Analyse de la déposition de Bazire
résulte ensuite de Taveu de Bazire :
Les Brissotins étaient encore en force lorsque i" fait. Delaunai d'Angers s'ouvrit à Bazire sur le plan de corruption ;
Sophisme de Delaunay à cet égard ; a* fait.
Bazire est invité à dîné chez Delaunai afin 3' fait, de s'y concerter et à l'effet de dresser un tableau du plus ou moins de fortune de chaque député de la Convention, afm d'avoir la mesure de la corruption projettée ;
Faiblesse de Bazire qui néanmoins ne va pas 4* fait, au dîné ;
Autre ouverture de Delaunai à Bazire ; s* fait.
Developemens sur ce sujet à Bazire par .lu- e* fait, lien de Toulouse.
Plan de corruption, savoir :
1° Corrompre les patriotes par l'argent ; ?• fait.
2° Réaliser en papier sur l'étranger, en guinées. en livres sterling.
X. B. — A'oyez aux pièces n° 4 le rapport de Fabre d'Eglantine ou dénonciation -de cette manœuvre de réaliser en papier sur l'étranger en guinées, en ducats, etc.
Système de Pitt pour commencer la conspiration ;
Le projet de décret de Fabre relatif aux marchandises étrangères et au papier et aux étrangers ; qui fut combattu par Delaunai et Chabot et ajourné, qui fut ensuite décrété en partie le 7 ; ensuite rapporté et deffmitivement décrété de nouveau, le jour oi!i l'on apprit la mort de Beauvais, par l'appui de Robespierre ;
Explications sur les fonds à trouver pour s' fait, tant de manœuvres ;
Aveu des manœuvres criminelles des fripons g* fan.
pour exécuter ce commerce du papier sur l'étranger, fait à Bazire par Delaunai, — plan effroyable de ces manœuvres, savoir :
1° Effrayer les banquiers pour les voler ; 2° Effrayer le comité de Sûreté générale jiar lo* fait. des diffamations et des menaces de dénonciation pour le régir au gré des conspirateurs ;
3° Au milieu de ces deux terreurs, brigander ii* fait, sans résistance. Preuves de l'exécution de ce plan par la dénonciation controuvée de Julien de Toulouse ; Théorie exécrable tendant au même but ; 12' fait. Aveu de Bazire que Delaunai avait le même i3* fait, but, les mêmes principes ;
Raprochemens sur les décrets enlevés par iv fa.it. Julien de Toulouse ;
Julien ammène Bazire dîner chez Batz ; con- i5* fait, vives de ce dîné ;
Embarras de f^azire sur la révélation de ces 16' fait, complots ;
Chabot paraît à Bazire fort enfoncé dans ir fait, cette affaire ;
Chabot déclare à Bazire qu'il est dans la is* fait, conspiration pour la déjouer ; Bazire fait avertir les banquiers ; 19- tau.
Autres manœuvres de ce coupe-gorge ; 20' fait.
Plaintes de Chabot. Delaunai. Julien à Bazire 21' fait, sur son inconsidération ;
Promesse de partage. On promet à Bazire 22* fait. 100.000 livres sur les 500.000 consignées pour dégager la compagnie bloquée par l'amendement Fabre ;
Intercession de Delaunai pour Robert sur le 23* tait. Rhum ;
Diffamation de Delaunai en accusation de 24* fait corruption contre ceux (ju'il sentait ne pouvoir ni ne vouloir partager la sienne ;
i54 l'affaire de la compagnie des INDES
Aveu de Bazire sur le i)r()jel de diviser la 25' tait. Montagne (2 juin) ;
Conversation de Bazire et d'Hérault à ce ae* fait, sujet ;
Hérault propose à Bazire de conféi'er de tout 27' fait, cela avec Lhulier, procureur général syndic. Befus de Bazire ;
Bazire déclare n'avoir en rien coopéré à la 28* fait conspiration ni signé aucun mandat d'arrêt à ce relatif ;
H accuse Julien de Toulouse d'avoir signé 29* fait, un mandat d"arrêt contre Grenus, banquier, pour lui extorquer sans doute une rançon, puisqu'il a fait ensuite sortir Grenus.
