‹ Un Représentant en Mission dans ses Rapports avec la Convention et le Comité de Salut Public: Étienne MaignetChapitre 13 sur 27 · CHAPITRE. IT · texte numérisé non relu

CHAPITRE. IT

Maignet Représentant en mission à Lyon

Rappelé sur sa demande par la Convention, Maïgnet reçoit bientôt un nouveau témoignage de la confiance de J’Assemblée ; mais cette fois le rôle assigné est tout autre. Ce n'est plus à ses talents d'administrateur qu'il est fait appel, mais à ses convictions révolutionnaires. Il est chargé de rétablir l’ordre dans la région lyonnaise et d'y vaincre l'insurrection fédéraliste.

Au mois de Juillet 1793; un nouveau péril, l’insurrection fédéraliste, menaçait de compromettre l'unité française en dressant les départements les uns contre les autres. Quelques mois après la révolte vendéenne de St-Florent-d'Anjou, le fédéralisme éclatait à Caen et se propageait dans plus de soixante départements. À Lyon et dans le Midi, les soulèvements eurent plutôt un caractère royaliste.

Le 27 Juillet 1793, pour faire face à la gravité des circonstances, la Convention décida d'accorder au Comité de Salut Public le droit de décerner des mandats d'arrêt, droit qui, jusqu'alors, n'appartenait qu’au Comité de Sûreté Générale. ;

Le 20 Août, sur la proposition du Comité de Salut

(1) Archives nationales. A. F. Il. 246-2090.

Public, l’Assemblée résolut d'en finir avec la ville de Lyon révoltée. Elle décréta que les citoyens Couthon , Chateauneuf- Randon et Maignet seraient adjoints aux Représentants du Peuple près l'Armée des Alpes et à ceux envoyés dans les départements du Rhône, de la Loire et les départements

adjacents.

Elle ajouta qu'ils seraient comme eux investis de pouvoirs illimités. « Elle les autorisa à se transporter dans tous autres départements qu'ils jugeraient convenables» et à y prendre « ensemble ou séparément toutes les mesures que les circonstances et le salut de la République pourraient exiger. » Elle les autorisa enfin « à déléguer des Commissions pour l'exécution de leurs mesures. »

Le plan de la Convention est d’utiliser les forces républicaines que lui fournissent spontanément certaines parties du Plateau Central et notamment le département du Puy-de- Dôme, pour vaincre la résistance de Lyon. Elle favorise et flatte ses amis, elle accorde une subvention de trente mille livres pour le département du Puy-de-Dôme et les républicains qui ont résisté à l’émeute royaliste de Montbrison. Elle ordonne la confiscation des biens des révoltés. Elle décide enfin que la ville d'Ambert a bien mérité de la Patrie. (1)

D'ailleurs sur les trois Commissaires nommés, deux sont originaires du Puy-de-Dôme, Couthon étant né à Crest, Maignet à Ambert, et, de par leurs mutuelles professions et leurs familles, depuis de longues années, en relation.

Quant à Chateauneuf-Randon, il opérait précisément dans la” Lozère.

Tous trois écrivent à la Convention pour rendre compte

(1) Gazette Nationale où Moniteur Universel, Jeudi 22 Août 1793. Séance du Mardi 20 Août, Présidence d'Héraut de Séchelles,

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de leurs premiers actes. « Toutes les mesures ont été prises, disent-ils, pour faire tomber sur les scélérats de Lyon tous les rochers du Puy-de-Dôme et les écraser. » (1)

Le siège de la Ville avait commencé le 14 Août. La Convention avait envoyé des Représentants dans tous les départements limitrophes : du côté des Alpes, Albitte et Dubois-Crancé, à Mâcon, Reverchon, Javogues et Laporte. (2)

Une fois de plus, les Représentants entrent en conflit avec l'autorité militaire. Le général Kellermann, chargé de conduire le siège, voulait le suspendre pour aller au-devant des Piémontais qui envahissaient les vallées de la Maurienne et de la Tarentaise.

Malgré l'opposition des Représentants, il part le 1° Septembre ; les Commissaires font connaître sa conduite à la Convention qui leur donne raison et destitue le générai.

Tandis que Dubois-Crancé et Gauthier obtiennent ce résultat, Chateauneuf-Randon, Maignet et Javogues se rendent à Montbrison avec douze mille hommes.

Mais c'était une opération secondaire. Il ne fallait pas oublier Lyon. Couthon et Maignet se trouvèrent là pour recevoir la capitulation de la ville, qui eut lieu le 9 Octobre.

