‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 32 sur 94 · Une noie de ChaJiot conhe Hébert · texte numérisé non relu

Une noie de ChaJiot conhe Hébert

Aux citayens représentants du peuple, membres du Comité de Sûreté générale.

Note sur l'invitation que j"ai faite à Hébert.

Le jour que j"eus témoigné contre Brissol et sa faction, Hébert me fit compliment sur ma déposition ; il y avait la femme de Rossignol et quelqu'autre personne ; il nie (lit : Quoique j'aie parlé de loi dans mon journal, je ne fen veux pas, surtout à présent que lu es marié, parce (|ue tu ne recevras plus de muscadifies. — Non, lui dis-je, car ma femme me les balaierait, mais je te prie de croire que jamais muscadin ni muscadine ne m'ont rien fait relâcher de ma sévérité révolutionnaire. Au reste, tu feras toujours fort bien de me réveiller quand je m'endormirai dans ma marche politique et, quoique des muscadins aient voulu m'irriter contre loi, je te promets qu'ils ont été rabroués d'importance : je l'aimerai toujours tant que tu deffendras le peuple et les principes, quelque mal que tu dises de moi ; mais je ne te pardonne pas de poursuivre Danton, qui a tant fait pour la Révolution. Quant à moi, mon mariage faira taire un grand nombre de mes calomniateurs. — El connnent se porte la femme ? L'aimes-lu ? — Je l'adore ; il faut venir la voir et tu le convaincras que j'ai raison de l'adorer. — Nous te vien-

drons voir un jour avec Chaumetle. — 11 faut venir déjeuner ou dîner, c'est le seul tems où je sois chès moi. — Eh bien, nous viendrons dîner. — Quand ? — Après lexécution des Brissotins. — J'en parlai à ma femme et. malgré sa répugnance, je l'engageai le lendemain (\e cette exécution à écrire à la femme d'Hébert et à celle de Chauniette pour les engager à accompagner leurs maris ; elle ne reçut pas de réponse, mais Hébert me dit qu'ils avaient reçu la lettre trop tard et qu'il avait eu une commission ce jour-là, qu'il réparerait son tort. Le lendemain Forestier, notre collègue, me dit : La femme d'Hébert te déteste. — J'en sais la raison, lui dis-je. il y a deux ans qu'elle me fesait la cour et je l'ai méprisée. ■ — Elle, a dit à la maîtresse de Delaunai que c'était toi qui avait donné deux cens mille livres à ta femme. — r/est une horreur, lui dis-je. je la croyais bien méchant^e, mais non pas jusquelà, et d'où diable veut-elle que j'ai eu cet argent '? Tu sais bien que mes beaux-frères n'ont pas besoin de ma fortune ni ma femme non plus, et tu sais aussi que lorsque je t'ai emprunté deux cens livres, je n'en avais pas deux cens mille. — Je le sais bien, mais tu as des ennemis et des jaloux et les femmes révolutionnaires que tu as dénoncées et celle d'Hébert te persécut-eront. — Je vois Hébert dans une tribune, je vais lui parler de ce propos de sa femme. 11 me répondit que c'était la maîtresse de Delaunai qui le lui avait dit et que sa femme n'en avait rien cru. Deux jours après. Hébert, dans son journal, maltraita Danton et autres, et moi indirectement sur mon mariage, (le fut ce qui me fit tirer au clair le seconde partie de la conspiration et si l'on m'avait donné le tems j'en aurais completté la preuve.

François Chabot.

Au reste, j'ai vu Hébert pour la première fois en janvier i792, lorsqu'il promenait la femme de Tremblay, avec laquelle il me fit boire un jour un doigt de liqueur chès un limonadier du côté du Temple, autant que je m'en sou-

viens. Je l'ai vu depuis à Id société liaLenielle, aux Cor-

deliers et aux Jacobins. J"ai déjeuné avec lui, Chauniette,

Léonard Bourdon, à la maison commune, dans la nuit du

30 au 31 mai, et je lui ai parlé trois fois depuis et je m'en

suis méfié par la haine qu'il avait contre Danton et autres

Montagnards.

François Chabot.

Je souhaite du reste qu'il n'ait été que duppe. Je me réunirai toujours avec ceux qm voudront sauver la liberté.

François Chabot.