5. Faits raprochés des deux dépositions précédentes. — A ces dépositions de Bazire et Chabot il faut joindre maintenant par raprochement les faits dont Tépoque est successivement parallèle à l'initiation de Chabot à la conspiration et à la marche de cette conspiralion depuis la connaissance que Chabot déclare en avoir eue.
On trouve :
Chabot s'oppose à l'arrestation des contre- xojez \e Jotimai des
' 1 *• • j A- i ' -j^t ' , u Débats. 2 août,
révolutionnaires de Nantes, présidés a la barre p. 21. par le maire Bacot. Chabot les fait renvoyer au comité de Sûreté générale, par devant lui :
Chabot met en avant son projet de loi sur ici., 7 août, p. 91. le pain à mettre à 3 sols dans toute la république ;
Le même jour, le maire de Paris vient à la w., p. 96. barre déclarer que les mouvemens sont l'effet
des fausses allarmes ;
Chabot fait son discours sur le pain et dé- m., 8, p. loe. clare formellement que .l'on va saigner les propriétaires et les riches, etc. ;
Chabot, par motion expresse et non amme- m., ii. p. 142. née, fait une sortie contre les prêtres et à J'etïet de les déclarer inéligibles dans les places. Osselin Tappuye. Garnier de Saintes s'y oppose ;
Chabot revient à son projet sur le pain : m.. -20, p. 265.
Il demande que tous les étrangers, au lieu m., p. 270. d'être enfermés, soient renvoyés dans leur pays;
Lettre apocriphe à Dubois-Crancé. ditte ve- m., 21, p. 284. nue de Grenoble et attribuée à Danton, tendant à diffamer Dubois et Danton ;
Delaunai d'Angers demande la suppression la., 23. p. 314. de la fête de Saint-Louis et que tous les marchands soient tenus d'ouvrir les boutiques. On passe à Tordre du jour :
Julien de Toulouse dit qu'il a découvert que id., 25. p. 335. la Compagnie des Indes a prêté des sommes au cy-devant roi et propose cette question insidieuse : savoir si en cas de quelque preuve de ce délit il ne serait pas juste de confisquer tous les biens de la compagnie des Indes. Il fait renvoyer cette question à la commission des 5. à laquelle il est alors adjoint :
Guillemardet demande une commission sur m., 26, p. 353 les subsistances. Chabot s'y oppose et revient à son projet sur le pain. Il demande que chaque commune soit approvisionnée comme Paris ;
Débats sur l'affaire entre les commissaires la., 28. n. sso. de la Convention de Tours et ceux de \iort. relatifs à ce qui est dit dans la déposition de Chabot touchant le bureau de la guerre :
Chaumet à la barre : troubles de Paris. Ou- la.. 4 septembre vriers tirés de leurs atteliers. Chaumette demande l'extrait du procès-verbal. Proclamation du général anglais dans le sistème de diffamation contre la Convention ;
Chauniet et le conseil général à la barre ; ils dénoncent la famine, les fermiers. — Proposition de Vannée révolutionnaire (à remarquer ces mots-cy) :
Si quelque audacieux osait dire de V armée révolutionnaire Mon Armée, il serait sur le champ mis à mort.
Motion pour faire cultiver les jardins autour de Paris pour avoir du pain ;
Epoque du décret sur le maximum ;
L'ordre du général annonce que la Commune fait venir du bled et qu'elle sait se sacrifier quaud il s'agit de sauver les citoyens ;
L'ordre du général du 2 invite les citoyens à apprendre l'exercice afin de se mettre promp tement en état de résister à l'oppression ;
La section de la halle au bled demande des passeports pour Marseille. Refus ;
La section de l'Arsenal met tout en réquisition, fer et ouvriers, pour avoir des armes ;
La section de Bondy (près l'Opéra à remarquer), demande qu'on approvisioniie les boulangers ;
X. B. — On verra par la suite pourquoi cette remarque et combien les acteurs et agents de l'Opéra sont des instrumens entre certaines mains ;
Rareté des patrouilles (époque de la livraison de Toulon) ;
Le Moniteur, à l'article Commune, à voir tout entier :
Le Moniteur à voir tout entier ; Chaumette dénonce les administrateurs de
"Opéra, obtient la mention civique pour les acteurs et actrices et leur fait livrer l'Opéra en propriété ;
la., p. 68 et suiv.
Moniteur, n" 248. 5 sept.
Id.
Id., n° 246, 3 sept.
