‹ Un Représentant en Mission dans ses Rapports avec la Convention et le Comité de Salut Public: Étienne MaignetChapitre 15 sur 27 · PACIFICATION DE MARSEILLE · texte numérisé non relu

PACIFICATION DE MARSEILLE

Qu'’elles sont les vues de Maignet sur ia pacification de Marseille? Il nous les fait connaître dans son message au Comité de Salut Public daté du 19 Pluviôse (7 Février 1794).

«.. Des habitants de Marseille, dit-il, se sont rendus coupables. La main de la nation doit s’appesantir sur eux, comme sur tous ceux des autres communes qui ont osé se soulever Contre la souveraineté nationale ; tout le monde en convient, l’on ne diffère que sur la nature du châtiment. Nos collègues l'ont fait porter sur la ville même, et par là ils ont puni indistinctement tous les habitants. [ls les ont regardés comme tous coupables... » Mais les habitants, ajoute Maignet, «réclament la justice qui gradue les peines et qui ne les fait peser que sur la tête des vrais coupables ; ils regardent le nom de Marseille comme un héritage qu'ils ont illustré, qui honore la France, et ils veulent qu'il passe aussi à la postérité. La suppression leur paraitrait un arrêt

de prosctiption contre tous ses citoyens. »

Maignet excuse Barras et Fréron de leur erreur. « L'attachement qu’une portion des habitants montre pour le nom de Marseille, la persévérance qu'ils mettent à réclamer contre sa suppression, ne leur paraît, dit-il, en parlant de ses collègues, qu’une preuve de plus de fédéralisme. » Et il ajoute avec une certaine finesse :..….. « L'énergie qu'ils ont manifestée et qui leur a fait vaincre tant d'obstacles, les rend

peu inquiets sur tout ce qui pourrait inspirer aux citoyens qui réclament le sentiment de ce qu’ils voudraient regarder comme une injustice et de ce qui, à leurs yeux, (1) n'est que le résultat de la plus sévère impartialité, de la plus stricte justice, ils ont acquis la certitude qu'avec de la fermeté dans les Représentants, l’on peut se flatter de tout soumettre au joug de la loi. »

Maignet conclut qu'il faut tout recommencer et que son premier soin doit être de rechercher quelle opinion il doit prendre de Marseille. Dans ce but, il revient en arrière.

« J'ai ouvert, dit-il, les arrêtés de nos collègues. Ici, ïül a fallu devenir méthodique pour bien distinguer les époques. Il en est deux principales, qu’il faut bien saisir, celle qui a précédé l'entrée de Carteaux dans Marseille et celle qui l’a suivie.

Avant l'entrée de Carteaux, explique-t-il, tout ce qui était riche était corrompu : l’on ne respirait que pour le gouvernement monarchique.... mais à cette époque même, où l'échafaud était dressé pour les patriotes, Marseille en renfermait un grand nombre... » Et Maignet fait l'éloge de la section N°11, qui avait combattu la contre-révolution, et à laquelle Barras et Fréron avaient eux-mêmes rendu hommage.

Ne faut-il pas tenir compte à la malheureuse cité des services rendus par les patriotes P

« La section Il, dit Maïignet, a combattu, les armes à la main, ses propres aristocrates.. Serait-il juste de ne mettre aucune différence entre la manière de traiter cette commune et celle de Toulon, celle de Lyon, qui, au sein

(1) « Aux yeux des Représentants. » La phrase n’est pas très claire au premier abord, peut-être avec intention. Maignet n’exprime pas sa pensée ; il la laisse deviner, au fond, il reproche à Barras et à Fréron d’avoir agi avec brutalité.

de la contre-révolution, n'ont offert aucune portion de

citoyens qui se soient armés pour la combattre et la terrasser P »

Pour justifier la rigueur dont usèrent Barras et Fréron, il faudrait que les patriotes, qui ont combattu pour la Révolution, avant l'entrée de Carteaux, eussent, par la suite, abandonné leur poste. Mais tel n’est pas le cas. « Marseille comptait encore, (1) dit Maignet, un certain nombre d'hommes pour qui la représentation était le point de ralliement, ceux qui, à travers tous les orages, toutes les vacillations, s'étaient également montrés amis des lois et de la Convention. Pourquoi donc les confondre dans la punition P.. Il fallait faire arrêter, comme on l’a fait, ceux qui ont paru avoir excité le mouvement, mais pour faire approuver cette mesure, cette mesure indispensable, contre des hommes qui jouissent de beaucoup de popularité, il fallait être juste envers tous, louer et .protéger ce qui restait pur et sauver, en leur faveur , la commune au lieu de la flétrir !.…

« Voilà, citoyens collègues, dit Maignet, en finissant, l'aperçu que j'ai pu me faire, pendant le peu de temps que j'ai passé ici : Vous voyez le point d’où je suis parti et le résultat où je suis arrivé, me suis-je trompé? Éclairez-moi, il vous importe’ de le faire, afin que je ne prenne pas une fausse direction. Je vous l’ai dit avant de partir. Sans nulles connaissances des localités, je dois être circonspect; dans un pays où tout est sulfureux (sic) il faut de la prudence. Je saurai la concilier avec ce que demande la majesté nationale.

Si la commune obtient ce qu'elle demande, elle contracte le devoir de poursuivre sans relâche tous les conspirateurs, sous quelque masque qu’ils se couvrent; je ne cesserai de

(1) Après le départ de Carteaux.

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