‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 29 sur 94 · Le mandat d'arrestation · texte numérisé non relu

Le mandat d'arrestation

Extrait des registres du Comité de Salut public, du 27 de brumaire, à trois heures du matin.

Les Comités de Salut public et de Sûreté générale réunis arrêtent que les représentants du peuple Chabot, Bazire, Julien de Toulouse et Launai d'Angers seront mis à l'instant en état d'arrestation et renfermés séparément dans les maisons de détention de Paris sans qu'ils puissent communiquer avec personne verbalement ou par écrit. Les scellés seront apposés sur leurs papiers et ceux qui paroîtroient suspects seront apportés au Comité de Sûreté générale ;

Arrêtent en outre que les nommés Debatz et Benoît, Proly, Dubuisson, Simon, Duroy et Boid, banquiers, seront arrêtés et traduits dans les maisons de détention de Paris, pour Y être gardés par mesure de sûreté générale, sans qu'ils puissent communiquer entre eux ni avec personne verbalement ou par écrit, jusqu'à ce qu'autrement soit ordonné. Les scellés seront apposés sur leurs papiers et ceux qui paroîtroient suspects seront apportés au Comité de Sûreté générale ;

Chargent de l'exécution du présent arrêté le maire de Paris, qui donnera à cet effet à telles personnes qu'il appartiendra les ordres nécessaires.

Les représentants du peuple composant les com i tés de Salut public et de Sûreté générale de la Convention nationale :

Billaud-Varenne, G. -A. Prieur, Carnot, R. Lindet, Voulland, B. Barère, Dubarran, Robespierre, A. Benoît J. Guffroy, Louis du Bas-Rhin, Jagot, Amar. (Archives nationales, dossier des Hébertistes, W 76.)

Ainsi les comités n'avaient pas cru devoir accepter la proposition que lieur avait faite Chabot de faire arrêter chez lui ses complices au moment où ils partageraient l'argent de la

corruption. Chabot se plaindra véhémentement plus tard qu'en procédant avec cette précipitation, on l'avait mis dans l'impossibilité de parfaire sa preuve (D. On comprend cependant que les comités aient passé outre. En faisant arrêter sur le champ les dénonciateurs et les dénoncés et en les tenant au secret, ils ont cru que la saisie inopinée de leurs papiers, d'une part, et, de l'autre, leurs interrogatoires séparés, feraient apparaître forcément la vérité. S'ils ont repoussé l'offre de Chahot, c'est que tout délai leur sembla inopportun. Un retard aurait pu mettre en garde les complices de Chabot. Ils auraient profité du répit pour s© mettre à l'abri et aussi, pour se concerter. L'événement d'ailleurs justifia l'appréhension des comités, car, malgré toute leur hâte, un représentant sur quatre, Julien de Toulouse, leur échappa. Mais on comprend moins bien que les comités aient chargé le maire de Paris, Pache, c'est-à-dire en fait le bureau de police de l'hôtel de ville, d'exécuter leur mandat d'arrêt. Peut-être faut-il supposer que les comités ont craint que Chabot, Basire, Uelaunay et Julien, qui avaient été longtemps l'es véritables chefs du comité de Sûreté générale, n'eussent conservé dans les bureaux de ce comité, peuplés de leurs créatures, de précieuses sympathies. Cette crainte aussi était légitime, puisque Julien de Toulouse, de son propre aveu, trouvera un asile dans les bureaux mêmes du comité, au moment où les policiers de la Commune étaient à sa recherche.

Chabot ne se laissa pas arrêter sans esquisser une protestation, qu'il remit ent^re les mains du policier Ozanne

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