III—PAUVRS MAIS AMOUREUX
“I y avait près de trois ans que Léon Duroc étalt au . service de M. Latour. Louise avait terminé ses études et était revenue à la maison, C'était une blonde aux yeux noirs, type de beauté aussi rare que charmant. lLéon était devenu ‘un gaillard de belle taille, à la chevelure noire et bouclée, à la lèvre supérieure ornée d’un léger duvet brun. Vivant sous le môme toit, il était assez naturel qu'il s'établit entre ces deux jeunes gens au cœur vierge une intimité qui bientôt, à leur insu probable. ment, devait faire place à un sentiment plus tendre ét plus profond,
Madame Latour se montrait pour Léon, d'une amabilité excessive, que ce dernier ne se donnait même pas la peine de remarquer. La patronne avait beau lui prodiguer ses sourires les plus suaves, ses œillades des plus savantes, lui, n'avait d’yeux que pour Louise, étno trouvait heureux que lorsqu'il avait le plaisir de la voir et de lui parler.
Madame Latour avait passé À Léon des romans dont quelques-uns, étaient passablement scabreux, Il les avait lus à temps perdu, sans y attacher beaucoup d'importan- . ©. Ils'étonnait que Mme Latour put éprouver de la
“sympathie pour les héroïnes cascadeuses, et les héros débauchés de ses livres favoris, mais cela ne lui inspirait
pas du tout l’idée de se jeter aux pieds de la romanes-
x UN REVENANT 13
que épouse de son patron. Il eut commis pareille sottise que cette coquette de Mme Latour lui aurait fait un cours de morale au lieu de l’encourager, tout en se réjouissant in petto de son succès, L'indifférence avec laquelle il recevait ses avances la froissait. ile avait voulu essayer sur lui le charme de sa puissance séductrice. L’essai n'avait pas réussi et elle en éprouvait un dépit qu’elle parvenait cependant à dissimuler,
Elle s'était d'abord dit que Léon était un grand niaïr que rien ne saurait apprivoiser, puis elle avait cru remarquer que Louise et Léon échangenient parfois à la dérobée des regards plus éloquents qu'ils n'auraient dû l'être à son avis. Dans sa rage sourde de femme dédaignée, elle résolut de les épier afin de découvrir sifses soupçons étaient fondés, bien décidée à mettre obstacle s’il y avait lieu, aux rêves de bonheur dont les deux jeunés gens commençaient, croyait-elle, à se bercer,
De ce moment elle prit un malin. plaisir à faire tout en son pouvoir pour les brouiller et se mit à la recherche d'un amoureux pour Louise, Elle donna des soirées et bientôt plusieurs soupirants se dispntèrent l'honneur de faire la cour à l’aimable jeune fille. Celle ci n’encourageait personne, mais les assiduités de ces messieurs eurent pour effet de rappeler Léon an sentimant de la réalité: |
Jusque là, il s'était dit que le sentiment passionné qu'il éprouvait pour Louise n’était qu’une amitié sincère. Et voilà qu'il se sürprenait à regretter de la voir admirée
+ mit
ur RYéS Itis0n
Ai
qu'il était éperdument amoureux. Devait-il répéter à Louiso l'aveu qu'il venait de se faire à lui-même ? D'abord Louise l’aimait-elle ? Oui, probablement comme uLe sœur. aime son frère, mais eût-ello éprouvé à son endroit un sentiment plus tendre, ce qu'il n’osait espérer .
| eût-il eu la certitude qu’elle l'aimait, il eut dévoré 8, peine en silence, plutôt que de lui laisser supposer qu'il en voulait! àlsa fortune,
Qu'était-1l après tout ? Un simple commis gagnant un salaire très modique. Il avait dix huit ans, Il lui faudrait bien dix ans au moins pour s'établir, Louise avait seize ans. Eut-elle été pauvre qu'il aurait peut-être
* hésité à lui demander de l’épouser immédiatement et
de partage sa vie de privations. Dans tous les cas il ne lui aurait jamais proposé de remettre à dix ane l’époque de son mariage pour attendre qu'il fut prêt. Il l'aimait pour elle-même autant que pour lui, e pour rien au monde il n'eut voulu être cause qu'elle s’imposñt la moindre sacrifice. Il la voyait belle, riche, jeune, adulée, pouvant prétendre immédiatement aux partis les plus . avantageux ot il se reprochait presque comme un crime le dépit qu’il éprouvait en la voyant recherchée par tout 0° que Pingreville avait de plus riche et de plus distingué.