(Voyez les pièces n" 7.)
Id., n' 248, 5 sept.
Id., Cornm"", n° 249, 3 sept.
Id., n" 250, 7 sept.
Id.
N° 251. 5 sept.
Id.
En datte du 11 septembre, le Moniteur insère pour la f* fois la séance des Jacobins.
A la Convention même époque
Les fonctionnaires rendront compte de leur joumai des Di>bats, fortune. Séance importante ; ^ ^^^*'
Le département de Paris demande la séques- m., 7 sept, tration des biens des étrangers. Fabre appuyé. Décrété. Léonard Bourdon demande une exception en faveur des étrangers patriotes. Danton repousse Texception. Julien de Toulouse profite du tems pour demandé que le comité de Sijreté générale mette les scellés chez les banquiers. Renvoyé ;
Sur la demande d"examiner la conduite des m., p. 102. commissaires de la Convention, Chabot s'y oppose par ces mots : « Je ne crois pas que le moment soit venu de juger mes collègues envoyés dans les départements et les armées ; »
Chabot fait lever les scellés apposés chez les m., 9 sept., p. 134. banquiers et les notaires ;
Chabot s'oppose à la suppression des lotte- m., p. 135. ries et demande celle du Mont de Piété ;
Chabot propose de forcer les muscadins à w., 13 sept., p. iss. marcher avec les bataillons sous peine de déportation. Léonard Bourdon veut qu'on les emprisonne s'ils s'y refusent.
Commune
L'administration de police accuse les offi- Moniteur, n- 255, ciers de paix d'un crime capital. Chaumet re- ^° ^^^*' qui^ leur suppression. On passe à l'ordre du jour, sur ce que l'administration de police s'en occupe ;
Faits importons relatifs à l'administration m.. n° 257, u sept, de la police.
Convention
Chabot fait décréter que les comités révolu- jou7-nai des Débats, lionnaires feront restiinalion des biens des ^° -''^'^ • ^ ^'^^■ émigrés ;
Varlet vient réclamer contre le décret qui fixe les séances des sections à deux par semaine, etc. Il est repoussé par Robespierre.
Commune
Congé illimité accordé à Chaumette. Il va id., n° 259, 1.3 sept, dans la Nièvre ;
Les garçons boulangers se plaignent de ce que les boulangers ne les font pas travailler ;
La section de Molière et Lafontaine prend id., n- seo, n sept. le nom d'e Brutus et commence les fêtes de Lepeletier et Marat. Les sections Bonconseil et r Indivisibilité s'assemblent en sociétés populaires. La société des Républicaines révolutionnaires demande que les femmes portent la cocarde.
Jacobins
On apperçoit les progrès du sistème de dif- Moniteur, n° 259.
famation ; ^^ ^^p*-
Discussion relative à Rossignol ; yi.
A consulter article Jacobins, etc. m., n" sei, 262, 263.
Conve.ntion
Discussion où le Comité de Salut public joumai des Débats, parle en entier. Bazire invite à l'union et dit : ^^ ^^p^ ■ "° ^^''■ La Contre-Révolution sectionnaire est-elle faite ici ? Ou doit-elle se faire demain ?
Rapport perfide et mensonger sur les finan- i,,., 30 sept., p. 403. ces par Delaunai d'Angers, diffamation qu'il
contient. Jeanbon Saint-André le combat avec m., p. 406. force. Sur le champ Chabot combat à outrance Jeanbon et soutient Delaunai par plus d'astuce et de perfidie que le rapporteur. Cand^on demande In discussion. Thuriot s'y oppose et fait ajourner.
Commune
A bien examiner relativement à l'affaire des Moniteur, n° 272. prêtres ;
De même ; m
i.e procureur de la Commune Chaumet de- la mande l'établissement d'une COMMISSION municipale pour surveiller les armées et servie par des courriers ad hoc. Adopté ;
Exposition du caractère des gens suspects Ere nouvelle, Mon par Chaumet. Curieux ;
Délivrance de Desfieux et Prôli par Chaumet. etc. A consulter en entier :
Faits relatifs à la religion. Préconisation du principe nouveau qui détruit le dogme politique de Vimmortalité de /'d/»e. A consulter en entier.
Ceur, n" 21, 1" mois.
17 du
N° 26, 24 du 1" mois.
