‹ Un proces de corruption sous la terreur; l'affaire de la Compagnie des IndesChapitre 71 sur 94 · François Cluibot à Maxiinilieu Robesiiicne · texte numérisé non relu

François Cluibot à Maxiinilieu Robesiiicne

Du secret du Luxembourg, le 25 ventôse, l'an 2 de la République, une et indivisible.

Grâces soient rendues à la providence qui veille sur les destinées de la liberté ; la faction la plus redoutable vient d'être terrassée et tu viens d'être rendu aux amis de la patrie.

(1) Danton, qua ne croyait pas à la victoire, intriguait pour faire la paix avec lennemi. Voir mon livre Danton et la paix.

LA FIN DE l'instruction ^15

Je puis être indiscret, mais je ne puis résister au besoin que j'ai d'épancher mon cœur dans le sein de celui en qui j'ai mis toutes mes espérances après la justice éternelle.

Il ne falloit rien moins que la nouvelle de ton rétablissement pour me rassurer sur une phrase du rapport de Saint-Just. Les complices de Chabot veulent le sauver. Je suis donc condamné ! Et dans quel moment ? Lorsque les conspirateurs reconnus demandent ma tête aux Cordeliers ; lorsque je suis la première victime désignée par leur rage ; lorsque leurs mouvemens convulsifs, les poussant au désespoir, ils vérifioient l'essence de ma dénonciation, lorsqu'ils en vérifioient même les détails ; lorsque, après quatre mois de provocation de toutes les haines contre moi, je n'ai pu être calonmié que par des êtres absurdes ; car, de quoi m'accusent-ils ? D'avoir voulu sauver les brissotins et d'avoir été payé à cet effet ! Les jurés, la Convention, le peuple français peuvent-ils croire à cette calonmié ? El si Delaunai, hdèle ami des brissotins, coopérateur de la Chronique, dont les liaisons avec les plus grands conspirateurs sont démontrées par le silence même d'Hébert ei de sa faction, sur son compte ; si Delaunai. agent de la corruption des membres de la représentation nationale, est démontré m 'avoir calonmié sur ce fait, quelle foi peut-on faire sur les autres accusations contre moi, surtout lorsque leur multiplicité même prouve son embarras de me trouver des torts ? Mais de quoi m'accuse-t-il encore ? D'avoir reçu de l'argent d'un homme que je n'ai jamais connu d'. et ({u'on a prouvé être parti au moins un mois avant les relations dont Delaunai m'accuse avec lui ! Et pourquoi me fait-il payer par ce banquier ? Pour avoir sollicité une levée de scellés qui n'étoit utile qu'à ses créanciers ! De quoi m'accuse-t-il encore ? D'avoir fait un commerce où j'ai gagné 200.000

(1) Il s'agil du banquier anglais Royd. Voir notre article des Annales révulutiunnaires de mai-juin 1920.

livres, et toute ma famille entière n'a pas 30.000 livres de fonds de terre ou en capital, et cependant ma mère travaille et économise depuis soixante-quatre ans, et sa sœur ou son mari ont toujours secondé ses efforts pour entretenir sa famille !

On a beaucoup parlé de mon mariage... Eh bien ! dans une lettre que j'ai écrite aux deux comités, j\ai mathématiquement démontré que, loin davoir acheté ma femme, comme on me calomnioit, j'ai toujours ignoré si la dot qu'on lui promettoit avoit quelque solidité, et que j'ai refusé tout arrangement pour l'assurer, lorsque le notaire et la connoissance que j'avois des lois me faisoient observer les nullités de cette promesse ; j'y aurois regardé de plus près, j'aurois établi plus solidement au moins sur la tête de ma femme les sommes que je lui aurois données si réellement j'avois eu autre chose que mes meubles.

On me fait un crime d'avoir épousé une étrangère ! Mais pourquoi ne pas me le dire avant la veille de la célébration d'un mariage qui a traîné plus de cinq semaines, avec toute sa publicité. Mes beau-frères sont des espions ? Etois-je sorcier pour le deviner, lorsque je les voyois occupés à composer des ouvrages vraiment utiles à la révolution française et ne fréquenter que les meilleurs patriotes ? Leurs crimes me sont-ils d'ailleurs personnels ? A-t-on quelque soupçon que j'aie conspiré avec eux ? Ne me suis-je pas condamné à la nullité la plus parfaite, du moment de mon mariage ? Ai-je fait autre chose que suivre la conspiration de Batz. pour la déjouer ? J'ai peut-être été téméraire de l'entreprendre sans confident, mais les craintes de perdre les fruits de ma surveillance à ce sujet en m'ouvrant même à mes amis, ces craintes, dis-je, sont-elles un crime '? X'ai-je pas offert de me faire saisir avec ces conspirateurs, et de leur faire répéter les prétendues craintes qu'il m'avoient manifestées de la contre-révolution, de les faire saisir avec 500.000 livres de plus, sur lesquelles on m'offrait 50.000 écus ?

Robespierre, tu l'as dit : ce qui est infusle est impoli-

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tique. Est-il juste de me punir d'un acte (jui, je crois, vous a utilement servi pour sauver la République ? Je te le répète, si ma mort est utile à mon pays, donnez-moi les moyens de l'embrasser ; car la vie m'est à charge depuis que j"ai contracté dans ma prison des infirmités qui ne me permettent pas d'espérer d'être utile à ma patrie, et je la quitterai sans regret, lorsque je vois que vous avez pris les moyens les plus efficaces pour la sauver. Mais est-il nécessaire, pour sauver la République, de faire mourir comme conspirateur celui qui a constamment poursuivi et déjoué toutes les conspirations ? Tu l'as dit. ce qui est injuste est impolitique... Mes complices veulent me sauver m Mais quels sont donc mes complices, et surtout quels sont les hommes qui prennent quelque 'intérêt à moi ? Tu es le seul qui aies fondé mes espérances : et c'est moins pour l'intérêt que je puis t'avoir inspiré que par les principes de justice qui font toujours dirigé.

François Chabot.

[Pièces trouvées dans les papiers de Bobespierre, pp. 57-59.^

Chabot était d'aut-ant plus inquiet que la rigueur de sa détention venait de s'accentuer. On venait de le priver de la lecture des journaux. Il protesta auprès du comité de Salut public le jour même où il écrivait à Robespierre.

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