François Chnliol à Mn.rimilien Unhrspierrc
Au secret du Luxembourg, le nonidi. jour de la ctielidoine, 29 pluviôse an 2. à A heures.
C'est en toi seul que je uiels loute ma confiance, lorsque mes anciens amis paroissent m'avoir oublié. Voilà quatrevingt-treize jours que je n'ai vu ni ma jeune épouse ni ma vertueuse sœur. Quoiqu'on ait calomnié celle-ci, dans le mois de frimaire, auprès d'Amar qui, malgré le témoignage de toutes les personnes attachées au Luxembourg, croit peut-être encore qu'elle est entrée dans mon cachot, en corrompant sans doute huit à neuf guichetiers : il n'y en a pas moins de la cour d'entrée à mon appartement. Je te prie de me procurer une permission de les voir une fois par décade. Voilà deux mois que j'ai subi mon interrogatoire. La justice et l'humanité réclament depuis cette
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époque la levée de mon secret ; c'est pour ne pas forcer mon collègue Basire que i"ai subi cet interrogatoire. Je voulois protester contre Amar, comme évidemment suspect dans cette affaire : Basire me fit supplier de ne pas ainsi prolonger sa détention par des incidens qui aigriroient même les comités contre moi. Je n'ai rien gagné, ni Basire non plus, à cette déférence à ses avis.
On a refusé d'écrire tout ce qui déplaisoit à Amar, au suiel de Fabre et compagnie Taitbout. On ma fait des questions captieuses, que l'on a refusé d'écrire, en mettant mes réponses comme des observations que je faisois d'abondance. Telle est la question sur le retard de ma dénonciation ; la question sur ce qui m'étoit arrivé aux 27, 28, 29, 30, 31 mai et jours suivans, et quelques autres. On m'a fait des questions sur Hanriot, sur Vincent, sur Ronsin, et, parce que je ne répondois pas selon les désirs d'Amar, on n'a voulu écrire ni les demandes, ni les réponses. On m'a demandé ce (jue j'aurois fait, si j'avois été présent lorsque Delaunai lut le décret sur la compagnie des Indes, ayant ma signature en son pouvoir. J'ai répondu vigoureusement que j'aurois dénoncé le complot à la Convention, et que j'aurois dit d'aller chez moi ; qu'ils y trouveroient la preuve de la corruption, toute cachetée. Amar m'observa que je me serois exposé. Je lui répondis que je n'avois jamais calculé les dangers pour sauver ma patrie. On refusa d'écrire ces questions et ces réponses, malgré mes réclamations : on refusa d'écrire mes déclarations sur un bien que j'achetai en sortant des Capucins, avec l'argent de ma mère et de ma sœur envers lesquelles je suis encore débiteur. On n'a rien écrit de ce que Basire a dit à ma décharge, au sujet de mon mariage : le rapport d'Amar sur l'arrestation de Fabre est un tissu de perfidies pour me perdre. J'écris à la Convention pour rectifier les faits altérés méchamment par Amar ; on fait renvoyer ma lettre, sans l'entendre, au comité, c'est-à-dire au rap- [)orteur. Je déclare, avant mon interrogatoire, que j'ai
découvert, dès les premiers jours de ma détention, les manœuvres que Ton annonçoit à Delaunai devoir employer pour me perdre : on a été forcé d'en écrire quelque chose ; mais lorsque Jagot vouloit donner suite à cette déclaration et découvrir la vérité, Amar n'a pas jugé l'instruction ultérieure nécessaire. Lorsque je reprochai à Amar sa complicité avec Delaunai, pour effrayer la compagnie des Indes, car c'est Amar qui a été chargé de Vexécution de cette première partie du complot, peut-être sans le savoir ; Jagot vouloit donner sa démission ; Amar ne fut pas de cet avis et je fus obligé de leur demander excuse pour des vivacités qui ne tournoient (jue contre moi. Que faire ? J'attends tout de ta justice, surtout la permission de voir ma femme et ma sœur. Je te salue bien patriotiquement ainsi que ton frère.
François Chabot.
{Pièces trouvées dans les papiers de Robespierre cl complices, pp. 55-57.)
