‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 26 sur 94 · La dénonciation de Basire (26 brumaire · texte numérisé non relu

La dénonciation de Basire (26 brumaire

Original de la main de Basire Version officielle au dossier du procès

Je déclare que le citoyen D.

me dit un jour que la Montagne étoit sans énergie par l'effet de la misère de plusieurs de ses membres ; qu'il falloit lui imprimer un grand caractère en mettant tous ceux qui la composent au-dessus du besoin et qu'au bout du compte il seroit bien injuste de reprocher aux députés de faire leurs propres affaires en faisant celles de la République ; que Danton étoit de son avis ; que si je voulois me trouver à dîner avec lui, nous en raisonnerions tous les trois ; que je pourrois les servir en prenant sur l'état de la fortune de nos collègues quelques renseignemens que je lui fournirois, et finit par m'indiquer un jour pour le repas proposé. Je le quittai très étonné de tout ce que je venois d'entendre, fis en balbutiant une promesse de m'y trouver et ne m'y trouvai point.

Le 26 brumaire, à deux heures du matin, je soussigné Claude Basire, député à la Convention nationale, déclare au comité de Sûreté générale que, lorsque la faction de Brissot était encore en force, mais que cependant le comité de Salut public se montroit composé de Montagnards, le citoyen Delaunay me dit, dans le jardin des Feuillans, que la Montagne n'avoit ni énergie ni grandes vues, et que c'étoit l'effet de la misère dans laquelle se trouvoit la plus grande partie de ses membres ; que le seul moyen de lui imprimer un caractère digne d'elle étoit d'élever tous ceux qui la composent au-dessus du besoin qui retient l'esprit, et qu'au bout du compte il seroit bien injuste de reprocher aux députés de faire leurs propres affaires en faisant celles de la république ; que c'étoit l'avis de Danton ; que, si je voulois me trouver à dîner chez lui, nous en raisonnerions ensemble ; que je pourrois les servir en prenant sur la fortune de mes collègues des renseigne-

Longtems après, et la Révolution du 31 mai étant consommée, Delaunay me parla d'un projet de mettre les compagnies financières, les banquiers et tous les agioteurs à la raison, de forcer la hausse de l'assignat et de faire merveilleusement les affaires de la République en faisant celles (le beaucoup de bons patriotes de la Convention nationale.

Il me dit cela fort sommairement, et Julien, de Toulouse, avec lequel j'eus une conversation immédiatement après, entra dans de plus grands détails et voici ce que j'en ai retenu :

Il me dit en substance que Delaunay lui avait annoncé un plan formé avec Danton de faire une fortune considérable et de la réaliser ; il entendoit par la réaliser la convertir en papier sur l'étranger, en livres sterlings et en guinées et il m'en résulta les développemens suivans :

1° Que pour faire fortune

mens que je lui fournirois, et il finit par m'indiquer un jour pour le repas proposé. Je le quittai très étonné de tout ce que je venois d'entendre, fis en balbutiant une promesse de m'y trouver et ne m'y trouvai point.

Longtems après, la Révolution du 31 mai étant consommée. De Launay me parla d'un projet de mettre les compagnies fmancières, les banquiers et généralement tous les agioteurs à la raison, de forcer la hausse des assignats et de faire merveilleusement les affaires de la république en faisant celles de beaucoup de patriotes de la Convention nationale. Il me dit cela fort sommairement et Julien, de Toulouse, avec lequel j'eus une conversation immédiatement après, entra dans de plus grands détails.

Le plan de Delaunay, qu'il nous développa, consistoit :

1° A procurer à beaucoup de patriotes une fortune considérable ;

2° A la réaliser, et sur ce que je demandai ce que l'on entendoit par ce mot, Julien me répondit que cela signifioit dans le langage de l'association : la convertir en papiers sur l'étranger, en livres sterlings et en guinées.

l'affaire de I-A compagnie des INDES

ils comptoient faire baisser tous les papiers des compagnies financières, profiter de cette baisse pour en acquérir en grande iiuantité et s'en faire donner gratuitement par les banquiers intéressés à leur conservation et les faire rehausser tout à coup par des décrets avantageux ;

