CHAPITRE MI
Si Fabre d'P^glantine avait été innocent, s'il avait eu la conscience pure et la moindre délicatesse, il n'aurait pas accepté l'invitation d'Ainar qui lui demanda de l'aider dans l'instruction d'une affaire où il était si directement impliqué. Il aurait tenu à honneur que sa justification entière sortît naturellement d'une enquête à laquelle il serait resté étranger et dont il n'avait rien à redouter. Mais Fabre agit tout différemment. Derrière Amai-, il fut le véritable magistrat instructeur. Comme il avait un intérêt évident à ce que le scandale financier ne fut pas éclairci, l'enquête dévia de plus en plus vers la politique. Fabre la fit tourner contre le parti hébertiste qu'il attaquait déjà depuis six semaines. Les Hébertistes avaient critiqué la conduite de certains représentants en mission, ils avaient dénoncé les premiers l'ancien comité de Sûreté générale et ils l'avaient renversé, ils avaient fait une guerre acharnée et heureuse contre les Montagnards d'affaires qui protégeaient les agioteurs et faisaient relâcher les aristocrates, ils avaient saisi le rhum de Robert, dénoncé et fait arrêter Osselin, conduit Perrin de l'Aube au tribunal révolutionnaire. Robert, Osselin, Perrin, étaient des amis de Danton et de Fabre. Chabot avait dénoncé le complot formé d'avilir la représentation nationale en diffamant ses chefs. Fabre avait beau jeu pour englober tout l'hébertisme dans cette « conspiration de l'Etranger », dont il avait été le premier inventeur. Il remit à Amar une sorte de résumé de l'affaire destiné à facilitei' sa tâche au moment où les témoins allaient être cités et entendus.
LES DÉBUTS DE l' INSTRUCTION 148
34. — Précis et relevé des )aatériaux sur la conspiration dénoncée par Chabot et Bazire W
Une grande conspiration existe. Elle est dénoncée par Chabot et Bazire. Elle l'était déjà depuis deux mois au Comité de Sûreté générale qui la poursuivait en secret et cherchait à la démêler dans toutes ses ramifications.
i. Idée sommaire de la conspiration. — Cette conspiration tend à désorganiser et à renverser la Convention nationale par la diffamation et la corruption, à élever contre elle les autorités constituées ; à travailler le peuple et à le conduire à l'anarchie la plus complète, par l'isolement et la multiplicité des pouvoirs ; à créer puissance contre puissance dans chaque ville, dans chaque section, dans chaque rassemblement constitué ou politique ; à pousser le peuple au système de la souveraineté individuelle par l'exagération du patriotisme et, sous le prétexte de son bonheur, par l'exagération du système de la liberté et de fégalité ; à prêcher fathéisme et à établir formellement Textinction du dogme de l'immortalité de Vàme ; à faire naître la misère du peuple pour se ménager les moyens d'y remédier par des mesures arbitraires ou par des lois surprises avec manège pires que cette misère même ; à nous rendre odieux à tous les peuples par l'immoralité religieuse et l'anarchie politique ; à accoutumer le peuple à ne connaître aucun frein, aucune mesure ; à la despection des autorités méconnues, au mépris des Ibis, au ferment des passions, au frac-as de la licence, au seul intérêt de localité, et par suite au seul intérêt de parti et bientôt individuel ; à préparer de loin les résultats de ce bouleversement par l'usurpation du pouvoir, par la création d'une force, par la séduction envers cette force, par le placement de créatures dans toutes les branches du pouvoir, par l'amoncellement des
(1) Archives nationales, A F" W, dossier 379. Non signé ni daté.
trésors nationaux pour en faciliter le pillage ; à pousser TEtat à sa dissolution par la terreur qui seconderait les conspirateurs en faisant taire la raison et les vertus et en ne laissant agir que l'extra vagance ; à dégoûter toute nation, tout être pensant, d'une liberté anarchique, d'une égalité oppressive, d'une philosophie burlesque ; à provoquer le pillage des propriétés par l'excès de l'exaltation et la fausse idée de l'Egalité ; à livrer enfin la France ainsi renversée et désorganisée aux tirans qui n'attendent que l'effet de cette dernière conspiration, la plus terrible de toutes, puisque le système en est d'opposer le peuple à lui-même.
2. Faits. — A peine les journées du 31 mai, 1"'' et 2 juin eurent-elles produit le résultat salutaire de l'extirpation du côté droit que les ennemis de notre liberté cherchèrent d'autres conspirations.
Il est même assez apparent et prouvé que les cabinets de Londres et de Vienne ont pu contribuer à renverser les brissotins, dont le ressort était usé, pour substituer le ])lan iVcragératioii à celui de fédéralisme.
Dès la mi-juin les premiers effets de cette \oyezieJournai des
.. e L^ 1 Débats, juin 93.
conspiration se manifestèrent ;
La motion de Jacques Roux sur les subsis- 25 juin, page -122. tances ;
Le pillage du savon ; 27 luin, p. 442.
