‹ Un Représentant en Mission dans ses Rapports avec la Convention et le Comité de Salut Public: Étienne MaignetChapitre 19 sur 27 · LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE ET L'ÉPURATION ADMINISTRATIVE · texte numérisé non relu

LA JUSTICE RÉVOLUTIONNAIRE ET L'ÉPURATION ADMINISTRATIVE

On ne nous reprochera pas de nous être arrêté trop longtemps sur le rôle de Maignet comme administrateur des vivres. Il faut se hâter de lui donner les éloges qu'il mérite, à ce titre, car sur d’autres points, il est sujet au reproche. Nous verrons tout à l'heure que dans l’œuvre de la justice, il est tombé dans le même excès que d’autres Conventionnels.

Nous ne nous attarderons pas à retracer le tableau de ce délire révolutionnaire dont il fut saisi, lui aussi, après avoir reçu les leçons de ses collègues. Lui-même, dans un manuscrit malheureusement égaré, et dont Marcelin Boudet reproduit quelques passages, avoue ne pas pouvoir expliquer la rage destructive qui le saisit alors. (1)

Depuis que la souveraineté avait été reconnue à la Nation, toute atteinte matérielle ou morale à la Nation ou à ses Représentants constituait un crime comparable à celui que nos légistes de l'ancien régime appelaient le crime de lèse-majesté.

Or, ce crime était puni de mort.

ET

Pareil traitement fut donc infligé à tous ceux qui s’insur-

(x) Marcellin Boudet. Les Conventionnels d'Auvergne. Cité également dans les « Origines » de Taine (la conquête jacobine).

Une

geaient contre la volonté nationale ou qui favorisaient l'insurrection par leurs actes ou leurs discours. Et comme les lenteurs d’une scrupuleuse justice eussent énervé la répression et facilité les révoltes, la loi dite des suspects permit de mettre en jugement tout individu soupçonné de contre-révolution.

L'application de ces mesures terribles paraissait légitime à des hommes qui étaient chargés d'assurer à l’intérieur l'obéissance au nouveau régime.

« Soyons terribles, disait Fouché, écrivant à Collot d'Herbois après la prise de Toulon, pour ne pas craindre de devenir faibles et cruels. Anéantissons dans notre colère et d'un seul coup tous les rebelles, tous les conspirateurs, tous les traîtres pour nous épargner la douleur, le long supplice de les punir en rois... » (1)

Sous l'empire de ces idées, les Conventionnels ne se croyaient pas en droit de pardonner. Le peuple offensé dans sa majesté demandait vengeance. Cette vengeance ne pouvait être écartée. En conséquence, point d'amnistie.

« Le mot amnistie, écrivait Maignet au Comité de Salut Public au début de son séjour à Marseille, se fait entendre ; et ce qu'il y a de plus imconcevablé elle est réclamée par ces mêmes hommes qui accusent de lenteur la Commission militaire. Une amnistie grands dieux ! pour des monstres qui ont déchiré d’une manière aussi cruelle le sein de leur patrie. Elle serait un crime de lèse-nation pour l’Assemblée qui oserait la prononcer. Elle est une preuve d’aristocratie effrénée contre celui qui se permet d'en prononcer même le nom. » (2)

(1): Henri: Wallon op. °c 4t5" "p.165 (2) Henri Wallon, op. cit. t. 3. p. 80.

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