N° 27, 25 du 1" mois.
Jacobins
A consulter, précieux ; A consulter de même ; Fête sur la société populaire de Gonstantinople ; Faits relatifs à l'élargissement de Desfieux ; A voir relativement à Lyon.
N° 18, 14 du 1" mois.
N° 19, 15 du 1" mois.
N° 24, 20 du 1" mois.
N° 29, 24 du 1" mois.
COMMU-NE
Chaumet fait une motion relative aux cime- Momtetir, n° 30, 28 tières ; ^'" ^" "^oi^-
Dupin, adjoint au ministre de la guerre,
demande le fer, le plomb et le cuivre des églises. Ordonné.
Convention
Jeanbon Saint-André demande, vu la loi du Moniteur, n° 249, maximum, que les bleds venant de TAmérique '' ^^*'*soient reçus par le gouvernement et que les propriétaires soient indemnisés. Coupé de rOise s'y oppose. Formation de l'armée révolutionnaire. A consulter pour la liste des jurés, .v 273.
Convention
Long rapport de Delaunai d'Angers contre joumai des Débats, la compagnie des Indes et où elle est traînée J,'^ ^|" ^" ™°^^' dans la boue. Il présente un projet de décret pour enrichir les administrateurs et contraire au rapport. Fabre d'Eglanline culbute le projet par un amendement. Triple discussion. Robespierre soutient l'amendement. Il passe.
N. B. — ■ Voyez aux pièces la déclaration de Fabre. N° 2.
Par mesure de précaution Fabre fait rendre du 21, p. 147. un décret qui arrette les tentatives secrettes de Delaunai.
N. B. — Voyez la même déclaration.
Saint-Just propose l'arrestation des étran- du 25, p. 213. gers. Chabot s'y oppose avec force. Son opposition porte surtout en faveur des Anglais.
Commune
Les fennnes révolutionnaires viennent sous n- 36, 4 brumaire, divers prétextes demander des visites domiciliaires. Applaudi. Renvoyé à l'administration de police ;
En réponse à une députation d'un comité n° 46, 14 brumaire. central de bienfaisance qui demande des se-
cours pour les pauvres, Chauiiiel ciemaiide renlèvement de toutes les matières d'or et d'argent de toutes les églises et autres lieux publics ;
A consulter ; n' 48.
Chaumette demande qu'on ferme la tombe n° 49. 17 brumaire, des supliciés pour empêclier qu'on aille dépouiller Les morts (comme si Ion y allait) ;
A consulter ; n° 50.
Les protestans imitent les catholiques sur le n° 56. fait des vases sacrés ;
Arrètié qui circonscrit les compagnies de n° 58, 26 brumaire, canoniers et deffend à d'autres d'en porter 1 habit ;
A consulter. Arrêté pour empêcher les n- 59. femmes d'aller à l'église. Le général invité à prendre sur ce toutes les mesures ;
Le club central des Electeurs dénonce une assemblée qui, sous le nom de comité secret, tient des séances à l'archevêché. — Renvoyé simplement à l'administration de police.
Jacobins
A consulter ; N° SS. 2 brumaire.
A consulter ; N» 40, s brumaire.
Chabot sur la liberté de la presse, etc., à n» 44, 9 brumaire, consulter ;
Pour la Commune, la (<onvention, les Jaco- n» 52. bins, à voir en entier ;
A consulter de même ; n- 53, 54, 55, 57. 59.
A consulter relativement aux hôpitaux, aux n» 65, 28 brumaire, églises, aux blessés, à la monnoye.
Il est à remarquer que dans toutes les séances des Jacobins où Robespierre se trouve présent, aucune motion ni débat tendant à la conspiration ou à l'exagération ou au système de calomnie ou de désunion ne sont produits.
11 suffit de lire ce mémoire pour se rendre compte qu'il n'est qu'un réquisitoire politique, une œuvre de parti. Sur l'affaire financière, qui faisait le fond de la dénonciation de -Basire, à peine un mot vague par-ci, par-là. Fabre n'éprouvera aucune curiosité à rechercher l'origine des 50U.O0O livres que les banquiers qui s'intéressaient à la compagnie des Indes avaient consignées pour obtenir un décret avantageux. Sur les danses de ce décret, auciuie m'ention. Cela ne faisait pas partie du complot, pour Fabre, et le complut seul l'intéressait.