Le jour qu'il vint faire la pétition contre les lotteries, c'est-à-dire le lendemain de ma dénonciation faite au comité, Hébert me salua dans la salle des pétitionnaires ; je lui demandai s'il me regardait comme un conspirateur. — Non, me dit-il, mais tu te relâches. Lii preuve que je ne l'en veux pas, c'est que je n'ai pas demandé ton expulsion des Jacobins. Je n'ai encore rien dil de saillant contre toi dans ma feuille où je suis inviolable. — L'on m'a dit cependant qu'il était arrêté par vous que nous serions chassés des Jacobins aussi bien que Thuriot, et ton acharnement à lui refuser des commissaires me prouve ta passion à cet égard. — Gela est faux, monte à la tri-' bune, explique-toi sur le mot de Côté droit, que Bazire rétracte sa phrase affreuse et l'on passera à l'ordre du jour. — Je le ferai sur ta parole, quoique j'eusse résolu de me laisser rayer sans paraître. — Tu serais un lâche si tu n'y revenais. — Eh bien, j'irai demander des commissaires pour examiner toute ma conduite, car il faut que toutes les calomnies finissent sur mon compte. Il me serra la main en me promettant de venir manger ma côtelette. Mais il m'ajouta : Robespierre m'avait recommandé de ménager les patriotes. A présent je veux rompre la glace contre tous, et j'avoue que ce mot m'effraya et me prouva

(pi'il étnit de la conjuration.

François Chabot.

Lorsque mon beau-frère eut fait iitipiinier ses Avuiitiires du père Mcaise, il en envnyji quelques exemplaires à la Commune. Hétjert {larla demi heure pour en faire l'éloge et requérir la mention honorable de cette offre. Mon beau-frère vit ce réquisitoire d'Hébert dans les journaux. Il en était extasié et vint me dire qu'il désirait faire connaissance avec Hébert. On le lui fit appercevnir aux Jacobins. l\ s'approche pour le remercier de son réquisitoire, n le fixa avant de s'approcher tout à fait et il est rebuté par cette figure contre-révolutionnaire. Il vint me dire le lendemain le saisissement qui l'avait empêché d'aborder Hébert et me dit : Je suis sûr ({ue c'esl un contre-révolutionaire et vous le verres. Il en a tous les traits. Je le regardai comme un fou. Je n'ai que trop vu par moi-même qu'il n'avait malheureusement que trop raison.

François (Ihabot (i>.

(Archives nationales, F^ 4637.)

Les Comités restèrent sourds ù l'appel de Chabot. Ils ne tirent pas arrêter Hébert, pas plus que Lullier, que les dénonciateurs avaient représenté connne le bras droit de Batz. Ce serait Robespierre qui se serait opposé à ce qu'on touchât à la Commune. Hébert eut la maladresse de le remercier de son intervention en sa faveur à la séance des Jacobins du 1" frimaire.

Robespierre se préoccupait évidemment' des répercussions politiques de l'affaire. Il ne voulait pas que le scandale éclaboussât des hommes en qui le peuple avait mis sa confiance. Il savait l'animosité personnelle de Chabot contre Hébert. Au-dessus des querelles personnelles, il voyait l'intérêt national. Pas plus qu'il ne donnait raison à Hébert contre Danton, il n'éi)Ousail

(1) Dans une autre note conservée au même dossier, Chabot accuse Hébert d avoir mis la brouille entre les .Jacobins et les CordeJiers. On lit sur le document celte mention de la main de Cliabot : « Note à remettre à .Merlin pour la faire passer à Camille qui en faira tel usage qu'il voudra. » Camille attaquera violemment) Hébert dans le Vieux CorcLelier.

les rancunes de Chabot contre Hébert. Il ne voukiit pas que la ri''|)ression des a.q'ents de Fennerni et des agioteurs donnât prétexte à de nouvelles divisions dans le parti populaire.

Avec les quatre députés, les Comités avaient compris dans leur mandat d'arrêt du 27 brumaire un certain nombre de banquiers qui étaient, dans leur pensée, les corrupteurs et les agents de l'ennemi : De Batz let Benoît, Proli, Dubuisson, Simon, Duroy et Boyd.

Pour De Batz et Benoit, la chose s'explique sans peine. Chabot les avait représentés comme les véritables auteurs du plan d'agiotage et de contre-révolution. De Batz, d'après lui, tivait été rinspirateur, sinon le rédacteur des rapports de Delaunay et du mémoire de Lullier sur le séquestre des biens des étrangers. Il aurait proposé à Chabot à-e lui céder, pour sa part de bénéfice, son bien de Gharonne ou son domaine de l'Allier. Il aurait affecté 500.000 livres au salut des Girondins. Le comité de Sûreté (générale, qui avait en mains la dénonciation du serrurier Zingrelet, et qui avait ordonné, dés le 30 septembre, une perquisition à Gharonne dans la maison qu'habitait Batz en compagnie de sa maîtresse, la Grandmaison, dut trouver ces accusations très vraisemblables. Quant à Benoît, l'agent de Batz et le « pays » de Delaunay, il avait été très lié avec Danton, qui l'avait ifait charger de missions diplomatiques auprès de Dumouriez lors de la campagne de l'Argonne et en .\ngleterre, à l'automne de 1792. Si les Comités répugnaient à impliquer Danton, ils n'hésitaient pas à mettre la main sur ses. créatures.