Le lendemain, Chabot se risquait à demander officiellement au comilé de Sûi-ieté générale la permission de voir sa sœur ou sa femme.
77. — François Chabot à ses collègues membres du comité de Sûreté générale
Au secret du Luxembourg, le jour du traîneau, décadi 3U pluviôse, à 4 heures, l'an 2 de la République, une et indivisible et démocratique, le 94* jour de mon honorable détention au plui. rigoureux secret, quoi qu'en aient dit mes ennemis.
Citoyens représentans,
Si, comme je l'espère, l'absurdité des calomnies que les conspirateurs ont inventé contre moi vous est démontrée, si, d'après ma dernière lettre, vous avés reconnu la pureté
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de mon mariage ; si, après trois mois de provocations faites à tous mes ennemis pour aller dénoncer tout ce qu'ils pouvaient savoir contre moi, je n'ai pas cessé de mériter votre estime ; je vous supplie de me permettre une ou deux fois par décade de voir ma femme et ma sœur en présence du concierge ou de telle personne que vous voudrés ; jusqu'à ce que le salut de la patrie vous permette de lever entièrement mon secret bien pénible à ma chaleureuse imagination ; (iuoi(iu"il ne m'ait encore arraché aucun murinuie même secret.
François (Ihabot.
Sur Padresse : Affaires intéressantes reconnnandées an c^'" X'adier. présideid diulit comité.
Archives nationales, F''' 4637.)
Le cuiuité permit à Chabot d'écrire à sa mère, en faisant passer sa lettre sous lies yeux du comité (D-
L"iiistiuction ])iétinait. liatz, Benoît, Julien de Toulouse restaient intiouvables. Seul Proli, qui se cachait dans les environs de Paris sous le nom de Dubois ou de Ploy, se fit prendre, le liO pluviôse, près de Gonesse. Amené à la section Le Peletier, il déclara qu'il était victime du royaliste Richer de Sérizy, ami de Camille Desmoulins, et de Fabrc d'Eglantine, qui le poursuivait depuis longtemps de son inimitié. <( Fabre craignait, dit-il, que les patriotes purs, qu'il désignait sous le nom de factieux, ne portassent un œil vigilant et sévère sur ses fri- |)onneries et ses dilapidations. » Il ajoutait qu'il croyait, <i d'après la contradiction qui existe entre les différents décrets rendus relativement à la compagnie des Indes, qu'il y a eu entre lui (Fabre) et les administrateurs de cette compagnie, des relations pécuniaires nuisibles à l'intérêt public, et il y a lieu de croire que le uonnné Levrau, lyonnais, était l'agent intermédiaire entre ces administrateurs, Fabre d'Eglantine et Delau-
(1) Minute non dabée signée d'Aniar et de Louis du Bas-Rhin. (F^ 1637.)
uay d'Angers » (D. Proli ié[)éta encore, le lendemain, devant le comité révolutionnaire qui continua son interrogatoire, que le banquier lyonnais Levrau (ou Levrot) était « l'intermédiaire des opérations criminelles de Fabre d'Eglantine ». Il y avait là, pijur Amar, une indication intéressante. Un juge d'instruction ordinaire aurait confront-é Fabre et Proli, aurait recherché le banquier lyonnais, aurait fait venir les administrateurs de la compagnie des Indes. Il ne semble pas qu'Amar s'en soit préoccupé. Il n'interrogea Proli que le 19 ventôse et il ne lui posa aucune question au sujet de l'affaire de la compagnie des Indes.
La Convention cependant commençait à s'inquiéter des lenteurs d'une instruction interminable. Le 4 ventôse, elle avait décrété que les deux comités de Salut public et de Sûreté générale lui feraient un rapport sur les personnes incarcérées. Le 8 ventôse, Saint-Just avait fait ce rapport, où il concluait que le comité de Sûreté générale serait investi du droit de mettre en liberté les patriotes détenus.
Comme Amar faisait toujours la sourde oreille, ses collègues du comité prirent Le parti de lui écrire collectivement la lettre suivante, qui était une mise en demeure formelle d'avoir à conclure :