La clôture de la Bourse ; iti., p. 443.
Le rassemblement des blanchisseuses ; id.
Les calomnies répandues contre Robespierre, m., p. 450.
Danton, Marat et Garât ; id., p. 452.
La désorganisation dans l'armée de la 'Ven- 29 juin, p. 471. dée ;
Des intrigues en faveur des fédéralistes ; m., p. .487.
Le rassemblement des femmes de Saint- m., p. 489 Lazare ;
Les fausses manœuvres à cet égard ; m., p. 490.
LÈS DÉBUTS DE l' INSTRUCTION 147
L'obstination de Jacques Iloux à reproduire voyez le Moniteur,
Commune.
son sisteme a cette époque ; x« 133, i- juillet 93.
Autres fausses manœuvres et contre batte- x° 182. 29 juin 93. ries sur Jaccjues Roux et la Vendée ;
Les motions pour opérer une scission de voyez le Moniteur,
, .. , , .. '• juillet, n° 188.
fait entre les citoyens ;
I^es troubles excités dans le département de id.. n° iso. TEure :
Les troubles dans les sections au sujet de la m., c juillet, n° 190. levée contre le Calvados ;
Troubles à distinguer dans les sections de u\.. n° 193. VArsenal et de la Cité ;
Les mêmes troubles dans les sections de n . n- 193. rUnité et du Luxembourg ;
Les tentatives des marchands pour glisser m. des bons personnels en guise de m on noyé :
L"envoi de commissaires conciliateurs par id, 10 juillet. n° 194. la section de la Fraternité au département (le sFEure, les agitatiions. les arrêtés à cet égard ;
Les troubles violents dans les rues Saint- ui., n° 195. Denis et des Lombards où les femmes jouaient un grand rôle ;
La manœuvre sur la députation susdite et celle de la section L>afontaine et Molière. Les diffamations à cet égard contre Paris. L'histoire de Mouchette sur ce fait ;
A la Convention, vers cette même époque, joumai des Débats. les menées pour élever un nouveau Comité de Salut public ;
La dénonciation de Chabot directe contre 4 juiuet, p. 45. Delmas, indirecte pour Topération ;
Les manœuvres alors pratiquées à Montpelier; 9 juillet, p. 112.
L'approbation de ces manœuvres ; m., p. 115.
Le discours insidieux de Delaunai d'Angers m., p. us. pour faciliter ses opérations dagiotage en feignant de les dénoncer ;
148 l'affaire de I-A compagnie des INDES
Les manœuvres cuiitre les représentans du u juillet, p. i'.o et
suivantes.
peuple dans les départemens ; Les manœuvres subséquentes pour calom- pages 5, 11. 12. 13, u,
nier le peuple ;
Autres de Pitt, les dénonciations contre Dillon, Castellane, etc. ;
Le tour de Chabot à cet égard, qui enlève les pièces, fait connu du seul Comité de Sûreté générale ;
L'époque où Pitt obtint 5 millions de livres voyez \e jour7iai des
Débats, 31 juillet,
sterling ; p. 409.
Lors de la démonétisation des assignats, la m., p 410. motion de Fonfrède sur ce point ;
Tout cela frappe d'étonnement, tout cela se raproche, se lie et nous amène à l'époque où Chabot déclare avoir été initié à la conspiration.
3. Analyse de la déclaration de Chabot. — i" fait. Vers le mois d août Chabot est initié à la conspiration, il dîne chez le ci-devant baron de Batz avec des femmes de mauvaise vie ;
Vers ce tems, il prétend qu'on lui a offert 2- fait. 200.000 livres pour faire arrêter les scellés chez les banquiers. Benoît paraît dans la conspira- 3- fait, tion. Chabot soupçonne alors tout le plan ;
A cette époque est renouvelle le comité de 4- fait. Sûreté générale ;
On appose les scellés chez Julien de Ton- 5' fait. .v. b. chabot
1 „ • xc ■ x^ r^i, T. 1 Ti i alors brûla ses pa-
loiise qui se réfugie chez Chabot. Ils ont une pjgi.s, fait connu conversation à cet égard ; ^^ ^°"^i*^ ^*' ^'^■
'-^ reté générale.
Julien nanti de billets d'assurance ; e* fait.
Chabot et Bazire ont une conférence sur !;i r fait, conspiration ;
Chabot inculpe divers particuliers, la femme 8- fait. d'Hébert, la demoiselle Descoins, etc. ;
Chabot fait lever les scellés du banquier g* fait. Doid ;
Historique sur les junius Frey ;
Mariage de Ctiabot ;
Chabot fait lever les scellés chez junius Frey;
Chabot est tenté d'appeller le comité de sa section aux secrets de la conspiration et d'en faire arrêter les acteurs el auteurs, il n'en fait rien ;
Rapport perfide de Delaunai d'Angers sur la compagnie des Indes ;
Fabre d'Eglantine culbute le projet des conspirateurs par un amendement ;
10' fait.
