KERDER, WIELAND ET GOETHE
pares^ comme le fait tout évêque catholique vis-à-vis du pape ? »
La dernière phrase indique bien à quelle condition Herder et Wieland pouvaient s'entendre. Wieland se subordonnait volontiers, surtout dans le premier feu d'une connaissance nouvelle. Pendant quelques mois, l'éloge de Herder est le thème courant de sa correspondance. Le i^^ novembre, il écrit à Jacobi : « J'aurais beaucoup à te dire de Herder, car mon âme est toute pleine de cet être magnifique. Mais il est trop grand pour moi. Sa grandeur même fait son malheur ici. A part Gœthe, qui ne peut être à lui, parce qu'il est accaparé par le duc et par ses fonctions de ministre, à part Gœthe, quel homme ici est fait pour Herder ? Qui est-ce qui peut le comprendre, et, à plus forte raison, rivaliser avec lui, le tenir en haleine ? Moi-même, cher frère, je ne peux lui suffire. Sentir et reconnaître ce qu'il est, l'aimer, comme jamais il n'a été aimé d'un mortel, c'est ce que je puis faire ; mais comme
c'est peu pour un génie aussi vaste et aussi profond ! » Ensuite Wieland s'étend sur la manière de prêcher de Herder^ simple, claire, persuasive, et orthodoxe. Malheureusement, pour l'orthodoxie, les théologiens de Weimar n'étaient pas de son avis.
Cependant Wieland était poète, et, comme tel, il aimait à être loué. Herder, de son côté, avait l'esprit caustique : « lorsqu'on lui présentait un livre, sa première pensée était qu'il l'aurait fait aussi hien, et peut-être mieux. » Wieland trouva donc bientôt que Herder prenait trop vis-à-vis de lui « des airs d'Éminence ». Le 13 juin suivant, il écrit à Merck : « Cet homme est un nuage chargé d'électricité. De loin, le météore fait un effet superbe, mais il est désagréable de l'avoir sur sa tête. Personne n'est plus porté que moi à reconnaître ce qu'il peut y avoir d'excellent chez un autre, et je suis prêt à m'humilier devant toute vraie grandeur ; mais je ne puis souffrir qu'un homme ait un si fort sentiment de sa valeur; et