acte qui puisse servir Fasso- signé un seul mandat d'arrêt
ciation. Je ne me rapelle pas contre un banquier pour cet
avoir jamais signé de mandat objet.
d'arrêt contre un banquier Je fus très surpris un jour
pour cet objet, je fus même de ce que Julien de Toulouse
très surpris un jour de ce que en avoit signé un, lui seul, en
Julien de Toulouse en avoit mon absence, contre le nom-
signé un en mon absence mé Grenu, banquier, que l'on
contre le nommé Grenus, que ne vouloit qu'effrayer,
l'on ne vouloit qu'effrayer et Basire,
qui fut prévenu. député de la Côte-dVr.
D'une brève comparaison entre les deux versions de la dénonciation de Basire, d'une part, et entre celles-ci et la dénonciation de Chabot, d'autre part, découlent des constatations intéressantes.
Dans ses notes autographes, Basire met souvent Danton en cause. Il affirme que Delaunay prétendit qu'il s'était entendu avec lui à l'origine pour élaborer son projet de chantage contre les compagnies financières; qu'il se félicita de rintervention de Danton dans l'affaire de la démonétisation des assignats à face royale « comme d'une chose lexcellenle pour l'association » ; il parle en termes vagues d'un scandale où Danton aurait été mêlé. Tout cela a été supprimé ou atténué dans la version officielle. Est-ce sous l'influence de Chabot que ces changements ont été opérés ? C'est assez probable, car Chabot ne parle de Danton que pour le mettre hors de cause et que pour s'indigner que les maîtres chanteurs se soient répandus contre lui en menaces.
Dans ses notes autographes, Basire avait nommé la marquise de Janson parmi les convives du dîner chez Batz. C'était une indication compromettante, car le bruit courait que la marquise avait offert de l'argent à Chabot «t à Alquier pour les intéresser au sort de la reine. Pas plus qu'il n'est question de la marquise dans la dénonciation de Chabot, elle n'est nommée dans la dénonciation de Basire revue et corrigée.
LES LiEXON'CIATIONS DE CHABOT ET DE BASIRE 107
Dans deux circonstances, cependant, la mise au net :1e Basire est plus précise que ses notes autographes. Il n'avait pas mentionné tout d'abord la tentative faite par Delaunay pour obtenir du financier d'Espagnac une avance de 4 millions destinée à ses opérations de bourse. Enfin il s'était borné, a l'origine, à dire que la somme de 500.000 livres que Delaunay devait partager entre ses associés provenait des banquiers. Il précise, en se reprenant, que les 500.000 livres ont été fournies par ks financiers qui voulaient « obtenir des modifications aux décrets concernant la compagnie des Indes ».
Entre les versions de Chabot et de Basire, il y a une différence essentielle. Derrière les manœuvres d'agiotage, Chabot aperçoit un complot politique dont Basire ne souffle mot. Pour Chabot, toutes les lois économiques et financières, même la loi du maximum, n'ont pas été votées seulement pour satisfaire des intérêts privés. Elles avaient pour but secret de mécontenter la nation et de la pousser à la révolte contre la Convention. L'agiotage lui-môme avait un arrière-fond d'intrigue politique. Il s'agissait de corrompre les représentants et de les dénoncer ensuite comme corrompus, afin de discréditer la représentation nationale et de soulever contre elle l'opinion publique. Le baron de Batz, qu'il dénonçait derrière Delaunay, était le chef d'un complot contre-révolutionnaire. Les mêmes hommes, qui faisaient chanter les banquiers, voulaient sauver les Girondins. Chabot mettait en cause Hébert en l'accusant d'avoir fait transférer Marie-Antoinette au Temple, à la demande de la duchesse de Bochechouart. La plupart, sinon toutes les mesures économiques et social'ss que la conjuration représentait comme inspirées par Pitt, avaient été réclamées par les Hébertistes. C'était tout le parti hébertiste que Chabot cherchait à englober dans « la conspiration de l'Etranger ».
Chabot ne se bornait donc pas à faire le procès d'un groupe de députés d'affaires dont il avait fait partie, il mettait en accusation une politique et un parti.
Tandis que Basire, se renfermant dans l'affaire financière, la faisait tourner tout entière autour de la liquidation de la compagnie des Indes, Chabot, préoccupé de sa propre défense, élargissait le champ d'action des corrupteurs à toutes les affaires où il avait été lui-même mêlé, à l'affaire du scellé et du séquestre des biens des étrangers en première ligne.
Sur l'affaire des Indes, il entrait dans des précisions inconnues à Basire. Il expliquait que les 100.000 livres en assignats qu'il avait déposées au comité lui avaient été remises pour acheter le silence de Fabre sur les modifications avantageuses à la compagnie apportées par Delaunay au décret de liquidation. Mais, chose curieuse, il affirmait que ce décret était toujours en élaboration. Il paraissait ignorer que sa publication au Bulletin était déjà chose faite depuis trois semaines. Etait-il sincère ? Savait-il que Fabre avEiit signé le texte remis aux procès-verbaux ? S'il le savait, comment pouvait-il faire l'éloge de la probité de Fabre et affirra'^r avec insistance qu'il avait résisté à toutes les avances de Delaunay ? Si son ignorance était feinte, n'avait-e.lle pas pour but de faire sentir à Fabre le prix de son silence ?
En somme, sa tactique était simple. Par les considérations politiques qu'il avait mêlées à sa dénonciation, par ses accusations contre Hébert, il servait puissamment l'offensive esquissée depuis un mois et demi par Fabre et par Dufourny contre les Exagérés. Il reprenait, en les précisant et en les amplifiant, les accusations que Fabre avait port-ées contre lui-même. Chabot, contre Hérault de Séchelles et contre les démagogues qualifiés d'agents de l'ennemi, dès avant le 12 octobre, dans le secret des comités (D. Mais, par le rappel de l'affaire des Indes et par les allusions à demi voilées sur le rôle de Fabre dans la rédaction du décret de liquidation. Chabot espérait tenir les Dantonistes, ses nouveaux alliés, en respect. C'était un marché qu'il leur offrait. Ils marcheraient de concert contre l'hébertisme et ils étoufferaient le scandale financier.
Basire, manœuvrier novice, n'avait pas aperçu dès le début toute la beauté du plan.
(1) Voir le premier chapitre de la seconde série de mes Etudes robcspierristes.