XX. — DU MÊME AU MÊME
Rome ce 5 avril 1718.
Jay 2 fait une omission dans mes précédentes qui provient de ce que je nay pas été informé en arrivant a Rome des choses qui s'y estoint passées pendant que j'etois en France.
I. C'est dans le Journal de l'Abbé Dorsanne et dans l'ouvrage du P. Laflteau qu'on trouve le récit des pressantes sollicitations du chargé d'affaires de la France en vue de l'obtention des bulles.
a. Arch. Nat., K 187, 7". Point de réponse.
Jay apris depuis le dernier ordinaire qu'a la fin de février dernier le pape nomma quatre cardinaux pour examiner les projets d'accomodement ou corps de doctrine envoyés cy devant de France.
Je ne scay si on a fait quelque civilité a ces Cardinaux. Les affaires se font a Rome comme en France. Les meilleures ont besoin d'être aidées, et les plus grandes exigent de très grandes et très puissantes sollicitations.
Je scay bien que M"" le card. Dataire a assez de crédit et d'adresse etc., mais ces quatre cardinaux unis ensemble ne peuvent quaugmenter et faire naitre de très grands obstacles. Il faut aplanir les difficultés tant quil se pourra, ainsi jestime quil seroit nécessaire que S. A. R. fit la démarche décrire a ces cardinaux pour les solliciter et engager a finir les affaires de la Constitution en les asseurant seulement qu'il leur en auroit beaucoup d'obligation.
Il coûte extrêmement a cette cour de se voir obligée de céder à une partie du clergé de France. C'est un brevage bien amer pour elle. Ceux qui n'y trouveront point quelque interest particulier doivent du moins avoir la douce et honorable satisfaction d'être asseuresque S. A. R. leur en sera obligée.
Si les lettres qui seront écrites a ces cardinaux pouvoint être ignorées du Pape, on pourroit se dispenser de faire une lettre a Sa Sainteté, mais comme le premier cas est impossible, il sensuit que le pape ne doit pas être oublié de peur qu'il s'en trouvât offensé dautant que Louis i4 de glorieuse mémoire a sollicité Luy même par lettres la constitution, il paroit donc juste que le Roy escrive pour obtenir des explications ou acceptations du corps de doctrine .
La nouvelle disposition des affaires exige ces nouvelles démarches. Si je pouvois agir moy mesme il ny auroit pas besoin de ces lettres. Je ferois bien tomber ces Card. dans les pièges que je leur tendrois, mais je suis dans un état tout a fait impuissant quoyque je nen sois moins homme de condition et dhonneur. Jauray cependant une singulière et continuelle attention a cette affaire n'ayant rien tant a cœur que de la voir finir et de prouver mon zèle et mon inviolable fidélité pour le service et les interest de S.A. R. Je vous suplie instemment M"" de luy en donner de fortes asseurences et de mes très profonds et très soumis respects. Je vous en aurois M'' une obligation éternelle, Jay Ihonneur detre avec une considération sans égale et un vray respect,
Monsieur,
Votre très humble et très obéissant serviteur
DoM Joseph de Peint
UN PROCUREUR GÉNÉRAL DE CLUNY fy)
Les 4 cardinaux en question sont les Gard. Albani, Paulucci, Fabroni et Tolomei \