Quoi d'étonnant dès lors si les enquêteurs n'aient fait arrêter que des démagogues et des comparses, très étrangers la plupart à l'affaire d'agiotage qui était à l'origine des dénonciations de Chabol et de Basire I
Dès le 25 brumaire, au lendemain de la déclaration verbale que leur a faite Chabot, Jagot et \'oulland font venir de sa prison, où il était interné en vertu de la loi sur les sujets ennemis, le baron de Trenck, sujet prussien, qui a connu les Frey, beaux-frères de Chabot, à Vienne. Trenck révèLe ce qu'on savait déjà (D, que les Frey s'appellent en réalité Dobruska, que l'Empereur les a employés en Hongrie comme espions, qu'il les soupçonne d'avoir été au nombre de ses persécuteurs (2). Trenck ajoutera, dans une note postérieure (3), que les juifs Dobruska, nés à Nikolsburg, en Moravie, avaient été anoblis sous le nom de Schœnfeld \yar l'Empereur Joseph II, que leurs sœurs, très jolies, vivaient à Vienne de la vente de leurs charmes, etc.
Après un pareil témoignage, on aurait pu croire que les Frey, qui avaient déjà réussi à échapper par la protection de Chabot à la loi sur les sujets ennemis, allaient être arrêtés et perquisitionnes. Il n'en fut rien. Ils restèrent neuf jours encore en liberté et ce n'est que le 3 frimaire qu'on s'assura de leur personne. Ils avaient eu tout le temps nécessaire pour mettre à l'abri les documents compromettants.
Les jours précédents et suivants, le comité de Sûreté générale entendit de nombreux témoins sur leur compte. Le 29 brumaire, Frédéric Deiderichsen, avocat holsteinois à leur service, fut
(1) Voir aux Archives nationales les dossiers F' 4713, W 3i-2, F^ 4677, F' 4775="*, etc.
(2) Dossier Trenck, F' 4775^*.
(3) Au dossier du procès des Dantonistes, W 3'i-2.
LES DÉBLTS DE l'iNSTRL'CTION 103
interrogé pur l-ubanand). On saisit sur lui un collier en or poui- leauiies ù ^iiiq rangs ae chanies, une ijague en ur avec brillant, trois paires de boucles d'argent. Il prétendit que le collier appartenait à un juif qui l'avait chargé de le porter à sa femme. Au moment où il avait été touché par le mandat d'amener, il se disposait à partir pour la Suisse et il avait déjà retenu sa place à la diligence de Bàle. L'examen de ses papiers révéla qu'il avait prêté de l'argent à diverses femmes, 28U livres à une citoyenne Pliilibert, 1.009 livres à une citoyenne Lalouët, et 11 qu'il suivoit le jeu des loteries et qu'il étoit en négociations ouvertes avec des préteurs de fonds » (2). Deiderichsen reconnut que depuis son arrivée à Paris, en mai 1792, les Frey lui avaient donné en moyenne cinq livres par jour, qu'ils l'avaient logé pendant six mois et admis gratuitement à leur table ; qu'il avait prêté de l'argent, il y avait six mois, à deux Anglais depuis emprisonnés, 1.200 livres à l'un, nommé White, et 1.500 livres à l'autre, nommé Churchill ; qu'il connaissait le duc de Cossé- Brissac, ancien commandant de la garde du roi, qu'il avait rencontré à l'ambassade de Danemark ; qu'il avait essayé d'intéresser un nommé Vergnier à l'élargissement du duc ; que Junius Frey lui avait fait don de 400 livres pour son voyage en Suisse où il allait rejoindre sa femme et ses enfants ; que le même Junius l'rey l'avait queilquefois chargé d'encaisser des lettres de change chez l'agent de change La Tour, chez les banquiers Delessert, Rilliet, Le Sec et d'autres «ncore ; qu'il avait négocié pour le citoyen Haussmann, frère du conventionnel, une lettre de change de mille florins. Interrogé sur les motifs de son voyage en France, il répondit qu'il avait accompagné Junius Frey di' Vienne jusqu'à Hamibourg où il était arrivé en mars 1792, que de là Junius Frey lui avait remis Z\)0 écus pour passer en Angleterre, tandis que Junius Frey se rendait à Strasbourg. Il déclara encore qu'il avait été employé à Vienne à la banque Charles et Frédéric Barkum de 1782 ou 83 jusqu'en 1790 et que cette banque ayant fait faillite, les Frey lui vinrent en aide jusqu'en juillet 1791, date à laquelle il était parti avec eux pour Prague, Dresde et Hambourg. Il confirma que les Frey étaient originaires de Briinn en Moravie, qu'ils étaient nobles, qu'ils avaient été chargés de l'approvi-
(1) Arch. nal., W 3«.
