Fabre d'Eglantine à Chabot
Je ne suis ici, mon cher Chabot, que pour avoir suivi avec trop de zèle et de chaleur la conspiration que tu as dénoncée, c'est-à-dire pour avoir secondé ta déclaration
(1) Moniteur, réimp., t. XIX, p. 204. Le Moniteur a imprimé Vallier pour Vadier.
l'arrestation de fabre d'églantine 279
que je crois très vraie. Anmr et le comité tacileineiit m'appellèreiit pour les aider, et les traîtres qui m'ont vu investi de cette tâche n'ont pas manqué, dans leur frayeur, de me tailler des croupières. Que dis-tu, par exemple, de ce retour infernal, de se servir précisément de la chose qui me fait le plus d'honneur, de ma résistance aux coquineries de Delaunai, pour m'en faire un crime, malgré tout ce que tu as, toi. déclaré de vrai et de si honorable en faveur de ma probité ? Ils se sont bien gardés de dire un mot de tout cela. Ils ont si bien embrouillé et tortillé cette affaire que personne n'y comprend rien, si ce n'est que cette obscurité même n"est qu'une intrigue, mais j'espère qu'on ouvrira les yeux et qu'on rendra justice à qui elle est due. Dis-moi ce que tu as écrit dans cette lettre qu'on a eu bien soin d'empêcher de lire. Adieu. Tourne ^^K
Te rappelles-tu, d'après les journaux, quel est celui qui a empêché de lire ta lettre à la Convention ? Dis-le moi. Je te dirai ensuite, et à fur et mesure que cela me viendra, ce qui s'est passé et ce qu'on a fait })0ur toi, etc. Mais dismoi à peu près ce que tu as mandé à la Convention après mon arrestation inique et exécrable. Xous pouvons nous apprendre bien des choses qui tendront à dévoiler la vérité et à démasquer les traîtres et les perfides ennemis de la patrie. (Arch. nat., F''' 4637, non daté, ni signé, mais sûrement de la main de Fabre.)
Chabot n'était pas homme à se compromettre avec les vaincus. Non seulement il n'accepta pas le marché que Fabre kii offrait, mais, dans les nouvelles lettres qu'il écrira à Robespierre, il chargera de son mieux l'homme qu'il avait d'abord blanchi, quand il avait cru se sauver en se cramponnant à lui. Maintenant que le vent avait tourné. Chabot changeait de point de vue.
Amar avait justifié l'arrestation de Fabre dans un rapport qu'il présenta à la Convention le 24 nivôse.
(1) La suite est au verso du feuillet.