Et maintenant qu'il voyait tous ces obstacles ge dresser entre lui et la seule route capable de le conduire
au bonheur, il s’apercevait, trop tard, hélas ! qu'il aimait Louise avnc toute l’ardeur d’un prenier amour, Nouvel
Ixion attaché à la roue fatale du destin, {1 était condam- : 56 ë Gus porpétuciiement catraigé saus pouvoir jouais
espérer atteindre ce bonheur qui venait de lui apparaître
comme à travers un mirage.
Îl ce disait: j'oublierai. Il croyait entendre une voix
À... Mol répondre : non, tu n'oublieras pas. Traîne ton boulet, “dl forgat de l'amour ; cela t’apprendra à laisser ton cœur” emporter ta tête. Ou tu épouseras Louise, ou tu passeras ta vie à la regretter,
L'épouser ! Etait-co bien facile? ÆEtait-co même possl: ble? Oh les longues nuits d'insomnie qu'il passa à retourner dans la plaie la lame acérée qui l'avait frappé au cœur |
Encore si j'avais l'espoir qu’elle m'’almât, se disait il. Si elle était pauvre ou si j'étais riche, je lui aurais bientôt demandésa main. L'obscurité de ma condition me fait un devoir de garder: le silence. Et il se mit à affecter avec elle un air froid et réservé.
Louise, de son côté, ne sachant à quoi attribuer ‘cette froideur, se sentait fioisée. Madame Latour profitait de ce malentendu pour tâcher de perdre Léon dans l'estime de Louise, Elle y mit trop de zèle et, sans le vouloir, précipita un dénouement tout à fait différent de celui qu’elle attendait,
IV—Uwz DÉCLARATION SUIVIE D'UNE EXPLICATION.
Ce fut Louise qui provoqua une explication. Malgré ses efforts pour Cacher son trouble, Léon n'avait pu réussir à. dissimuler complètement sa pensée. Avec cette perspicagité instinctive de ls femme qui aime et qui s isent simlée,#B0uise avait deviné que Léon ge faisait violence pour rétenir un aveu toujours prêt à lui échapper, Un jour qu’elle était seule avec lui, elle lui dit à brûle pourpoint :
— Savez-vous Léon qu'il est sérieusement question de me marier ?
—Déjà 1 avait répondu Léon en devenant afreusoment pâle,
X.. Déjà ! mails vous oubliez toujours que je ne suis ‘| plus une petite pensionnaire de couvent, J'ai seize ans révolus et il est bien juste que je songe à faire une fin. Louise s'était efforcée de prendre un ton ‘enjoué, mais elle était beaucoup pius émue qu'elle n'aurait voulu le paraitre, T/émotion de Léon ne lui avait pas échap-
pe.
.—Vous ne me félicitez pas? ajouta-t-elle après une pause. ,
—Pardon, balbutia Léon, je vous félicite de tont cœur, J'espère que vous serez heureuse, Quant au futur que je “n'ai pas l'honneur de connaître intimement mais que. je rois avoir vu ici, il n'a pas besoin de mes souhaits de
UN KEVENANT
bonheur pour avoir la certitude d'être heureux avéc vous. C'est sans doute M. Lavergne !
—Oui, 11 parait que c'est lui qu'on veut me faire épouser.
—Ïl fera un mari charmant, il est riche, beau et élégant, vous devez J’aimer beaucoup.
—Vous êtes bien curieux! Jo ne Vous ai pas encore dit si je consens à l'épouser.: Moi je ne me marierai que si vous assistes à mon mariage,
—Merci ! Il m'arrive ‘parfois dé”jouer des rôles tout à fait secondaires, mais si cela dépendait de moi vous ne me verries jamais joue autre chose que des premiers rôles,
— Voyez-vous l'ambitioux! Et quel rôle faudrait-il donc vous donner ?
