STONES
pousser le Représentant à en abuser, ce qui survint, d’ailleurs, vers la fin de la mission de Maignet, spécialement dans l'affaire du Tribunal Révolutionnaire où il introduisait luimême une procédure à peu près analogue à celle que Couthon fit voter quelques jours plus tard sous le nom de loi de Prairial.
Mais, en général, Maignet s’écarte peu des directions tracées par le Comité. S'il les dépasse ou s'il agit en contradiction avec elles, c’est passagèrement et pour l’ntérêt général, tel l'autorisation provisoire du transport par bâtiments étrangers et la sortie sans escorte, interdite par la Convention.
En somme, si durant cette mission, la correspondance de Maignet nous révèle son activité d'administrateur, elle ne ne nous met pas à même d'observer des velléités considérables d'indépendance de la part de cet homme politique. Il fut un fidèle serviteur de la Convention ou plutôt du Comité de Salut Public. Mais ce qui ressort d’une façon remarquable, c'est la mise progressive en tutelle de la Convention par le Comité. En aspirant les Représentants, le Comité, brûlant les étapes a, en réalité, fini par s'emparer du pouvoir. Celui de l’Assemblée n'est plus qu’une fiction et le temps est proche où, suivant un développement presque constant, la dictature personnelle va surgir derrière le Gouvernement d'Assemblée : Thermidor mettra fin à cette situation. En théorie, les Représentants seront les instruments d’une telle politique. Un gouvernement fort et unitaire ne décentralise apparemment que dans un but secondaire. Ce qu'il donne d’une main, il le retire de l’autre; et ce qui, dans notre pays est parfois présenté comme décentralisation n’est souvent, en définitive, qu'un moyen de resserrer plus étroitement les liens.
« L’Intendant fut la cheville ouvrière de l'Administration provinciale, il y apporta l'unité et la centralisation, sa
fonction essentielle fut d’être contrôleur de tous les services publics. (Esmein). »
Les Représentants en mission .ne peuvent-ils être ainsi définis? En étudiant leur évolution et celle de l’intendant, on observe la même marche, abstraction faite du temps écoulé. On trouve au début, fonctionnaires de combat, des intendants civils et des intendants militaires. Quant aux intendants de province, dans la forme définitive, leurs attributions comprenaient trois parties : justice, police et finance.
Or, la compétence du Représentant n'est-elle pas semblable. Les mesures prises par Maignet à Marseille au sujet de la fonte des lingots rentrent dans la section finance. — En donnant au mot police, son véritable sens, c’est-à-dire administration, nous trouvons la lettre du 19 Nivôse, traçant les devoirs d'administrateur du Représentant. Quant à la justice, l’ingérence continuelle du Représentant dans l'exercice des tribunaux, les ordres donnés aux différentes juridictions, le peu d'indépendance dont-ils les laissaient jouir, (1) tout cela dépasse même les droits les plus entiers de l’intendant.
Mais les temps troublés manquent de mesure : la Convention développe, parfois à l'excès, cette institution qui, du fait qu’elle dépasse son but, devient l'opposé de ce qu'elle avait primitivement représenté.
Elle a cependant préparée la voie à des institutions nouvelles sous un régime nouveau. — Dans ses « Conventionnels d'Auvergne », Marcellin Boudet rapporte, sans préciser plus, que Napoléon, ayant été durant la dernière mission de Maignet, en relations assez étroites avec le Représentant,
lui offrit plus tard, avec le titre de baron, un poste de Préfet de l’Empire.
(1) Lettre au Ministre de la Justice, 1°" Nivôse,
Cet exemple rapide a l'avantage de faire saisir le caractère essentiel du Représentant. Organe d’un Gouvernement autoritaire et centralisateur, il a été, dans l’histoire administrative et politique, le trait d'union entre l’Intendant du Roi et le Préfet de l’Empire. :
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