Batz et Benoît furent d'ailleurs introuvables. Batz voyageait dans le centre et le midi de la France avec un passeport régulier 0). Benoit sut se mettre à l'abri.

Que les Comités aient ordonné l'arrestation du banquier Proli et surtout de l'auteur dramatique Dubuisson, qualifié de banquier pour la circonstance, cela étonnerait quelque peu si on ne se souvenait que Fabre d'Eglantine avait déjà dénoncé longuement ces deux personnages, meneurs du parti hébertiste, dans son questionnaire du 12 octobre. Proli, qui passait poiii'

(1) Voir l'élude de M. P. de Vaissières dans le Correspondaiil du 35 août 189!). M. de Vaissières se Irumpe quand il croit que les comité?; attendirent jusqu'au mois de décembre pour lancer un mandat d'arrêt contre Batz

le fils naturel du jji'ince de Kaunit/., avait clé mêlé avec ses amis Diibiiisson et Pereira à des négociations louches avec Dumouriez, lors de sa trahison. Danton l'avait ensuite employé dans sa diplomatie secrète, et Hérault de Séchelles en avait fait son secrétaire. Déjà il avait été arrêté le 12 octoibre, sur la dénonciation de Fabre, par un mandat signé de Dufourny, et il n'avait été i-elàché alors que sur les instances de ses prolecfeurs Hérault de Séchelles et Collot d'Herbois, appuyés par Ghaumette. Robespiene avait l'œil sur lui depuis qu'il avait fondé, pour remplacer les assemblées permanentes des sections supprimées, une série de clubs sectionnaires qu'il avait fédérés dans un comité central dont il était le chef, depuis surtout qu'il avait lanoé avec Cloots et Thuriot le mouvement de déchristianisation qui menaçait de soulever les campagnes et que Robespierre regardait comme une manœuvre de l'ennemi. Proli n'avait été nommé par Chabot que d'une façon foute incidente et sur une question de Robespierre. Renoit, avait dit Chabot, l'avait interragé sur Proli et lui avait fait son éloge. C'était tout. Cela suffit, aux yeux des comités, pour qu'il fui (■(jmpris dans le mandat d'anestation.

Quant à Dubuisson, ni Chabot ni Rasire n'avaient même prononcé son nom. Mais Fabre l'avait dénoncé et depuis cette dénonciation il était devenu suspect. A deux reprises déjà le ministre des affaires étrangères Deforgues et son commis Colchen, les 7 octobre et 6 novembre, avaient écrit à Rarthélemy, notre ambassadeur en Suisse, pour le mettre en garde contre Dubuisson, qui avait été chargé d'une mission secrète dans ce I>ays (1). Moins heureux que Proli, qui réussit à se cacher jusqu'au l^"" ventôse, Dubuisson fut arrêté le 28 brumaire. 1! protesta justement qu'il n'avait jamais connu Chabot (2).

Le banquier anglais Royd, soupçonné avec beaucoup de vraisemblance d'être l'agent de Pitt, était en fuite depuis le 9 octobre. On ne put le rejoindre.

Le banquier Simon, de Rruxelles, passait pour être très lié avec Chabot. Ce serait Proli qui aurait « traîné » celui-ci, disait Fabre dans ses questions, « chez Simon et ses femmes ".

(1) Kai LEK, Papiers de Baiiliélemij, t. III, pp. 121 et 203.

[2) Voir l'exposé de la vie puliliique de Dubuisson. détenu à Sainte- Pélagie, eti sa letti'e du 13 frimaire au président du comité de Sûreté générale. (.\rch. nat., W 76 ei F^ 4683.)

136 l'affaire ue la compagnie des lndes

Simon et Proli auraient manigancé le mariage de Chabot avec i'Autricliienne Léopoldine Frey. J"ai essayé de savoir si Sinnui l'ut arrêté. Mes reclierches aux arcliives ont été infructueuses. Peut-être i>arvint-il à s'enfuir comme Boyd et Batz. Il est remarquable qu'il n'avait été nommé ni jmr Chabot ni par Basire.