Maignet n’était pas un fanatique et s'il estimait une punition indispensable, il ne voulait pas qu’elle fut dictée par l'esprit de passion.

Si sévère que fut Couthon, il se montra moins rigoureux que la Convention elle-même. Il propose à l’Assemblée de faire des distinctions dans la population de Lyon, frapper

(1) Ibidem. 8 Septembre 1793. Séance du Jeudi $ Septembre. Présidence de Maximilien Robespierre.

(2) Cf. le très intéressant ouvrage de M. Francisque Mège « le Proconsulat de Couthon. »

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les uns dans leur vie, les autres dans leurs biens, exiler tout le reste. La Convention ne voulut pas distinguer et prononça dans son décret du 12 Octobre, antidaté du 9 Octobre, afin de le faire coïncider avec la prise de, la ville, un verdict impitoyable : « La ville de Lyon sera détruite. Le nom de Lyon sera effacé... Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité des crimes et la punition des royalistes de cette ville, avec cette inscription : « Lyon fit la guerre à la Liberté, Lyon n'est plus. » (1)

En même temps que le texte de ce décret, les trois Représentants reçoivent du Comité de Salut Public un avertissement

destiné à lever toute hésitation de leur part.

« La Convention, disait le Comité de Salut Public, voit avec plaisir votre entrée à Lyon; mais sa joie n'a pu être complète, quand elle a vu que vous cédiez aux premiers mouvements d’une sensibilité trop peu politique. Vous avez

aru vous abandonner à un peuple qui flatte les vainqueurs. P q

Il faut démasquer les traitres et les frapper sans pitié. Ces principes adoptés par la Convention Nationale peuvent seuls sauver la patrie ; ils sont aussi les vôtres: suivez-les ; n'écoutez que votre propre énergie et faites exécuter, avec une sévérité inexorable les décrets salutaires que nous vous adressons. » (2)

Les Représentants n’ont plus qu’à s’incliner, cependant ils n'obéissent, semble-t-il, qu'avec des restrictions et des lenteurs. C’est le 22 Octobre seulement que les premiers coups de pioche furent portés à Bellecour et à Pierre Scise. La Municipalité fut chargée de découvrir et de désigner les

(1) Moniteur du 13 Octobre 1793. t. XVIII, p. 104.

(2) Dépôt de la Guerre, armée de Lyon, à la date.

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habitants de la ville et des départements voisins qui avaient trempé dans la conspiration. Les prisons se remplirent alors de nouveaux captifs qui avaient échappé jusque là. Leur nombre s'élevait à six mille. (x)

Quelle est la responsabilité de Maignet dans ces actes de rigueur? À supposer qu'il eût voulu les modérer, le pouvaitil? Étaitil possible d’enfreindre les ordres formels de la Convention P

Était-il possible, d'autre part, d'échapper à l'influence des fanatiques? On en doute, quand on voit comment s'exprime au sujet de ces malheureuses victimes, le Représentant du Peuple Albitte, qui, avec Sébastien de la Porte, s'était joint à Maignet et à Couthon : « Le Tribunal, ditil, juge ici les prisonniers ; il ne passe pas de jour qu'on en fusille ; tous affectent en mourant le courage et l’insolence ; mais qu'importe leur ton, pourvu qu'ils débarrassent la terre de leur présence. »

« J'ai conseillé à mes collègues, ajouta-t-il, d’établir plusieurs de ces tribunaux, afin de juger tout d’un coup les misérables..… » (2)

Comment conserver la liberté d'action dans une telle atmosphère ? L’historien qui a dressé le plus sévère réquisitoire contre les Représentants en mission et qui a porté sur Maignet un jugement sans indulgence, M. Henri Vallon , ne lui retire pas cette circonstance atténuante qu’il a reçu d'autrui de fàcheux exemples.

« Il avait, dit-il, assisté au siège de Lyon et pris, à bonne école, sans doute, sa part aux sauvages exécutions qui

(1) Compte-rendu de Maignet, Bibliothèque nationale, le 39-46, p. 22. (2) Archives nationales. À. F. II, carton 82. No, 146.

frappèrent et les hommes et les maisons mêmes, dans cette grande ville. »

Le rôle assigné à Maignet, à Lyon, n'était guère dans son tempérament et il eut volontiers pratiqué une politique d’habileté et de conversion plutôt qu’une politique de rigueur. Mais il semble s'être rapidement lassé du rôle que lui faisait jouer l’Assemblée. Bientôt relevé ainsi que Couthon par Fouché et Collot d’Herbois, il partit sans même attendre ses successeurs.

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