l'autre, Chabot prête le flanc à tous les soupçons. Il intervient auprès de Rabespierre pour faire lever les scellés mis sur la. caisse du banquier Boyd au milieu de septembre, et Robespierre lui dit que Boyd est un agent de Pitt, ce qui ne l'empêche pas de procurer à ce même sujet anglais, le 9 octobre, un passeport qui lui permet d'échapper à l'arrestation. Il met le comble à ses imprudences en épousant, le 6 octobre, la sœur des banquiers autrichiens Frey, qui paraissent être des aventuriers à la solde du gouvernement de Vienne. Le bruit courut que la dot de 200.000 francs que la future apportait à Chabot avait été fourme par celui-ci qui voulait ainsi mettre en sûreté l'argent qu'il avait soutiré à Boyd et aux banquiers qu'il avait protégés contre le séquestre.

Fabre d'Eglantine avait terminé son ,grand discours du 14 août par des menaces contre les deux compagnies d'assurances sur l'incendie et sur la vie. Le fondateur de ces deux entreprises, le baron de Batz, ancien constituant, invita peu après Chabot, .Juilien, Basire et Delaim<iy à un dîner qui eut lieu dans sa maison de Charonne. Le banquier Duroy, ami de Basire, assista aussi au dîner (D.

Batz voulait sans doute Obtenir la protection des députés pour sauver ses compagnies d'assurances. Il est remarquable que le jour où le comité de Sûreté générale lèvera les scellés chez Julien, le 20 septemibre, on trouvera chez celui-ci un paquet de titres des compagnies d'assurances valant plus de 100.000 livres. Julien expliqua que ces titres appartenaient à sa maîtresse, M"'^ de B5eaufort,ieton se contenta de cette explication.

Batz n'avait pas invité Fabre d'Eglantine, mais il était dans les meilleurs termes avec son ami LuUier, procureur général syndic du département de Paris. Il faut noter qu'après le dîner de Charonne il ne fut plus question à la tribune de mettre en liquidation les compagnies d'assurances. La suppression toute théorique, édictée par le décret du 24 août, ne semble avoir été suivie d'aucune mesure effective. Fabre d'Eglantine lui-même ne donna aucune suite à, ses menaces du 14 août. .

(1) Voir sur ces faits le mémoire apologétique de Chabot que j'aj publié chez Leroux en 1914, les brochures de Julien pour sa défense, la brochure de Batz intitulée la Journée des Soixante, et les pièces reproduites plus loin.

Batz et son agent Benoît étaient des spéculateurs audacieux qui jouaient à la baisse sur les fonds de la compagnie des Indes. Benoît, compatriote et ami de Delaunay, prêta sa plume à celui-ci pour rédiger ses rapports.

Balz mêlait enfin la politique et la finance. Il avait essayé de sauver le roi et la reine. Il essaya de sauver les Girondins. Dénoncé par le serrurier Zingrelet, le 9 septembre, pour ses propos imprudents, il échappa à l'arrestation grâce à la protection de Lullier, de Delaunay pt de Chabot, et, quoique frappé d'un mandat d'arrêt, il continua à séjourner à Paris et à voir régulièrement ses amis députés qui le recevaient chez eux.

Batz s'entremit-il entre la compagnie des Indes et les députés ses amis chargés du rappoii sitr sa liquidation ? Les déclarations postérieures de Chabot et de Basire le laisiseraient entrevoir. Après avoir fait baisser les actions de la compagnie, Batz et ses asosciés, pour réaliser leurs gains, avaient intérêt à provoquer une hausse, afin de revendre les titres qu'ils avaient achetés à bas prix. Le fournisseur d'Espagnac, protégé de Julien, aurait offert de mettre 4 millions à la. disposition des spéculateurs pouir cette opération, mais son offre aurait été rejetée. Si on songe que Batz, par ses relations avec Dufourny et Lullier, pouvait facilement influer sur Fabre d'Eglantine, qui était leur ami, on est enclin à admettre qu'il fut avec Benoît le pivot de l'affaire.

Toujours est^l que le retard apporté au dépôt du rappoirt sur la liquidation de la compagnie commençait à paraître anormal. Le commissaire Gi'oune, qui avait été chargé en juillet de vérifier les livres de la compagnie pour dresser le compte des transferts faits en violation de la loi, écrivit à Amar, le 1*'' octobre, la lettre sun'vante où il mêlait à des récriminations personnelles des conseils significatifs :

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