Le banquier Duroy, au dire de Basire, avait été un des convives du diner de Batz, à Cliaronne, mais Basire l'avait représenté comme une victime des maîtres clianteurs plutôt que comme leur complice. Pour lui, comme pour Simon, je n'ai pas \m savoir si le mandat d'ari-êt put être exécuté.

Il faut moins s'étonner cependant que les Coniiti'-s aient distribué avec libéralité les arrestations parmi les banquiers que d'une lacune grave qui saute aux yeux dans leur mandat d'arrêt collectif du 27 brumaire. Basire avait affirmé -catégoriquemenf que les lOO.OUÛ livres, que Benoit et Delaunay lui avaient offert pour son silence, provenaient « d'une consignation de 500.000 livres en fonds fournis par des banquiers pour obtenir quelques modifications aux décrets concernant la compagnie des Indes. » Il semble qu'un des premiers devoirs des magistrats enquêteurs eût été de rechercher ces banquiers qui avaient fourni l'argent de la corruption et de vérifier d'abord si les décrets concernant la compagnie des Indes avaient été correctement rédigés et pu'bliés. Les Comités se désintéressèrent complètement de cette recherche et de cette vérification. Ils s'étaient pourtant fait apporter l'original du décret du 17 vendémiaire et l'examen le moins attentif leur eût permis de constater que ce décret ne tenait jjas compte de la volonté de la Convention, qui avait voté l'amendement de Fabre d'Eglantine sur la liquidation de la compagnie par les agents de TEtat. Si l'intervention de la compagnie s'était produite, comme l'affirmait Basire, c'avait été évidemment pour faire ichanger cette clause et pour faire ajoutej- les mois <( faits en fraude » à propos des transferts, comme pour obtenir une prolongation du délai de liquidation porté de 3 à 4 mois au moyen d'une surcharge. Si les commissaires avaient réfléchi à cela, ils auraient dû cesser de croire à l'innocence de Fabre d'Eglantine. Mais cette innocence leur paraissait un article de foi. S'ils eurent des doutes, ils ne les manifestèrent pas, ils n'approfondirent rien. Ils considérèrent le décret comme valable, ils ne projjosèrent pas à la Convention de le rectifier. En conséquence, ils n'or-

LES ARRESTATIONS i^~

duniièieiit [ma riiiTestation des administrateurs de la compagnie des Indes. Ils ne procédèrent à aucune perquisition ni dans ses locaux ni au domicile de ses agents. Ils laissèrent ainsi l>asser l'heure de tirer ralfaii-e au clair en se procurant des preuves décisives.

Pus un moment les administrateurs de la compagnie ne furent inquiétés. Pas un moment on n'eut l'idée de les confronter avec Basire. Ils jouissaient après comme avant le 27 brumaire d'une sécurité complète. Ils invoquaient tranquillement le décret du 17 du 1" mois dans leur correspondance officielle avec les autorités et les autorités trouvaient la ctiose parfaitement naturelle. Ainsi, le 9 frimaire, deux semaines après l'arrestation de Chabot, ils écrivirent à Destournelles, ministre des contributions publiques, pour lui faire part de leur étonnement que le décret ne leur fût p;is encore notifié et que le ministre n'eût pas encore nommé les commissaires liquidateurs prévus à l'article 4. Ils invoquaient ensuite le même article pour protester contre la saisie d'un de leurs vaisseaux par la municipalité de Lorient. « Un des vaisseaux appartenant à notre société vient d'arriver à Lorient. Il est entré dans ce port le 12 brumaire dernier, après avoir relâché à Xew-York. Sa cargaison »e met à terre dans ce moment, mais la municipalité, par suite du décret qui avait précédemment ordonné l'apposition des scellés sur nos marchandises à Lorient (D, a pensé qu'elle était obligée d'inspecter directement le débarquement de cette cargaison et d'en refuser la disposition à nos collègues. Cette conduite nous fait présumer que le décret qui nnnet à la société le soin de sa liquidation (2), en lui ordonnant de le faire conformément à ses statuts et règlemens, n'a point encore été notifié aux officiers municipaux de L'Orient ou qu'ils en ont mal saisi les dispositions. Dans l'un on l'antre cas, nous avons recours à ton autorité, citoyen ministre, et nous t'invitons à donner les ordres nécessaires pour prévenir le dépérissement des marchandises qui sont sous les scellés, pour nous en fa4re rendre la disposition ainsi que de celles récemment arrivées, le tout afin de ix»uvoir hâter le moment de la vente des unes et des autres » (3).

(1) Il s'agil du décreli du 26 juillet reproduit plus haut. p. 35.

