CHAPITRE III
Dernière Mission de Maignet
Bouches-du-Rhône et Vaucluse
Après le passage de Maiïignet à Lyon, s'ouvre la période la plus importante, mais aussi la plus tragique de sa carrière. A Lyon, il avait pris conscience des pouvoirs illimités que la Convention donnait à ses Commissaires. Il s'était accoutumé à en user sans scrupule. Il suffira, pour qu'il se range au nombre des plus terribles Représentants, que les circonstances paraissent plus puissantes et que les passions, déchainées autour de lui, l'entrainent dans leur tourbillon.
Dès le 20 Octobre, Couthon avait écrit à St-Just pour obtenir, non son rappel, mais une mission dans le midi. Il lui aurait plu, vainqueur de Lyon, de prendre Toulon. Toulon brûlé, car il s'agissait de feu cette fois, et non du fer, il serait revenu au sein de la Convention qu'il n'aurait
plus quittée.
Mais ce qu'il demandait pour lui faillit échoir à Maignet. Marseille et Toulon ayant été pris dans l'intervalle, on chargea Maignet d'organiser le Gouvernement Révolutionnaire dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse, en un mot, de pacifier ces départements. On se proposait aussi de donner un successeur à Barras et Fréron dont la rage avait fatigué la Convention. Vingt-trois édifices, les plus beaux de Marseille, avaient été détruits par leur ordre et l’Hôtel-de-Ville avait été sauvé à grand’peine de leur folie destructive. Marseille enfin, avait été privée par eux de son nom, qu'elle avait toujours porté depuis les Phocéens. (1)
La mission donnée à Maignet était une véritable mission de confiance. La Convention l'avait choisi comme un arbitre entre les Représentants et le pays qu'ils avaient maltraité. Elle n'avait point cru devoir rappeler purement et simplement Barras et Féron ; elle ne voulait pas les désavouer publiquement ; elle craignait de les offenser et de nuire d'autre part à son prestige.
La tâche de Maignet était d'autant plus difficile qu'il était seul à l’entreprendre. Elle ne l’effraya pas. Il porta essentiellement ses efforts sur trois points : il voulut rallier Marseille à la Révolution, assurer la subsistance des populations, punir les aristocrates.
Nous étudierons successivement son action sous ces trois formes.
(1) Arrêté de Barras du 17 Nivôse : Le nom de Marseille sera changé. Provisoirement elle restera sans nom.