2° Que, pour la réaliser, ils avoient Je moyen de forcer tous les banquiers à faire leurs paiemens en papier sur l'étranger, en livres sterlings et en guinées, pour en inonder la place, avilir les diverses espèces et profiter de cet avilissement pour faire la conversion des fonds acquis sur les compagnies en effets étrangers et monétaires ;

3° Que pour effrayer les compagnies, on les dénonceroit d'un côté comme aristocrates, tandis que d"un autre côté Delaunay prépareroit des mémoires sur les vices de leur organisation; qu'on feroit peur aux banquiers individuellement de dénonciations au comité de Sijreté générale, dont lui Julien, Chabot et moi étions membres ; qu'on les amèneroit bien à ses fins si nous voulions servir le plan et que nous n'avions qu'à nous

Pour faire fortune, il me dit que Ton comptoit faire baisser tous les effets des compagnies financières, et surtout de la compagnie des Indes, par des moyens de tactique fort adroits; profiler de cette baisse éphémère pour en acquérir une très grande quantité, s'en faire même donner par les banquiers intéressés à la conservation des compagnies , provoquer ensuite une hausse subite de leurs effets par des décrets avantageux et amasser de cette manière des fonds considérables. Sur ce que je lui demandai avec quel fonds Ton pourroit commencer cette affaire et acquérir des billets lors de la baisse, il me répondit que les fonds ne manqueroient point, que Delaunay sauroit bien où les trouver et que même il avoit refusé de se prêter à un arrangement proposé par D'Espagnac, qui réclamoit 4 millions de livres et qui, si on les lui eut fait obtenir, les auroit abandonné sans intérêts pendant un certain tems (1).

(Ij Ces londs étaient sans doute les 4 millions dont un jugement du 4 lévrier 1793, frappé d'appel, avait ordonné la restitution à dEspagnac sur la liquidation de son coup de bourse de 1787. (Etudes robespierpierristes, 1" série, p. 180.)

en rapporter à Delaunay qui nous feroit fidèlement notre part de bénéfice.

Depuis, l'on se rappelle que Julien dénonça sans preuve la compagnie des Indes pour avoir prêté au ci-devant roi des fonds pour la Contre-Révolution, ce qui effraya prodigieusement la compagnie. Il me dit en même tems que Danton W Delaunay préparoit contre elles un mémoire foudroyant qui n'étoit que pour les conférences avec les banquiers et qu'il en avoit de plus doux pour l'Assemblée ; que généralement les affaires alloient bien, qu'on donnoit à force, qu"on jouoit bien, (jue notre fortune se faisoit et que Delaunay (2), que je voyois quelquefois et que j"écoutois toujours pour savoir où on nous menoit, me disoit à peu près la même chose, et l'on se rappelle que la compagnie des Indes étoit fort travaillée, son papier tomba de 1.5001. à 6501.

On peut suivre ce que ses billets sont devenus dans le commerce par l'effet des décrets. Je ne connois rien en

(1) Le mot est bairé sauf 1 initiale.

Delaunay est en sur-charge au-dessus de la ligne.

(2) Mot barré.

Pour réaliser la fortune, acquise ainsi que je viens de le dire. Ton se faisoit fort d'obliger toutes les compagnies, les banquiers, etc., à faire tous leurs paiemens les plus prochains en papiers sur l'étranger, en livres sterlings et en guinées pour en inonder la place et profiter de leur avilissement pour opérer la conversion des fonds.

Sur ce que je demandai à Julien c-omment il pensoit que nous pourrions servir l'association et mériter une part aux bénéfices, il me répondit que, tandis que Delaunay prépareroit des mémoires sur les vices d'organisation des compagnies pour les effrayer sur leur existence collective, les discréditer dans l'opinion, faire baisser leurs effets, il importoit encore pour les amener plus infailliblement et plus promptement à ses fins, dans les conférences où on leur proposeroit des sacrifices, de faire peur à chacun des administrateurs du comité de Sûreté générale, dont lui Julien, Chabot et moi nous étions membres, et qu'on les nienaceroit de dénonciations personnelles; que, d'ailleurs, Chabot et lui étoient en même tems mem-

pareille matière. On peut voir

comment sont f (i> sur

l'étranger et faire cadrer tout cela.