—Celui d'époux, je n’en accepte pas d’autres,
—Vous viendrez à mes noces, vous dis-je. On vous donnera le premier rôle puisque vous y tenez,
—Ah ! mademoiselle, pardonnez-moi, C’est ma faute, je suis allé trop loin. J'ai voulu paraître gai, et je vous : ai dit eur un ton badih une vérité très sérieuse, Maintenant, vous continues sur le même ton et je suis tenté de prendre au sèrieux ce que Vous venez de me dire, Je vous en prie, n'allons pas plus loin. Ne faites pas naître dans le cœur d’un pauvre malheureux des cspérances : qu’il serait trop. cruel de frustrer, Louise ! je m'étais promis à moi-même d'emporter mon seoret dans la tombe: et voilà que je l'ai. trahi sans le vouloir, Je vous aime et n'aimerai jamais personne autro que vous. Je me suis abusé nendant longtemps sur la nature du sentiment que
vous m'inspirez. Ue n'est que dimanche dernier que je me suis rendu compte de l'impossibilité qu’il y a pour moi d'effacer votre image de mon cœur. La profonde douleur que j'ai ressenti en apprenant qu’il était question de votre mariage m'a ouvert les yeux. Je sens que je ne m'accoutumerai jamais à l'idée de vous voir appartenir à un autre et cependant, je comprends si bien l'inégalité de nos conditions que je n’oserai jamais vous demander votre main. Vous êtes d'âge à vous marier ; moi, il me faut atiendre su moins une dizaine d'années ayant que de songer au mariage. Vous êtes riche et je ne veux pur rien au monde vous fournir l’occasion de croire que je désir avoir votre dot. Si j'avais le bonheur d’être aimé de vous, bonheur que je n'ose espérer, je ne vous demanderais pas de refuser fun excellent parti pour attendre qu'il plaise à la fortune d'égaliser nos conditions. Mariez-vous si vous le désirez, je ne m'en plaindrai pas. Mes souhaits de bonheur vous suivront partout, ‘Dans ce cas, moi, je ne me marierai jamais.
Je vous ai déjà dit quel culte fervent j'ai voué au souvenir de ma mère, ‘Vous savez que je n'ai jamais connu mon pauvre père. Vous connaissez vous-même ce que C’est que la religion du souvenir. Je sais avec quelle pieuse tendresse vous vous rappelez votre mère défunte. Vous comprendrez alors quelle jouissance amère
Je trouverai À me rappeler votre adorable figure. De votre oôté si vous avez jamais ressenti pour moi un sentiment de tendresse affectueuse, veuillez mo le dire : cela enrichira la collection des précieux souvenirs qui
: devront être mon seul partage ici bas, Mais je suis un
ue je me jour moi douleur stion de ue je ne partenir inégalité mander i, il me ant que 16 veux oire que r d’être ne vous tl pour s condi-
n plain-.
partout.
voué au
jamais même ce ais avec re mère e amère re De
égoïste, je vous parle de moi quand je devrais m'occuper de vous. A quand votre mariage ?
—Quand cela vous plaira,
— Vous plaisantez toujours,
—Nullement, Vous me dites’que vous m'aimes, Je vous offre le premier rôle à mes noces, et je vous laisse le choix du jour. Il me semble que c’est aller aussi loin
que peut le permettre la réserve à laquelle sont tenues les personnes de mon sexe.
—Louise ! Se pent-il que vous soyez sérieuse ? Suis-je éveillét Mais non ! c’est trop de bonheur! Est-il bien
vrai que vous m'aimiez, que vous me préfériez à M. Lavergne ?
—D'abord, je n’aîme pas M. Lavergne. Quant à vous, grand enfant, faut-il vous dire À deux genoux qu'on vous aime ! Vous devriez lavoir déjà deviné.
—Mon Dieu, qu'ai-je fait pour mériter un pareil
bonheur ! Louise ! Je n'ai Presque pas dormi depuis huit
jours, J'étais à la veille de devenir fou, Je m'étais ai bien accoutumé à regretter le bonheur perdu que c'était devenu une idée fixe chez moi, Hier, pendant la nuit, je me suis levé et j'ai fait un sonnet que je n'avais pas l'intention de montrer à qui que ce soit, Le voici. Ne faites pas attention à la facture du vers, Mais vous x trouverez l'expression des sentiments dont je vous entretenais il y a un instant, La certitude que j'ai maintenant d’être aimé me rend le plus heureux des hommes, Vous me dites de fixer le jour de notre mariage. Üe sera le jour ou je pourrai vous faire vivre dans l'aisence, Quant À votre
dot, vous la garderez jusqu'à ce que je puisse y joindre
ane somme égale, fruit de mor travail et de mes 6écon0mies, Mais voici le sonnet en question.
