MOHRUNGEN S
caractères fût moins sensible. Le père était un homme sévère, ponctuel, mais sans dureté. Quand il était content de son fils, il lui posait la main sur la tête, et lui disait, faisant allusion au prénom de l'enfant : Paix de Dieu {Gottes Friedé). La mère était une nature douce, compatissante, simplement et naïvement religieuse. Herder dit, dans une de ses premières poésies, qu'elle lui apprit « à prier, à sentir et à penser». Un trait commun aux deux parents était l'amour de l'enfance. La journée de la famille commençait régulièrement par une prière et finissait par un cantique ; et Herder attribuait plus tard à cette habitude de ses premières années le goût qu'il a toujours eu pour la musique et le chant. Le ton de la maison était « une simplicité obscure, mais non nécessiteuse » [dunkel aber nicht dûrftig). Johann-Gottfried était un enfant timide et réservé, petit et de constitution débile ; il ne partageait pas volontiers les jeux de ses camarades, mais se promenait seul sous les
pins qui bordaient les lacs du voisinage. Son malheur commença lorsqu'il fut livré aux pédagogues qui devaient compléter son instruction. Ils sont au nombre de trois, et il leur a gardé à tous trois un souvenir amer.
Le recteur Grimm dirigeait ce qu'on appelait l'école latine. On jouait sur son nom, qui désigne une rage concentrée. C'était un vieux célibataire, goutteux, grondeur et fouetteur; son air naturellement sombre s'assombrissait encore par une perruque noire; on faisait courir toutes sortes d'anecdotes sur la haine qu'il manifestait pour le sexe féminin, femmes et jeunes filles. Un malade d'une autre sorte, c'était le pasteur Willamov^, nature mystique et inquiète, dont le christianisme consistait surtout à s'absorber dans les plaies du Seigneur et à porter sa croix. Le seul homme qui aurait pu avoir une influence sur le jeune Herder, s'il avait voulu se donner la peine de le comprendre, c'était le diacre Trescho. Il avait la plume fertile, quoiqu'il ne tienne aucune place