(2) Expressions d<' Diiliiirran dans son l'ésuiné de l'Affaire. Id.
sionnement d'une partie de rarmée autrichienne dans la guerre contre les Turcs ; que Junius Frey avait parlé plusieurs fois à l'Empereur Joseph et a l'Empereur Léopold qui l'estimaient beaucoup ; qu'il avait quelquefois accompagné Junius Frey dans sa voiture quand il se rendait chez 1" Empereur ; que les Frey avaient un père qui était fort à son aise et qui détenait l'emploi de fermier général des tabacs. Ils possédaient ime maison dans un faubourg de Vienne. Junius Frey était marié. Il avait laissé sa femme à Vienne et elle y tenait un grand état. II ne croyait pas enfin que Junius Frey ait eu à se plaindre de la Cour de Vienne, ni à l'époque de son départ, ni depuis son arrivée en France. Cette déposition démentait le roman de Chabot qui prétendait que ses beaux-frères étaient des martyrs de la liberté, obligés de se réfugier en France pour échapper aux rigueurs de la police autrichienne.
Défilèrent ensuite devant le comité de Sûreté générale en quahté de témoins les personnes dont les noms s'étaient trouvés ilans les papiers de Deiderichsen. Dubarran, Louis du Bas- Rhin et Philippe Ruhl interrogèrent, le 29 brumaire, la citoyenne veuve Lalouët, âgée de 50 ans, qui reconnut qu'elle s'était mise en rapport avec Deiderichsen il y avait environ six à sept mois, à un moment où elle avait besoin d'argent. Elle ajouta qu'elle était parvenue à intéresser un citoyen Lafontaine, receveur des contributions à Chàteauroux, au paiement des lettres de change que possédait le danois. Deiderichsen recevait ces lettres de change du Danemark. Elles étaient établies à son nom. Il lui en avait été envoyé pour trente mille livres en une fois, c'étaient celles qu'avait négociées Lafontaine, mais Deiderichsen assurait qu'il en attendait pour de bien plus fortes sommes, c'est-à-dire pour trois ou quatre cent mille francs. Ces traites étaient sur les meilleurs banquiers de Paris. La fille de la veuve Lalouët avait été demandée en mariage par un officier russe du nom de Xicolish, qui avait passé des marchés au ministère de la guerre avec d'Espagnac l'aîné. Cette déposition prouvait que le prête-nom des Frey recevait de l'étranger de très fortes sommes d'argent, dont la provenance ne s'exphquait pas ou s'expliquait trop.
Le même jour, la fille du précédent témoin, Rosalie-Geneviève Lalouët, âgée de 25 ans, reconnut que Deiderichsen lui avait pi'êté 1.009 livres au nom d'un citoyen Ségnollas pour lequel
il travaillait et que le billet de ce prêt était remboursable au mois d'octobre précédent et qu'elle avait fait avec Deiderichsen diverses affaires de prêt ou d'avances à intérêt.
