Le comité de Sûreté générale à Amar
Du 11 ventôse. Tan 2 de la République une et indivisible.
Nous t'avons envoyé, mon cher Amar. notre collègue Voulland pour l'exprimer notre juste impatience sur le rapport que tu nous fais attendre depuis plus de quatre mois. Il nous a annoncé de ta part que tu devois te rendre ce soir au comité. Jl ne nous est plus possible de contenir notre sensibilité sur ce nouveau manquement à ta parole. Ce sentiment est commun à tous les membres de la Convention qui sont attachés à la chose publique et nous ne pouvons plus partager le blâme que ta négligence mérite.
(1) Archives nationales, W 78. Interrogatoire du 1" ventôse.
LA FIN DE l'instruction 3|3
!1 faut absolument que tu finisses et nous espérons que tu ne nous forceras pas à prendre des moyens qui contrarieroient infiniment notre amitié pour toi.
Signé : Dubarran, Vadier. Jagot, Elie Lacoste, I>ouis du Bas-Hliin d).
(Archives nationales, F^ 4578.)
Ainar se rendit-il cette fois à l'invitation de ses collègues ? C'est probable. Mais il fit attendre quinze jours encore son rapport à la Convention.
Les Hébertistes s'exaspéraient. Dans la grande séance du 14 ventôse, où ils jetaient un voile noir aux Cordeliers sur la table des Droits de l'Homme. Hébert inscrivit au nombre de leurs griefs l'impunité assurée à Chabot et à ses complices : (( Cette affaire était bien claire ; pourquoi cependant n'en parle-t-on plus ? Pourquoi n'est-elle pas jugée et dit-on qu'elle est accompagnée d'une telle coiuplicatiun qu'on n'a encore pu juger qu'il s'agissait d'un fripon ? Pourquoi Fabre d'Eglantine, ce scélérat prolund, n'a-t-iî point reçu encore le châtiment dû à ses forfaits ? Je vais vous dire le pourquoi : c'est que M. Amar prétend soustraire au glaive vengeur les soixante et un coupables. Il est bon de vous apprendre que M. Amar est un noble, trésorier du roi de France et de Navarre. Oh ! pour celui-là, il est bien noble, car il avait acheté sa noblesse 200.000 livres en écus. Il est temps que le peuple apprenne aux fripons, aux voleurs, que leur règne ne durera pas toujours-.. »
Les Hébertistes préparaient ouvertement une insurrection. On pouvait croire, à de certains indices, que les Indulgents, qui avaient même désir de se débarrasser du gouvernement, confondaient leur action avec la leur (2). Les comités se décidèrent à frapper simultanément les deux factions. Le 16 ventôse, Rarère. en leur nom, fît voter un décret qui chargeait Fouquier-Tinville d'informer sans délai conti-e les Hébertistes ; mais, dans sou discours, il inscrivit ces phrases à l'adresse des
(1) Semble de la main de Dubarran.
(2) Voir noti-e ariick', Les d.-ux versions du procès des Hébertistes, dans les Annules révolutiunnaires de janvier 1919.
Indulgents : « Il faut surveiller la faction des Indulgents et des Pacifiques (D autant que celle des prétendus Insurgents. Mais bientôt le rapport sur Chabot et les autres représentants va Atre fait. Les deux comités discutent dans ce moment ce rapport et, dans peu de jours, il sera entendu de la Convention. » Ainsi les comités avaient pris leur parti et Barère donnait plus loin la raison profonde de leur décision : " Citoyens, la campagne va s'ouvrir : déblayons le sol de l'intérieur de tant d'intrigues, afin que nous puissions ne plus nous occuper que des combats et des victoires contre les ennemis étrangers. » Dans ces conditions, il était clair que l'affaire Chabot, placée dès le premier moment sur le terrain politique, n'en sortirait pas. L,e 23 ventôse, Saint^Just, au nom des comités, fit un nouveau rapport contre les factions : « La faction des Indulgents, qui veulent sauver les criminels, et la faction de l'étranger, qui se montre sévère parce qu'elle ne peut) faire autremient sans se démasquer, mais qui tourne sa sévérité contre les défenseurs du peuple, toutes ces factions se retrouvent la nuit pour concerter leurs abtentat-s ; elles paraissent se combattre pour que l'opinion se partage entre elles ; elles se rapprochent ensuite pour étouffer la liberté entre deux crimes. » Les Hébertistes furent arrêtés le lendemain.
Chabot, dans sa prison, apprit la nouvelle avec une joie compréhensible. Mais dans cette joie se mêlait une inquiétude. Saint-Just avait écrit dans son rapport) cette phrase : « Les complices de Chabot veulent le sauver )> ! Le capucin tenta une dernière démarche auprès de Robespierre.