[La Caisse d'Escompte fut de même fort travaillée... (2). On parla beaucoup de la motion de Danton, que j'avois combattue (3), comme d'une chose excellente pour l'association ; que toutes ces compagnies financières, ayant beaucoup de billets démonétisés, seroient obligées défaire leurs paiemens en papiers sur l'étranger, en livres sterlings, en guinées ; que la pJace en seroit bientôt couverte ; que ce seroit le bien de la république ; que cela releveroit l'assignat et faciliteroit la réalisation des fonds de l'association].

(1) Mots illisibles.

(2) Mots illisibles. Tout, ce passage entre crochets est barré dans la minute.

(3) Allusion à la discussion du 31 juillet 1793 sur la démonétisaUon des assignats à face royale, proposée par Chabot et appuyée par Danton.

Basire combattit la mesure qui fut cependant votée.

bres deiaconnnission de l'agiotage, où ils pourroient rendre de grands services à l'association ; que, quant à moi, l'on ne me demandoit autre chose que de laisser faire et que Delaunay nous feroit fidèlement à tous notre part de bénéfice.

Depuis, l'on se rappelle que^ Juhen dénonça sans preuves à la Convention nationale la compagnie des Indes, pour avoir, disoit-il, prêté au ci-devant roi des sommes considérables destinées à la Contrel^évolution, dénonciation qui effraya prodigieusement la compagnie et qui n'avoit pas d'autre objet ; on la fit renvoyer à un comité qui ne put y donner aucune suite.

C'est dans ce tems que Julien, auquel je demande s'il pouvoit prouver ce fait là, me dit qu'il n'était pas nécessaire de rien prouver dans cette affaire ; que le coup étoit porté, qu'il suffisoit que cela produisit une opinion défavorable à .lia compagnie et qu'elle en conçut elle-même quelque terreur ; que Delaunay de son côté préparoit un mémoi.re foudroyant contre elle qui n' étoit pas pour la Convention mais seulement pour les conférences particulières avec les

banquiers qui en seraient fort effrayés et qu'il en avoit un autre beaucoup plus doux pour l'Assemblée ; que les affaires de l'association alloient bien ; que les gens de finance donnoient tout ce qu'on vouloit ; que les courtiers et agens jouoient à merveille; que notre fortune se faisoit et que Delaunay ne tarderoit pas à nous faire un premier partage.

Delaunay, que je voyois

quelquefois et que j'écoutois

• toujours pour savoir où l'on

nous menoit, me disuit à peu

près la même chose.

L'on peut se rapeller que la compagnie des Indes, ainsi travaillée, vit ses billets tomber de 1.50O livres à 650 livres.

On peut suivre ce que ces billets sont devenus dans le commerce et calculer l'effet des décrets provoqués par les associés sur ces variations subites. Si on peut réfléchir à la prodigieuse émission qui eut lieu à cette époque sur la place de papiers sur l'étranger, de livres sterlings, de guinées, etc., et méditer sur tous ces événemens pour voir comment ils se rapportent avec les plans indiqués et comment tout cela résulte de leurs discours et de leurs motions à l'Assemblée.

Si l'on veut rechercher tous les discours qui eurent lieu à cette époque sur cette motion, on verra comment ils concordent avec le plan indiqué.

Je n'en dirai pas davantage sur le plan en général. Je n'ai eu là-dessus que des conversations à bâtons rompus avec Delaunay et Julien de Toulouse, avec lesquels je me trouvois un jour à dîner chez un certain ci-devant baron de Batz, ancien constituant, où se trouva encore Chabot, une dame Beaufort, une dame Janson W et je ne sais quelle autre femme avec La Harpe, le nommé Duroy, banquier, le nommé Benoît, que l'on me dit être d'Angers, ami de Delaunay et grand spéculateur en finances, repas dans lequel on ne parla point de finances, les nommés Benoît et Delaunay paroissant seulement en grande affaire avec Duroy, ainsi que le baron de Batz. Ils sortirent avec cet homme après le dîner pour se promener ensemble dans le jardin, et Chabot et moi nous revînmes à Paris avec Julien.