Le lendemain, 30 brumaire, devant Dubarran et Louis du Bas-Rhin, le ci-devant agent de change La Tour déclara que Deiderichsen était venu chez lui sous les auspices du député de Nuremberg Haussmann, vers le mois d'avril précédent, qu'il n'avait fait avec Deiderichsen qu'une seu^e affaire « pour une somme de 300 livres, en cautionnement de laquelle La Tour avait reçu deux chaînes d'acier, le surplus s'est fait entre lui comparant, les nommés Haussmann et Junius Frey, dont ledit Deidesrichsen était l'agent ». La Tour ajouta qu'il avait compté 16.600 livres à Junius Frey en paiement de lettres de change et 4.000 et quelques cents livres à Haussmann, pour laquelle somme celui-ci lui avait remis une traite de mille florins d'un banqui'er de Hambourg. En outre La Tour avait fcdt avec le jeune Frey une affaire de 9.500 livres. Les traites qu'on lui avait remises sur Hambourg étaient protestées. La Tour n'avait pij en recouvrer le montant. Il avait prêté à Deiderichsen cent écus et n'en avait pas été remboursé. La Tour remit sur le bureau les deux traites sur Hambourg qui avaient été protestées, l'une du l^"" juillet 1793, l'autre du 13 août 1793, toutes deux à l'ordre de Deiderichsen, signées Haussmann et endossées par Dufrayer et Poppe. Cette déposition prouvait qu'yen juillet et août 1793, les Frey étaient dans la gêne, puisqu'ils étaient réduits à emprunter et que leur secrétaire laissait une chaîne d'acier en nantissement. Comment s'expliquer dès lors qu'un mois et demi plus tard ils fussent en état de marier leur sœur à Chabot avec une dot de 200.000 livres ? Cela donnait de la consistance à la thèse de ceux qui croyaient que Chabot avait fourni cette somme en la dissimulant dans son contrat de mariage.
Dubarran et Louis du Bas-Rhin entendirent ensuite, le 1" frimaire, une des demi-mondaines célèbres de l'époque, la citoyenne Giroud, femme Quinquet Morency, âgée de 23 ans, qui était venue de l'Aisne a Paris, disait-elle, pour divorcer, et que la chronique attribuait comme maîtresse à Hérault de Séchelles et à D'Espagnac. La Morency, qui tenait un bureau de loterie, reconnut qu'elle avait été mise en rapports avec Deiderichsen, il y avait deux mois environ. Deiderichsen l'avait
166 l'affaire UE la compagnie des INDES
chargée d'obtenir du banquier De Gesner le paiement de deux lettres de change d'une valeur de 30 à 38.000 livres environ. Elle s'était intéressée à cette négociation qui n'avait pas réussi- Mais Deideriehsen s'était adressé 'ailleurs et avait obtenu le paiement de ses traites. Elle connaissait les Frey et avait dîné chez eux.
La citoyenne Philibert, âgée de 27 ans, déposa, le 3 frimaire, que Deideriehsen lui avait prêté 280 livres qu'elle lui devait encore, sur la recommandation d'une voisine, la citoyenne Salvi ; que Deideriehsen l'avait emmenée dîner avec la citoyenne Salvi le jour du mariage de Chabot à l'hôtel de la Grange-Batelière (D ; qu'à ce moment le Danois était bien pourvu d'argent, car il se vantait de dépenser communément cinquante francs pour son repas chez le traiteur.
Enfin la citoyenne Salvi, une vénitienne noble qui était venue en France au mois d'août 1791 pour fuir sa famille qui lui reprochait son mariage avec un roturier, reconnut, le 18 frimaire, que Deidfjrichsen lui avait prèié de l'argent, mais qu'elle lui en avait aussi prêté. A la question : " \"ous a-t-il paru avoir beaucoup de fonds à sa disposition », elle répondit : " Certaines fois il avait les poches toutes pleines d'assignats, et, dans d'autres jours, il paroissoit être dans la pénurie. Il m'a eu dit dans quelques circonstances que les fonds qu'il avoit n'étoient point à lui, mais aux citoyens Frey, dont il se disoit l'ami. » Elle savait par lui que les Frey étaient allemands d'oirigine et qu'ils avaient été dans lès bonnes grâces de Joseph II. Elle avait dîné trois fois chez les Frey : « J'y allai pour la première fois dans l'hiver dernier ; je remarquai alors un air de dépense très important. J'y revins encore deux mois après. Je m'apperçus que ce faste avoit beaucoup diminué ; et aujourd'hui il a repris son premier état. » Cette déposition confirmait celle de l'agent de change La Tour. Les Frey étaient dans une crise monétaire au cours de l'été, quelques semaines avant de marier leur sœur à Chabot. Brusquement, ils étaient redevenus riches et ils avaient acheté des biens nationaux ; la maison conventuelle' et le parc de Chelles, le 14 septembre, pour 80.000 livres ; la maison d'une dame de Cavaignac, émigrée, sise à Suresnes, le li- septembre, pour
(\) Chez le trait^'ur Rose, chez lequel, au dire de Saiut-Jiist, Danton aurait fait avec Guzinan et des .\nglais des repas à cent écus par tête.