Alors Louise prit le papier qu'il lui présentait et lut à haute voix le sonnet suivant:
Ce que je ne dirai jamais, pas même à toi,
Louise, je l'inscris sur cette page blanche,
Depuis Lohgtemps, déjà, tu me remplis d'émoi
Mais j'appelais ce trouble, amitié douce et franche.
Hélas c'était l'amour qui m’imposait sa loi.
Malheureux, je révais ! Je m'éveillai dimanche Quand cet amour fatal, qui me remplit d’effroi, Vint fondre sur mon cœur ainsi qu’une avalanche,
Ta richesse entre nous élève une barrière ; Je suis pauvre et commence uné triste carrière, Tu vis gaiment. Pourquoi viendrai-je t’attrister ?
Je veux entretenir cette flamme insensée, Et, gardant mon secret au fond de ma pensée, T’adorer sans espoir et-sans te consulter.
Ainsi vous êtes poète, mon cher Léon, raison de plus pour vous aimer | :
Je suis amoureux, et quel est l’amoureux qui ns pas un pou maltraité la langue sous prétexte de fair» es vers. Je suis beaucoup plus amoureux que poète. J'ai pu l'oublier il y a ur ‘"siant. L'excèa du bonheur m'avait grisé. Maintenant je me rappelle si bien mon rôle d'amoureux que je vais à l'instant vous demander de mgeller par un baiser l'heureux marché que nous ve : mon do cunviure.
mn de
qui ns ire 28 . d’ai onheur n mon mander us VE—
11 cvait pris la main de Louise, son bras gauche entourait la taille svelte de la blonde enfant, Loin de lui résister elle lui présents, sans pruderie, sa bouche vermeille, et leurs lèvres se confundirent dans un long et chaste baiser, le baiser des fiançailles,
À ce moment M. Latour fit irruption dans la salle, Louise et Léon semblaient atterrés,
—Que veut dire ceci! tonna la voix vibrante de M, Latour.
—Pardon, monsieur, répondit Léor nous venons de nous fiancer, et...
—Ah! je vais vous fiancer moi! Louise, à ta cham. bre ! Quant à vous, jeune homme, vous pouvez prendre vos cliques ef vos claques et décamper au plus vite, Fiancés! Des enfants | et ça n'a pas l'aou! Si vous comptiez, M. Duroo sur la dot de ma fille, sachez qu’elle est ruineure, qu’elle n'aura rien avant sa majorité et que du rests, vous ne l’auriez pas tut-elle majeure,
—Ve n’-i pas besoin de votre dot et je ne vous ai pas encore demandé la main de votre fille,
—Non mais vous venez de l'embrésser, No dites plus un mob, ou votre fine moustache va faire connaissance aveo ma main, de sorte que vous aurez embrassé toute. la famille,
Léon devint pâle.
—M. Latour, répondit-il avec calme, je suis prêt à vous donner des explications si vous le désires. Je vous ai demandé pardon, mais je ne suis pas un esclave, et
VOS menaces ne me font pas peur. Je vous ai toujours
respecté mais je vous averifs Que gi vous ose portez ja
22 ; UN BEVENANT
main sur mol je saurai bien me défendre sans appeler personne à mon secours.
“M. Latour s'apergut qu'il s’étalt montré un peu vif. Il avait toujours aimé Léon. D'ailleurs, ce dernier était de taille à en imposer, et son air résolu disait assez claire. ment qu'il ne faisait pas bon de sy frotter. M. Latour se contenta donc de housser les éprules et Léon sortit pour aller faire ses mailles,
V—Uwr RÉCONOILIATION SUIVIE D'UNE SÉPARATION.
C'était Madame Latour qui, en regardant à travers lo trou de la serrure avait entendu une partie de la déolaration d’amovr faite par Léon. Marchant sur la pointe du pied, elle était allé avertir M. Latour et tous deux s'étant approchés sans bruit, étaient arrivés juste à temps Pour être témoins de la scène qui avait tant irrité Lo marchand,
Louise était rentrée en sanglotant dans sa chambre où M. i
faire une scène, Son d’impatience était passé, et du reste, c'était surtout à Léon qu'il en voulait, é
—Ainsi vous voilà fiancée, mademoiselle, dit-il en entrant, et moi je SUppose que ça ne me regarde pas ? Puis prenant un ton de voix plus radouci {l ajouta : dis-moi ma fille Pourquoi tu t'es amusée à écouter les sornettes de ce jeune écervelé,
me fuyait depuis use de moi et il ne
m'aurait jamals avoué son amour si je ne lui eusse arra— ch6 un aveu malgré lui.