J'étois fort embarrassé dans

(1) Il s'agit ûe la mai^quise de Janson, qui avait fail de grands efforts pour sauver la reine.

Je n'en dirai pas davantage sur le plan en général. Je n'ai eu là-dessus que des conversations peu suivies avec Delaunay et Julien de Toulouse.

Je fus un jour engagé par Julien à aller dîner à la campagne : c'étoit chez un ci-devant baron de Batz, ancien constituant, où se trouvoient Chabot, une dame Beaufort, Laharpe, le nommé Duroy, banquier, le nommé Benoît, que l'on me dit être d'Angers, ami de Delaunay et grand spéculateur en finances. On ne parla point d'affaires pendant le repas. Benoît, Delaunay, de Batz sortirent avec Duroy après le dîner pour se promener ensemble dans le jardin.

Chabot, Julien et moi revinrent aussitôt à Paris.

J'étois fort embarrassé au miUeu de tant d'intrigues. Je ne voulois point être complice de Delaunay et de Julien. Je désirois cependant suivre leurs opérations pour les juger, fixer mon opinion sur les faits.

Il ne m'étoit pas possible de les dénoncer. Je n'avois pas de preuves suffisantes. Je prévoyois qu'il me seroit très difficile d'en avoir. Il m'eut été impossible de combattre leurs opinions sur les finances à la

toute cette afTaire. Je ne voulois point être leur complice.

Je désirois suivre leurs opérations pour les juger, fixer mon opinion sur des faits, les dénoncer. Je n'avois pas de preuves suffisantes. J'aurois été réfuté à l'Assemblée. [J (i)

comme Danton dans l'affaire...

qui d'ailleurs étoit aussi bonne pour la république que pour eux] (2). Ils me paroissoient d'ailleurs vouloir faire les affaires de la république en faisant les leurs. Ils étoient savans en finances et je ne fétois point.

Je causois avec eux de loin en loin quand l'occasion s'en présentoit et avec un air distrait ou préoccupé pour ne pas les perdre de vue, et Julien de Toulouse est celai qui m'en parloit plus fréquemment en homme qui veut bien décidément profiter de cela pour faire sa fortune.

Chabot, auquel j'en parlois une fois, me parut être beaucoup plus avant que moi dans toute cette affaire et me fit entrevoir le projet d'observer et de déjouer.

(1) iuots Illisibles.

(2) Le paragraphe outre crochets est barré dans l'original.

Convention nationale, d'abord parce qu'en général ces opinions paroissoient allier l'intérêt général à leur intérêt particulier et ensuite parce qu'ils étoient très instruits en pareille matière et que je conviens de bonne foi que j'y suis fort ignorant.

Je causois avec eux de loin en loin, quand l'occasion s'en présentoit, avec un air distrait et préoccupé pour ne pas les perdre de vue, et Julien de Toulouse est celui qui m'en parloit le plus fréquemment, en homme qui veut bien évidemment profiter de cela pour faire sa fortune.

Chabot, auquel j'en parlai une fois, me parut être beaucoup plus avant que moi dans toute cette affaire et me fit entrevoir le projet qu'il avoit formé d'observer et de déjouer, mais cela ne me paroissoit pas très praticable w.

Incertain sur le parti que je devois prendre, et après bien des réflexions, je me déterminai à faire prévenir les banquiers qui m'avoient été nommés que si l'on vouloit se servir de mon nom pour les ef-

(1) Cette phreise est soulignée au crayon rouge, sans doute par Fouquier-Tinvllle.

Incertain sur la conduite que je devois tenir, je me bornai à faire dire à deux banquiers que je connoissois indirectement, Duroy et Sabathier w, ce que je savois de cette affaire en leur donnant avis que si on vouloit leur faire peur de moi comme membre du comité de Sûreté générale, il étoit bon qu'ils sussent que j'étois honnête homme et que, s'ils m'en croyoient, ils se refuseroient à toute espèce de propositions de la part des associés. Cet avis fut donné au citoyen Sabathier par une femme que je nommerai quand il le faudra, au citoyen Duroy par une autre que je ferai également connoître au besoin.

