LE RAVITAILLEMENT DE MARSEILLE
Nous allons maintenant voir briller, dans un autre ordre de difficultés, l'esprit délié et inventif de Maïgnet.
Marseille n’a pas de vivres. L'on compte dans ses murs cent six mille individus et il n’y a plus dans les magasins que soixante charges de grains. On assiège les boulangeries. Maignet estime qu'il ne peut supporter un pareil état de choses, car, tant qu’il durera, la tranquillité publique sera en péril.
Mais d’où tirer des subsistances? Maignet ne voit qu’un moyen de salut, c’est de recourir à l'étranger.
«Il n'y a pas un1moment à perdre, 2ecritil den Pluviôse, aux membres du Comité de Salut Public. Dans ces temps ci nos parages ne sont pas tenables pour les Anglais jusqu'au mois de mai prochain... Si nous pouvons faire sortir du Port de la Montagne (Toulon) cinq à six vaisseaux, nous sommes assurés de protéger suffisamment les convois. »
Mais il faut des marins. Saliceti, qui se trouve à Marseille pour activer les préparatifs de l'expédition de Corse, se contente de onze cents matelots. Mais comment les trouver ?
Maignet fait un arrêté, qui oblige tous les marins à se présenter dans les vingt-quatre heures au bureau des classes.
On devine quelle punition attend ceux qui enfreindraient cet ordre. (1)
Mais ce n’est pas tout ; si nous manquons de navires et d'hommes, les étrangers n’en manquent pas. Maignet a déjà songé à cela.
« Il est essentiel, dit-il, de doubler nos moyens et surtout d’avoir du grain en laissant aux étrangers les dangers de la course, et pour cela il faut les encourager de toutes sortes de manières à nous apporter leurs grains dans nos
ports. »
Comment obtenir ce résultat ? Maignet ne doute pas de l'atteindre, s’il peut payer et il faut qu'il le puisse,
« Les calculs peuvent-ils tenir, s’écrie-t-il, contre ce mot terrible : il faut vivre? Que nous ayons du pain et que nous l’ayons avant le mois de mai et nous sommes maîtres
des destinées de l'Europe. »
Maignet imagine trois manières de payer.
La première consisterait à céder à l'étranger les créances que possèdent sur lui les commerçants français. La chose est possible, car on mis en réquisition, pour l'utilité de la République, « toutes les lettres de change, créances ou marchandises qu'ont en pays étranger, les banquiers, négociants, agents de change, capitalistes ou autres. » Maignet n'oublie pas que la Commission des Subsistances et Approvisionnements de la République lui a recommandé « au nom du Salut Public, de donner une attention toute particulière
à cette opération. » (2)
(1) Ils étaient menacés de prison. « Je ferai mettre à exécution contre ceux qui n'auront pas obéi le « compelle intrare » de notre mère la Sainte Eglise. » (Lettre du 27 Pluviôse, au Comité de Salut Public).
(2) Lettre du 23 Nivôse,