11' fait
12' fait.
13' fait.
14* fait
Delaunai et Benoît donnent 100.000 livres à Chabot pour corrompre Fabre ;
Conduite de Fabre à cet égard. n» fait.
(Voyez aux pièces la déclaration de Fabre remise au Comité de Sûreté générale le lendemain de l'arrestation de Chabot, Bazire, Delaunai et Julien).
Mensonges insignes et criminels de Chabot is' fait, sur la remise des 100.000 livres à Fabre qu'il laisse en butte aux soupçons des conspirateurs;
Embarras de Chabot sur les lOO.OOO livres
Partage et dispute de ces fripons ;
Projet de transmutation des effets en biens 21' fonds appartenant au baron de Batz ;
Remise de 175.000 livres aux junius Frey 22' par Chabot ;
Dialogue effrayant sur les moyens de contre- 23* fait, révolution :
1" La loi du maximum, leur ouvrage ;
2° Projet de famine ;
3° Dissolution de la Convention ;
4° Les 73 à la guillotine ;
5° Ensuite Danton, I^acroix, etc., etc., puis quelques autres, puis Billaud, Robespierre, etc., etc. ;
15' fait. N. B. Amendement qui n'eût pas pa?sé sans Robespierre.
16' fait.
19* fait.
20' fait, fait.
fait.
6° L'armée révolutionnaire, les bureaux de la guerre, la majorité des Jacobins doivent exécuter ce plan ;
7° -On doit ramasser For et l'argent et un ambitieux doit le distribuer au peuple ;
8° L'Angleterre doit distribuer le pain ;
9° Dégoûter la totalité des citoyens de la République, de la place de député par la mort successive de tous ceux de la Convention ;
10° Faire tomber le gouvernement entre des mains faibles, inhabiles, etc.
N. B. — Voyez aux pièces n° 1 la dénonciation faite par Pabre d'Eglantine de toute la conspiration ;iu comité de Sûreté générale et deux membres du comité de Salut public, Robespierre et Saint-Just, le 25 septembre dernier, dénonciation comprise dans 24 questions dont les résultats furent dévelopés de vive voix aux députés susdits dans la même séance, époque depuis laquelle les comités de Sûreté générale et de Salut public ont les yeux ouverts sur cette conspiration.
Autre partage de .500.000 livres et le plan 24- fait, relatif à cela :
Chabot fait lendre le décret du 20 ; 25* fait.
Cdiabot. menacé par quelques meneurs jaco- 26' fait, bins, menace de dénoncer ceux qui l'accusent et de tout dire ;
Il va, dit-il, aux Jacobins, demander des 27' fait, commissaires pour dénoncer le complot, n'ayant pas confiance au Comité de Sûreté générale. On lui refuse la parole ;
Colloque de Chabot avec sa sœur ; 28' fait.
Chabot prend et veut prendre des précau- 29* fait, tions pour garantir ou soustraire le paquet de loO.OOO livres susdites ;
Réflexions de Bazire, nuit de Chabot ; so» fait.
Chabot justifie Bazire ; sr fait.
Chabot consulte Robespierre sur la conspi- sr fait, ration à dénoncer ;
Conseil prétendu de Robespierre ;
Robespierre demande si Prôli est dans son 33' fait, secret et dans l'affaire, ('habot élude.
X. B. — Chabot et Prôli s'entendaient et se voyaient chaque jour et surtout la nuit. A consulter les dépositions au comité de Siîreté générale et les intriguantes qui l'ont marié, De IJnières et Dedelinoche, et celle qui fournissait le iiHieiu de calomnies à Desfleux et Prôli, La Douche d' Auvergne, amie de la Deliitières, et jadis connue sous le nom de Vlmpiidique Sarron.
Connaissance entre Benoit. Ualz et Prôli : 34* fait.
De Batz veut enlever la cy-devant reine : 35' fait.
Chabot reçoit l'aveu de la cy-devant du- se* fait, chesse de Rochechouart de la demande de la translation de la reine au Temple par Hébert à la prière de cette duchesse ;
Diffamation de Benoît contre Robespierre, 37* fait. Cambon et Fabre ;
Benoît propose à Chabot de se mettre à la 38' fait, tète des finances avec Fabre ;
Mémoire de Batz C(mtre Necker sur la dila- 39* fait, pidation des finances ;
Choudieu et autres patriotes dînent chez w fait. Chabot, il fait esquiver Benoît et Batz ;
Plan pour sauver \'ergniaud ; 4r fait.
Certitude que diffauier est le grand plan. Les 42* fait, premiers à diffamer sont Danton, Panis, etc. :
Benoît a été en Angleterre 15 jours avant la 43* fait, mort de Capet, envoyé par Lebrun et Brissot ;
Dissoudre la Convention, but deffinitif de 44- fait. ces conspirateurs.