Duroy, pénétré de cet avis, dit imprudemment à Benoît, agent de Delaunay, (pii lui faisoit des propositions, qu'il n'en entendroit aucune parce que je lui avois fait dire de n'en rien faire. Benoît s'en

(1) Guillaume Sabatier, syndic de la compagnie des Indes, jouissait d'un revenu de 187.000 livres. Arrêté une première fois le 5J2 septembre 1793 pour une affaire de piastres achetées en Espagne, eb remis en liberté, fut de nouveau arrêté le 1" brumaire comme soupçonné de dilapidation dans l'habillement des troupes. (Arch. nat., F' 4775".)

frayer mal à propos, il étoit bon qu'il se pénétrassent bien de l'idée que je suis un honnête homme et que si on leur faisoit des demandes d'argent pour quelque affaire que ce pût être, î;ls doivent penser ({ue de semblables demandes ne se font que par des fripons et qu'il n'est pas sûr de traiter d'affaires avec de pareilles gens.

Cet avis- fut donné au citoyen Sabathier par une femme que je nommerai quand il faudra, et au citoyen Duroy par une autre que je ferai connoître au besoin.

Duroy, fatigué des persécutions de Benoît, agent de Delaunay, qui lui présentoit des décrets contradictoires en lui disant : a Si vous donnez tant, voilà celui qui passera ; si vous refusez ce que je vous demande, ce sera celui-là », se leva un jour fort en colère et dit qu'il savait à quoi s'en tenir et que je lui avois fait passer l'avis de ne faire aucun arrangement avec les associés. Benoît s'en plaignit à Delaunay, qui n'eût rien de plus pressé que de le dire à Julien, dont je reçus des plaintes fort amères et avec qui je crus devoir alors me tenir sur la négative pour

LES DENONCIAXrONS DE CHABOT ET DE BASIRE

lor^

plaignit à Delaunay qui le dit à Julien qui me le redit amèrement et avec qui je crus devoir alors me tenir sur la négative pour ne pas perdre les moyens de suivre cette affaire.

Les confidences devinrent dès lors moins fréquentes, moins entières. On ne m'en parloit pas de la même manière. Cependant Julien m'annonçoit quelquefois que le moment du partage n"étoit pas éloigné, qu'il y auroit au moins lOO.OOO livres pour ma portion, résultant d'une somme de 500.000 liv. consignées par les banquiers pour obtenir des modifications aux décret?

qui les concernent. Delaunay.

que je rencontrai quelques jours avant, dans la cour du comité de wSùreté générale, après m'avoir parlé de l'affaire du rhum de Robert, se plaignit à moi de ce que Danton les avoit abandonnés, ainsi que Thuriot et quelques autres qu'il me nomma. Il m'ajouta qu'il sauroit bien malgré cela continuer ses opérations, etc.

Quelque tems après l'affaire du 2 juin, Héraut me tira un jour à l'écart dans la salle des pétitionnaires. Il me demanda si je connoissois quelque

ne pas perdre les moyens de suivre cette affaire.

Les confidences devinrent dès lors moins fréquentes, moins étendues. On ne m'en parloit plus de la même manière. Cependant Julien m'annonçoit quelquefois que les opérations se continuoient ; que cela n"alloit point mal ; que le moment du partage n'étoit même pas éloigné. Et, enfin, il me dit un jour que je pouvais compter sur une somme de 100.000 livres pour ma portion résultant d'une consignation de 500.000 livres en fonds fournis par des banquiers pour obtenir quelques modifications aux décrets concernant la compagnie des Indes.

Je me rappelle qu'à cette époque il était question du rhum de Robert (i\ à laquelle Delaunay prenoit quelque iii-

(1) C'est le 27 septembre que le député Rol>ert, grand ami de Danton, se plaignit à la Convention contre la saisie de son rhum par la section de Marat, en vertiu de la loi des accaparements. Le débat sur son affaire vint le 7 octobre.

