‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 24 sur 94 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Dénoncé sans relâche depuis son mariage autrichien par Fabre d'Eglantine dans le secret des comités, par Dufourny, l'ami de celui-ci, à la tribune des Jacobins, par Hébert dans le Père Duchesne, Chabot acheva de se perdre par une tentative désespérée qu'il fit pour se sauver dans l'excès de sa peur. Au cours du grand débat du 16 octobre, où avait été voté, malgré lui et malgré Delaunay, le séquestre sur les biens des sujets ennemis, Saint-Just et Robespierre avaient tonné contre la faction autrichienne, qui paralysait les meilleures mesures, et ils s'étaient exprimés en termes si clairs que chacun avait compris qu'ils désignaient les beaux-frères de Chabot, les Frey, et Chabot luimême, comme les chefs de cette faction. Le 19 brumaire, le député Osselin, ami et complice de Chabot, avait été décrété d'accusation pour la protection qu'il avait accordée, en violation de la loi, à la marquise de Charry, émigrée, devenue sa maîtresse. Chabot, soutenu par tous les politiciens d'affaires, avait réclamé le rapport du décret qu'il avait fait voter lui-même contre les Girondins et qui donnait aux comités le droit d'arrêter préventivement les députés. Il s'était livré, à cette occasion, à une véhémente critique de la Terreur et de la dictature des comités : « S'il n'y a pas de côté droit, j'en formerai un à moi tout seul, dusssé-je perdre la tête, afin qu'il y eût une opposition et qu'on no dise pas que nous rendons les décrets de confiance et sans discussion. » Après un violent débat, qui aura deux jours, il avait obtenu gain de cause le 20 brumaire. La Convention avait voté une résolution qui retirait aux comités le droit d'arrestation préventive. Mais les comités, énergiquement soutenus par les Jacobins, étaient parvenus à faire

rapporter ce vote le 22 brumaire. Chabot, Basire, Thuriot s'étaient platement rétractés devant la Convention et devant les Jacobins, sans réussir à les fléchir. Les Jacobins votaient, le 23 brumaire, l'expulsion de Thuriot et décernaient un blâme à Basire et à Chabot (D.

Chabot, qui avait encore reçu chez lui, le 19 brumaire, le baron de Batz, déjà frappé d'un mandat d'arrestation, eut tellement peur d'être perquisitionné lui-même et arrêté qu'il nous dit qu'il avait songé à faire disparaître un paquet d'assignats de 100.000 livres qu'il avait en sa possession, et dont il craignait sans doute de ne pouvoir expliquer la provenance, le même paquet qu'il remettra quelques jours i>lus ta'^d au oomlité de Sûreté générale comme une preuve des tentatives de corruption dont il avait été l'objet.

Comment se tirer de ce mauvais pas, comment arrêter le bras des comités prêt à s'appesantir sur lui ? Par sa critique de la Terreur, qui était leur œuvre. Chabot s'était brouillé définitivement avec les Hébertistes, avec lesquels il avait été très lié. D'ailleurs il n'avait pas à ménager les Hébertistes, qui n'avaient dans la Convention et dans les comités qu'une faible influence et contre lesquels Fabie d'Eglantine et Dufourny avaient déjà tourné !a loi des suspects. Cliabot ne pouvait ignorer que Fabre d'Eglantine l'avait dénoncé pour ses liaisons avec les l>anquiers sujets ennemis dès le 12 octobre. Il savait que Fabre jouissait à ce moment d'une grande influence sur Robespierre et sur Saint-Just et que ceux-ci étaient très préoccupés de réprimer les menées des agents de l'ennemi, qui poussaient les Jacobins aux mesures extrêmes afin de perdre la Révolution. Le parti de Chabot fut vite pris. Il expliquerait ses liaisons avec les agioteurs étrangers, dont on lui faisait grief, par sun désir civique de connaître et de pénétrer leurs complots. 11 dénoncerait ses complices. Il fournirait ainsi à Fabre et aux comités des armes contre « les agents de l'étranger )>. Il ne pouvait ignorer, d'autre part, que Fabre avait finalement signé le décret avantageux à la Compagnie des Indes. Il parlerait de ce décret juste assez pour inquiéter Fabre 'et pour le tenir en respect, s'il hésitait à

(Ij \ oir sur ces faits le chapitre xii de la seconde série de mes Etudes robespierristes, pp. 300-308.

s"associer à sa manoeuvre. Ainsi il rentrerait en grâce et il échapperait au châtiment.

Le 23 brumaire au soir, dans une séance plus violente encore que les précédentes, les Jacobins avaient couvert de huées Chabot et Basire et décidé que leur cas serait soumis à une commission d" enquête.

Le lendemain de cette séance, au milieu des transes, Chabot décida d'aller se confesser à Robespierre. Celui-ci a raconté lentrevue dans les termes suivants :

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