AVBNTURK DU CHAT 6ALANT
en mon pouvoir une de vos jarretières qui tous a été enlevée par un terrible insolent. »
La dame rougit et pâlit tour à tour, et s'écrik : « Ce que vous dites là est un détestable mensonge , et je regrette de n'avoir ni frère ni mari qui puisse vous punir d'uDe telle vantene.
— Il n*e8t besoin de frère ni de mari, s'écrièrent tous les gentilshommes présents , et si vous voulez nous en donner commission, nous saurons bien faire repentir le capitaine du Ru de ses propos menteurs.
— Tout beau, messieurs, reprit le capitaine, combiea estce de duels que vous m'offrez là? sept, si je ne me trompe; puisque vous êtes sept, je les accepte tous, à la condition que vous accepterez une gageure.
— Voyons, voyons l dirent-ils ensemble.
-- Je gage qu'avant deux jours, je vous amène, mort ou vivant, à votre choix, l'insolent qui a ravi la jarretière de madame de Quinquebœuf, et je gage mille livres tournois que pas un de vous n'osera dire lorsqu'il l'aura vu et la main sur son cœur, que j'en ai menti. »
Les cavaliers se regardèrent tout étonnés de la proposition, et la dame de Quinquebœuf leur cria :
« Acceptez, messieurs, acceptez : je vous garantis le gain de la gageure ; car si vous la perdiez, j'aurais été une femme sans honneur, et je jure Dieu que je n'y ai jamais failli.
— Nous acceptons, dirent-ils, et après avoir gagné la gageure, nous vengerons votre honneur outragé.
— Mais si je ],a gagne, dit toujours paisiblement du Ru, vous battrez-vous , messieurs, pour une fenune qui a laissé détacher sa jarretière par un autre ? »
Tous se regardèrent encore indécis, et du Ru reprit : « Vous hésitez? Eh bien ! moi je suis plus généreux que vous ; non-seulement je me battrai malgré cela, mais encore
ÂVÉNtURÈ nu CHAT (ÎAlANt. SÔ5
j'e lui offrirai de garantir- son honneur de mon nom* Acceplez-vons, madame?
— Quoi! dit Catherine, si vous gagnez vous m'offrez votre main !
— Oui, vraiment.
— lUn*y a aucun risque à courir, dit-elle avec dédain; j'accepte.
— Eh bien ! reprit du Ru , après-demain ici , à pareille heure, je vous amènerai le mort ou le prisonnier.
— Le prisonnier, monsieur, car je veux Tinterroger, dit la dame d'un air courroucé.
— Et il aura aussi à nous répondre de son insolence , dirent les gentilshommes. »
Du Ru salua en souriant et se retira.
Le jour convenu, comme tous étaient assemblés, du Ru arriva à l'heure fixée avec quatre valets portant un énorme coffre en guérite, fermé par une porte et qui semblait pouvoir contenir un homme. Lorsqu'il l'eut fait poser en. la chambre où devait se décider l'issue de cette étrange gageure, il tira de son pourpoint la jarretière de la dame Quinquebœuf, et lui dit :
« La reconnaissez-vous pour vous avoir appartenu? »
La dame rougit de surprise; mais ne voulant point men^ tir, elle répondit qu'en eiîet cette jarretière lui avait appar* tenu, mais que sans doute elle l'avait perdue.
Les gentilshommes commencèrent à se, troubler, et lai dame en était à son tour très-mortifiée, quand du Ru reprit ::
« Non, madame, vous ne l'avez point perdue, elle vous ai été enlevée, et ce coffre renferme l'insolent qui a eu cette témérité.
— Voyons! voyons! dirent les gentilshommes.
— Pardon, messieurs, reprit du Ru, je l'ai fait enchatoer, car tout braves que vous êtes, il pourrait bien vous &ice i^ culer 6i sa moustache était près de la vôtre, »