Danton garda le silence.

chose aux sistèmes qui divisoient actuellement les patriotes. J'entrai avec lui en conversation sur cette matière.

Je lui dit tout ce que je savois sur les agioteurs de la Convention, sur les propositions qui m'avoient été faites. Il en parut surpris et me dit : Tu m'éolaires, on im'a proposé ,de faire un rapport sur une affaire de finances. Je vois que ce sont des tripotages aussi criminels que méprisables. Jo ne m'en mêle plus et je no ferai pas mon rapport. Il me proposa d'avoir à ce sujet une conférence avec L'Huilier :

mais, comme je ne connoissois pas L'Huilier assez particulièrement, je m'y refusai.

térêt. Il m'arrêta dans la cour du comité de Sûreté générale et, après m'en avoir parlé quelques instans, il se plaignit à moi que Danton les abandonnait, lainsi que Thuriot qui s'étoient, disoit-il, évidemment arrangés particulièrement avec les banquiers, mais que cela ne Tempêcheroit pas de conduire l'affaire à bien et que je pouvois être tranquille.

Quelque tems après le 2 juin (1), lorsque l'on commençoit à vouloir diviser 'les patriotes de la Montagne, Héraut, membre du Comité de Salut public, me tira un jour à l'écart dans la salle des pétitionnaires. Il me demanda si je connoissois quelque chose dans ce plan de division. J'entrai avec lui en grande conversation sur cette matière. Je lui dis tout ce que je viens de consigner dans cette déclaration sur les agioteurs de la Convention et sur les propositions qui m'avoient été faites.

Il en parut surpris, me dit que je l'avois fort éclairé, qu'on lui avoit proposé de se charger de présenter un projet de décret sur les finances, qu'il voyoit bien que cela te-

(1) Ce passage est souligné d'un trait rouge.

Il y a près de deux mois, étant à dîner chez Laligant- Morillon W, avec Ginguené, avec le citoyen Aumont, secrétaire du ministre de la justice, le citoyen Martinière de Granville, déplorant notre situation financière, je leur racontai toute cette affaire. Ils peuvent s'en rapeller.

Depuis quelque tems, on parle d'un dîner ctiez Delaunay, qui a pour objet le partag-e des 500.000 livres. Julien m'a souvent parlé d'y aller.

Chabot lui-même m'y a souvent invité. Delaunay m'a donné sa nouvelle adresse par écrit pour m'y rendre. Je m'y suis toujours refusé sous divers prétextes qui ont pu leur faire penser avec le propos de Duroy que je ne pense pas comme les associés dont au

(1) Ce repris de justice, appamnté à Basire, avait rendu de grands services dans la découverte des conspirations royalistes en Dauphiné et en Bretagne.

noit à des tripotages aussi criminels que méprisables et qu'il ne le feroit point. Il m'engagea à entrer avec lui en conférence avec L'Huilier, du département de Paris, mais comme je ne connoissois point L'Huillier assez particulièrement, je m'y refusai.

Il y a plus de deux mois, étant à dîner chez le citoyen Laligant-Morillon, où se trouvoient les citoyens Ginguené, Aumont, secrétaire du ministre de la justice, et Martinière de Granville, et déplorant nos funestes divisions, je m'ouvris avec eux dans les épanchemens de l'amitié de toutes ces honteuses combinaisons. Ils peuvent s'en rapeller.

Depuis quelque tems (i' on me parle d'un dîner chez Delaunay, qui a pour objet le partage des 500.000 livres. Julien m'a souvent engagé à y aller. Delaunay m'a donné son adresse par écrit pour m'y rendre. Je m'y suis toujours refusé sous divers prétextes qui ont pu faire penser, en les raprochant du propos tenu à Benoît par Duroy, que je ne partageois pas 'les principes des associés, dont au surplus je ne connois pas tous les noms.

(1) Souligné d'un tirait rouge.

106 l'affaire de r.A compagnie des indes

reste je ne connois pas tous Du reste, je n'ai fait aucun

les noms. acte qui put servir Tassocia-

Du reste, je n'ai fait aucun lion. Je neme rapellepas avoir

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