40.00U livres (D, et ils avaient encore trouvé 200.000 livres pour la dol de Léopoldine. Ce brusque enrichissement avait été postérieur au décret du 7 septembre qui avait ordonné le séquestre des biens des étrangers, décret que Chabot et Delaunay étaient parvenus à suspendre pendant six semaines. Les Frey s'enrichissaient juste au moment où Boyd achetait i\ Chabot un j)asseport libérateur et obtenait de lui la levée des scellés sur sa banque et juste au moment où commençait la campagne d'agiotage contre les financiers. Les commissaires durent penser que les Frey n'avaient été alors que les hommes de paille de Chabot. Chose curieuse, plusieurs de ces commissaires enquêteurs, Philippe Rûhl, Louis du Bas-Rhin, avaient été les commensaux des Frey. Est-ce pour cette raison qu'ils jugèrent inutile de procéder à leur interrogatoire et qu'ils se bornèrent, le 3 frimaire, un peu tard, à les écrouer à La Force ? (2).
.\ussi bien la religion du comité était faite sur les beauxfrères de Chnbot. Les témoignages accusateurs s'accumulaient dans leurs dossiers.
La commission d'enquête des Jacobins chargée d'examiner le cas de Chabot fit passer au Comité de Sûreté générale la note suivante :
35 — \ote pour les cowmissaires iacobins chargés d'examiner Vaffaire du citoyen Chabot
Les soit-clisant Frey ?e sont donnés ce nom qui signifie libres pour se soustraire aux poursuites de leurs créanciers en Allemagne, oîi l'aîné doit des sommes considérables et pour, à la faveur de cette dénonciation, faire le métier d'intriguant.
Ils sont nés juifs dans les Etats d'Autriche, ils se sont fait baptiser pour être annoblis par la reine d'Hongrie, comme de fait ils l'ont été sous le nom de Schœufeld. Une de leurs sœurs seulement n'a pas voulu abandonner le
(1) Voir les pièces conservées au dossier F' 4713 des archives nationales.
(2) L'arrêté est signé de Vadier, Louis du Ras-Rliln. Elie Lacoste, "Jagot, Panis, David, M. Bayle et Duharran. La signature de Rhiil. qui avait connu les Frey à Strasbourg, est absente.
judaïsme, tout Je reste de la famille s'est fait chrétien.
Trois de leurs frères sont dans le service de VEmpereur et font actuellement la guerre contre la République française.
Frey ou, pour dire vrai, le noble deSchcenfeld faîne, a abandonné sa femme et ses enfants. Une de ses sœurs, à Vienne, entretenue par un riche baron, prend soin d'elle.
Ce Frey a été employé par Joseph II à Tespionnage, sachant bien que les enfants d'Israël surpassent toutes les autres nations dans ce métier.
Le juif Ephraïm. envoyé il y a 3 ans par le tyran de Berlin, a prouvé cette assertion par sa mission à Paris. Frey est grand ami de ce traître de la France d'.
Il y a environ 20 mois que ces Messieurs les nobles de Schœnfeld sont arrivés de Berlin en France et ils ont débouté (2) à Strasbourg où, à l'aide de quelques intriguants, une table ouverte et quelque argent répandu à propos, ils se sont glissés dans la société populaire sous le nom de Frey (3), et l'on ignoroit absolument leur existence morale et politique. Les mêmes moyens ont été employés à Paris, où Frey faîne s'est même insinué au Club d'Orléans du Palais-Royal.
En un mot, ces soi-disant Frey sont des égoïstes gens imoraux remplis de ruses et d'intrigues qui, sous le masque du patriotisme, cherchent à assouvir leurs passions en cherchant à servir les ennemis de la République qui les payent.
D'après ces détails, qui sont dans l'exacte vérité, il y a lieu de croire que ces scélérats n'ont cherché l'alliance de Chabot que pour se servir de lui comme d'un moyen bien sûr pour échapper à la surveillance de la police et arriver à leur but. (Archives nationales, W 342.)
(1) Il est remarquable que les Frey étaient à Prague et à Dresde au moment des conférences de Pillnitz.
(2) Cette orthographe trahit la nationalité allemande du rédacteur de la note.
(3) Très exact. Voir mon liwe La Révolution et les Etrangers, pp. 111-117.
Le comité de Sûreté générale recevait encore les informations suivantes :