(2) C'est nous qui soulignons.

(3) Archives nationales, A J' 213.

1?8 l'affaire de I a compagnie des INDES

Pour ceux qui douteraient de l'iinportance de l'abandon de l'amendement d/e Fabre d'Eglantine pour les intérêts de la compagnie, cette lettre, à elle seule, suffirait à lever toutes les hésitations. La compagnie s'abritait derrière « ses statuts et règlemens » pom- demander la levée du séquestre et pour écarter la surveillance indiscrète des autorités. Elle se servait du décret falsifié pour essayer de reprendre la libre disposition de ses biens et marchandises. Elle considérait que le décret du 17 du 1^' mas annulait le séquestre imposé le 2<i juillet précédent.

Cette constatation nous paraît décisive. Elle fait comprendre r affirma tien de Basire qui avait déclaré que la compagnie avait déboursé 500.000 livres pour obtenir le nouveau décret. I^ responsabilité de Fabre, qui avait signé le décret qui' était la négation de son amendement, est mise ainsi sous son vrai jour.

Nous n'avons pas retrouvé la réponse de Destournelles, à supposer qu'il ait répondu, mais le fait reste. Jusqu'au 8 nivôse, l'autorité ignora la compagnie. Jusqu'au 28 ventôse, aucun de ses administrateurs ne fut interrogé ni inquiété.

Faut-il supposer, comme le fera bientôt Cliabot lui-même, que la compagnie jouissait au comité de Sûreté générale de puissantes amitiés, sans doute non gratuites ? Il est évidemment assez singulier qu'Amar, qui avait été chargé d'exécuter les décrets des 9 et 25 juillet, ait agi à l'égard de la compagnie avec une mansuétude peu commune dans de pareils cas. Il ne s'était rendu dans les bureaux de la compagnie que le 13 juillet. Il n'avait pirocédé à aucune perquisition. Il n'avait apposé les scellés, on l'a vu, sur aucuns papiers. Il s'était borné à viser des registres, et le livre des transferts avait fonctionné après sa visite comme aiii>aravant. Le décret du 25 juillet n'avait été appliqué qu'à Lorient, il était resté lettre morte à Paris. Si on se .rappelle qu'Amar était très lié avec Fabre d'Eglantine. on ne peut se défendre d'un soupçon en pareille occurrence.

Mais Amar n'a pas pris tout seul les décisions arrêtées i>ar le comité le matin du 27 brumaire. Si son action a été très importante, puisque depuis trois mois le comité de Sûreté générale lui avait confié la surveillance de la compagnie des Indes, il serait téméraire de croire que des hommes comme

lobespierre, LinrJet, Carnot, BilIaud-^"arenne, n'ont vu que I>ar ses yeux.

Il est plus vraisemblable que les lacunes graves que nous avons relevées dans le mandat d'arrestation et dans la conduite de l'instruction trouvent une explication plus naturelle. Il est manifeste que ce qui préoccupe alors les comités dans la dénonciation de Basire et de Chabot, c'est beaucoup moins le scandale financier que le complot de contre-révolution que Chabot y avait adroitement inclus. N'oublions pas que les enquêteurs qui conduisent l'instruction ne sont pas des magistrats, mais des hommes politiques, et, qui plus est, des gouvernants. Ce qui les préoccupe avant tout, c'est l'aspect jxjlitique du problème qu'ils ont à résoudre, c'est ce qu'en penseront la Convention, les jacobins. Robespierre avait questionné Chabot sur Proli, parce que Proll, en lançant le mouvement de déchristianisation, entravait l'action gouvernementale. Proli était un gêneur, comme tous ces meneurs des sections que groupait le parti hébertiste et dont les initiatives inconsidérées faisaient parfois le jeu de i'emiemi. Robespierre voyait dans la démarche de Chabot une arme pour se débarrasser des intrigants que l'ennemi entretenait à Paris pour souffler la discorde. Mais s'il s'agissait de frapper les chefs des partis derrière lesquels s'abritaient ces intrigajits, Robespierre se consultait. Il avait recommandé à Chabot de ménager les patriotes. Il dut s'opposer à l'arrestation de Danton comme à celle d'Hél>ert. Les préoccupations de Robespierre furent celles des membres des comitiés. Soyons sûrs que pour eux l'affaire d'agiotage passa au second plan.

Ce se sont pas là des hypothèses, mais des certitudes. Lisoas la fin du discours que prononça Robespierre sur la politique étrangère devant la Convention, le 27 brumaire au soir, le jour même où les arrestations avaient été ordonnées.

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