—Ainel c'est vous qui lui faisiez la cour. De mon temps les demoiselles étaient loin d’être aussi hardies. —Je comprends tout ce que ma démarche peut avoir eu d'inconvenant, mais j'aime Léon et j'ai fait naître l'occasion de le lui dire franchement parccque je comprenais qu'il considérait sa pauvreté comme un obstacle à notre amour, | 5 Et toi tu ne vois 1à aucun obstacle ? Croista que j'ai travaillé jusqu'ici pour te procurer un mari indigent, un mari que tu seras obligée de faire vivref Vous savez bien que Léon est trop fier pour con sentir à accepter ma dot avant d’avoir réussi par s0n travail à égaliser nos conditions de fortune. Il est sobre, actif, rangé. lorsque vous avez épousé ma mère vous étiez pas riche et cependant ne l'avez-vous pas readue heureuse ?
— Oui, c'est vrai, mais ta mère n’était pas habituée au luxe comme toi. Ta fortune et ta beauté te permettent d'aspirer à un parti avantageux. Ce que vous prenez
tous deux pour un amour durable n’est qu'un caprice :
passager. Vous êtes encore bien jeunes et vous oublierez cela avant longtemps.
Jamais. À quoi me sert ma fortune si elle doit être un obstacle à mon bonheur. © mon père | vous pouvez aider Léon à faire son chemin. Dans quelques années, si vous le protégez, il pourra g’établir pour son propre compte. Nous ne sommes pas pressés de nous marier.
J'attendrai qu'il soit prêt.
eo
TE
EE
—Soit ! je te laisse cotte illusion mais j'espère que vous vous guérirez tous deux de votre caprice d'imagination. Je viens de chasser Léon. Je regrette son départ oar j'avoue que c'était un bon employé, mais le ton sw lequel il m’a répondu me prouve qu’il ferait un gendre incommode et peut être un mari brutal, Tu comprends qu'après la scène dont je viens d’être témoin il ne peut rester à mon service,
Madame Latour, qui jusque là était restée silencieuse, crût devoir intervenir :
— Vous avez peut-être été un peu vif, mon ami, ditelle. Songez done, si Léon allait raconter la cause de son départ, nous deviendrions la fable de la ville,
—Je ne puis pourtant pes lui faire des excuses,
—Non mais vous pourrez le retenir ici en attendant que vous le remplaciez et qu'il puisse se pourvoir ailleurs, Il n'est pas encore parti. Allez lui parler et tâchez de vous réconcilier avec lui,
Un instant après M. Latour abordait Léon qui était occupé à boucler ses mallos,
—M. Duroc, j'ai été un Deu vif, je l’'admets. Jo vous crois assez homme d'honneur Pour ne plus conter fleurette à ma fille sans ma permission, En conséquence je Vous prie de différer d’une quinzaine, votre départ d’ioi, Dans l'intérêt de ma fille et dans votre propre intérêt, il ne faut pas que cette aventure s’ébruite,
—Vous venez de me chasser et je pars. Quant au reste, soyez tranquille, Personne ne saura ce qui mo vaut
l'honneur d’être chassé Par vous dans des circonstances aussi heurdnance
Se YANVIOS
—Vous ne partirez pas maintenant, J'ai besoîn de Vous, Je me suis toujours intéressé à votre sort, Ma fille vous aime ou croit vous aimer, Si cet amour résiste à l'épreuve du temps et de l'absence, si, de votre côté VOUS vous montrez digne d'elle, je tâcherai de vous Procurer les moyens de faire votre chemin daus le monde, J’écrirai À mes amis de Montréal et je tâcherai de vous Placer avantageusement, Cela vous va«t-il
—Je ne saurais trop reconnaître votre bonté! Vous êtes lo digne père de Mile Louise. Je vous demande mille pardons de la brusquerie dont j’ai fait Preuve il y a un instant, Tenez, vous me battriez maintenant que je ne &0ngerais pas à me défendre | Je ne me serais pas défendu ilya un instant quoique j'en ae dit. Je me serais
rappelé à temps que vous êtes le père de ma Louise adorée,
—=C’est bon, c’est bon, vous lui forez ces compliments à elle-même si jamais Vous mérites de l'avoir pour
ee