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traitement qui n'aurait pas suffi à ma subsistance, sans les quelques épargnes de ma vieille économie (i). » Il a pourtant remis en éclat cette ancienne université de Louvain, fondée en 1426 par Jean IV, duc de Brabant, avec l'approbation du pape Martin V, et qu'il a trouvée en décadence. Il a, de plus, acheté une maison qu'il répare et qui ajoute encore à sa dépense. De là pour lui nécessité de faire comme Cujas à Valence, de prendre les pensionnaires que lui adresse la noblesse du pays. En vain il n'aime que le repos et la solitude ; en vain il s'est toujours tenu loin des affaires et des occupations bruyantes ; il faut que, maladif et sur ses vieux jours, il se fasse instituteur (2) malgré lui.
Mais il en est dédommagé par la faveur de la Cour et des grands, par la sympathie si méritée de la jeunesse. Ces intéressantes villes Flamandes, que le commerce et l'agriculture avaient enrichies dès le Moyen-Age, où le goût des arts était né
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avec le bien-être^ libres d'ailleurs et jalouses de leurs privilèges glorieusement conquis sur la barbarie féodale, sentaient le prix de la culture intellectuelle. La foi meurtrière de Philippe II mit du temps à éteindre cette sève; en ifçi rinquisition navait pas encore accompli son œuvre de ténèbres. Juste-Lipse convenait merveilleusement à cette époque de transition ; et, malgré les luttes à peu près constantes qu'il eut à soutenir, on conçoit qu'il ait été satisfait de sa nouvelle position. Outre qu'il avait en lui de quoi s'accommoder aux circonstances, son commerce ne manquait pas non plus d'un certain abandon qui fait le charme de la vie intime. Le stoïcien et le catholique n'effaçaient pas rhomme aimable et simple : « Quand donc, écrit-il à l'un de ses amis, pourrons-nous bavarder ensemble dans ma serre, au clair de la lune ? Quand pourrons-nous y boire ensemble?» Avec la coutume qu'il a dans sa Correspondance de se mettre en scène, il n'hésite même pas à se donner pour une nature douce : « Je suis doux, je ne résiste pas facilement, surtout sans espoir
de succès ; autant que je le puis, je règle et soigne avec mesure mes affaires et moi-même » (i). De Tordre, d'accord ; de la mesure et de la douceur, c'est autre chose ; il est si difficile de se bien connaître ! C'est une âme droite, à un haut degré sympathique, non toutefois sans une teinte d'habileté sous les dehors de la raideur ; n'avoue-t-il pas quelque part (2) qu'il ressemble à Ulysse ?
On dirait, à l'approche de sa fin, que sa foi devient plus intense et plus étroite. Il dédie son Sénèque au pape Paul V qui l'engage à travailler pour l'Eglise ; comme si ses principes n'étaient pas sufffisamment ultramontains ! Nous sommes en lôof, date de l'avènement de ce pontife, et à la veille de la mort de Juste-Lipse qui est de 1606. Est-ce à une influence supérieure ou à un affaiblissement des facultés, triste et trop fréquent produit de làge, qu'il faut attribuer ses dernières et pauvres œuvres, les éAfiracles et ÏEloge de la
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J USTE-LirSE.
ni
Vierge de Halle et de Sichem ? Halle^ dans le Hainaur, à crois milles de Bruxelles^ possédait une Vierge en grande vénération dans le pays. Ici le chanoine Mirée rend un mauvais service à son héros : à l'en croire^ il aurait eu depuis longtemps 1 intention de célébrer les merveilles de cette vierge fameuse qui l'aurait guéri d'une maladie, et il lui aurait, en sa qualité d'écrivain, consacré une plume d'argent. L'œuvre de Juste- Lipse aurait donc été préméditée 5 ce qui serait plus grave. Il faut une foi sans la moindre critique pour descendre à ce degré de superstition ; mais dans cette voie d'absolue soumission, d'abêiissemem, comme disait Pascal, tout est possible et, partant, tout s'explique. Les réformés de Hollande, cela va sans dire, n'épargnèrent pas les sarcasmes ; contre son habitude, notre érudit n'y répondit pas, bien qu'il se déclare souffleté par un homme de valeur, hominis non indocii, un ancien ami peut-être que sa Politique avait froissé. C'est que le vieux lutteur touchait au terme : il mourut d'une fluxion de poitrine, en mars 1606, après quelques jours de souffrance.
dans la pratique des sacrements. Sa veuve lui fit élever un tombeau de marbre surmonté d'une statue^ avec une épitaphe qu'on lisait autrefois dans réglise St-François de Louvain et qui est reproduite en tête de l'édition générale de ses œuvres.
SECO^VE ToAHriE