Chabot aux Comités
Du 11 frimaire an 2.
Chabot à ses collègues des comités de Salut public et de Sûreté générale
[Il vient d'apprendre l'arrestation de ses beaux-frères, les Prey. Il les croit purs comme le soleil et francs jacobins. Voici un fait qui prouve leur patriotisme] :
Le baron de Trenck vint leur emprunter de l'argent, mille écus, si je ne me trompe. Junius Frey lui dit : Je ne puis pas vous pretter cette sonm:ie, mais, puisque vous êtes dans le besoin, voilà quatre cens livres, dont je ne vous demande pas de billet. Le baron de Trenck lui dit alors : Je ne serois pas dans l'embarras, si un inconnu ne s'étoit opposé à ma réception aux jacobins. Ce n'est pas un inconnu, lui dit Frey, c'est un excellent Montagnard, Simond de Strasbourg. Mais il faut que vous sachiés qu'il n'a été que mon organe. Je vous ai vu jouer la comédie en Hongrie. Vous vous fîtes mettre en prison •par Léopold, et cela pour mieux lui livrer le pauvre peuple de la Hongrie qui, sans vous, seroit libre et du royalisme et de l'aristocratie sacerdotale et nobiliaire. J'ai cru qu'il falloit avertir les jacobins que vous êtes dangereux. Trenck s'excusa très mal de celte accusation faite en ma présence. Il se retira fort en colère et dit quelques mots allemands, par lesquels il menaçoit Frey de son épée quand il seroit guéri de son attaque de goutte. Il n'emporta pas moins l'argent que Frey lui avoit donné. Je leur dis alors : Vous devés à la patrie qui vous adopte de dénoncer formellement le baron de Trenck. Il le fit au comité de Sûreté générale par l'intermédiaire d'Emmanuel Prey, qui joignit Guzman dans la dénonciation, comme envoyé de l'Autriche. Il vouloit y joindre Proly, Pereira, Dubuisson et Desfieux. Je l'exhortai à réfléchir à cette démarche, parce que ces citoyens jouissoient de
la confiance des jacobins. Cependant, il a aussi dénoncé Proly, dont les sentimens anti-français lui éloient, disoitil, très connus. Le Comité lança un mandat d'arrêt contre Trenck et Guzman. C'étoit par le commencement de septembre ou la fin août. (Archives nationales, F^ 4637.)