‹ Un publiciste du XVIme siècle: Juste-LipseChapitre 11 sur 14 · CAUSES DE RUINE POUR LES EMPIRES. UN .MOT DU RÉGICIDE · texte numérisé non relu

CAUSES DE RUINE POUR LES EMPIRES. UN .MOT DU RÉGICIDE

E V^ se renferme à peu près exclusivement dans ce qui regarde Tari: militaire, sujet que Juste-Lipse, on le conçoit, n'aborde qu'à regret, n'étant pas du métier. Il s'excuse de n'être « qu'un homme de cabinet (i), » et de parler de ce qu'il ne connaît pas, la guerre 5 modestie en tout temps si peu à la mode! « Qu'y a-t il ici de moi? Un mérite peut-être d'ordre et de composition. Je ne revendique ni l'expérience, ni le maniement des armes, n N'entrons pas dans le détail d'une chose où nous sommes incompétent comme lui et ghs-

sons pour arriver plus vice aux seuls points qui nous touchent. Il définit assez bien les droits de la guerre; mais il se montre moraliste vulgaire, avec des considérations trop terre-à-terre pour un esprit qui se pique de philosophie, quand il légitime la guerre d'invasion, cest-à-dire Tabus monstrueux de la force et Tabsolu dédain du droit des gens. Il la voyait, par malheur, pratiquée de son temps comme nous lavons vue du nôtre. Mais, pour les cœurs généreux, et le sien était du nombre, la conscience et la morale étaient, à peu de chose près, les mêmes en i yr)i qu'aujourd'hui. Son opinion fait tache à sa droiture : « Je trouve une invasion légitime, quand il s'agit des nations barbares, dont les mœurs et la religion diffèrent des nôtres (i), 33 On a beau être chrétien, on a beau citer deux fois saint Augustin à la rescousse, c'est tout simplement odieux. Il blâme avec raison la manière aussi peu sûre qu'arbitraire dont les levées se faisaient au xvi^ siècle : ce Je considère avec tristesse notre milice

actuelle, honteuse et déplorable pour nous, objet de rire et de mépris pour l'ennemi. Y a-t-il une règle pour nos levées ? Aucune : on achète le soldat, on ne le choisit pas. On prend la lie des villes, des indigents ou des malfaiteurs, pour qui mal faire est une nécessité, gens habitués au vol et sans la moindre habitude de la guerre (i). » Il aurait pu ajouter que souvent on les enrôlait de gré ou de force, sinon dans la libre Hollande, du moins dans des pays voisins. Sa plainte nest ici que trop légitime ; reste le remède qu'il va indiquer. Tout d'abord il ne veut ni des soldats étrangers, ni des mercenaires, et lidée semble neuve à cette date, si Ton regarde à ce qui se passait alors en Europe. Mais, au fond, elle ne lest pas.

Saint Thomas, TAristote du Moyen-Age pour i universalité sinon pour la profondeur, que nous déprécions trop après l'avoir trop écouté, avait dit bien avant Juste-Lipse : « U y a sans aucun doute plus d'utilité à former au.K armes des

citoyens qu'à louer des mercenaires étrangers (i). 3J Juste-Lipse devait se rappeler le passage suivant d'un penseur qui lui était familier, de Machiavel : « Les mercenaires sont inutiles et dangereux, parce qu'ils sont désunis, ambitieux, sans discipline, sans honneur. » Mariana lui-même, son contemporain, il est vrai, mais qu'il n'avait pas lu peut-être, puisqu'il ne le cite nulle part, venait de reproduire presque textuellement l'idée de saint Thomas : ce A mon avis, les troupes doivent être prises parmi les sujets et les habitants du pays, et non parmi les étrangers (2). » Juste-Lipse n'en a pas moins pour lui d'avoir adopté et prôné une mesure que Bacon, quelques années après, ne manquera pas de prôner à son tour : « A l'égard des troupes auxiliaires (ou mercenaires), tous les exemples montrent que ce qui repose dessus, pourra bien pour un temps étendre ses ailes, mais qu'à la fin il perdra de ses plumes (3). » Juste-Lipse n'a qu'un

(1) De Reg.. iv, 15.

{2) De Rege, m , 6.

(j) Mor. et Pol., 29.

tort, cest d'admettre des exceptions à la règle qu il a posée : « Je ne regarde cependant pas les mercenaires comme tout-à-fait à dédaigner en cas de force majeure : il faut alors recourir aux pays voisins qui en font le commerce (i). »

Mais ce qu'il demande avant tour, ce sont des soldats réguliers, bien choisis, bien exercés, et des subsidiaires, ce que nous appellerions la réserve. Comment appliquer son idée? Il ne le dit pas et c'était là l'important ; mais c est peutêtre trop exiger d'un simple lettré : contentonsnous de la tendance qui est bonne ; l'avenir fera le reste. Cette réserve qu'il désigne, pour se conformer au langage du temps, sous le nom de iroupe auxiliaire, offre le double avantage de pouvoir, soit renforcer l'armée aciive sur le champ de bataille, soit garder les places fortes (2). En temps de paix, elle vaque à ses affaires qui sont celles du pays , et en temps de guerre elle est plus vite mobilisée, si le

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