VI--LA CONSPIRATION
Quinze jours après, Duroc quittait Pingreville pour se rendre à Montréal, M, Latour l'avait chaudement re- <ommandé au propriétaire d'une riche maison faisant le Commerce de gros, Il lui avait en Outre confié une somme de $1000 qu’il le chargeait de déposer à la banque du Peuple, pour retirer un billet qui devait échoir dans quelques jours,
Cette quinzaine avait paru bien courte au jeune Gouple. Deux ou trois fois ils avaient eu l’occasion de se revoir sans témoin, et de ge renouveler leurs serments, Mme Latour avait redoublé d'efforts pour captiver Léon, Sans que Ce dernier fit la moindre attention aux pcses sentimentales qu'elle affectait, Au moment de son départ, elle l’embrassa sous prétexte qu’elle le considérait comme
l'enfant de la maison, et Léon se dédomages en embras. saut Louise, sans que M, Latour qui était présent, s’avisñt de faire la moindre protestation, Bref, on avait fini par traiter Léon, comme le fiancé de Louise, et non comme un étranger,
Arrivé à Montréal, Léon descendit à l'hôtel du Canada, et se rendit au magasin, où il espérait trouver de l'emploi. Le patron était absent de la ville. Notre jeune homme revint à l'hôtel, où il trouva M. Grippard, un marchand qu'il avait sonvent rencontré choz Bi, Laiour,
et, orgueil.
ex-Patron avait réposée en
—Vous qui connatssez Montréal, vous pourrez eans ute m'indiquer où est Je büreau de ja banque du Peu. ple. Je dois ier y déposer $ 1000 Pour lecompte de M,
Latour,
—Oertainement, mais Ja Banque est formée à l'heure qu'il est ; il vous fa
confidence,
— Veuillez m'exouser un instant; j'ai quelqu'un à Voir, avait dit le marchand en s'inclinant ; Puis il avait gravi l'escalier conduisant au premier,
Suivons-le dans ga chambre, où nous allons assister à ane s0ène qui eut fait ouvrir les yeux à Léon si en eut été témoin.
M. Grippard 4: *ésonner, un timbre, Un garçon parut,
D'était nn pour très ut le mon-
es années :
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POUF Vous, s'empressa de dire Bohém que qui vrovoqua un éclat de rire c
pas besoin de vos services,
ÿ à de plus embêtant, c'est que le dre pas prêter cet argent qui ne
MM, Bagoulard et Bohémier sont-fle Petit salon demanda til ?
—Oui, monsieur. HR
— Dites leur que je désire les voir {oi immédiatement
— C'est bien, monsieur.
Quelques instants après, salent le seuil de la chambr Bt6s et pâles, L'un d'e eb une toute petite m 6b paraissait avoir uno court, grêle, Courbé, et avait l'air d’ bien qu’il fut à peine âgé de vingt ei
encore dans le “
un petit vieillard, X ans,
—Nous serons très heureux de nous ‘porter Caution
ier, d’un ton mi.
hez les deux auires.
empraut ordinaire, je D'aurais répondit Grippard, Oo qu'il jeune homme ne vou-
°8$ GR 26 lui appartient Pas, Ha
—W11 s'agissait d’un
été chargé par M. Latour de Pingreville, son ex-pairon, de déposer ce montant à la Banque du Peuple. — Alors, c'est un emprunt forcé que vous voulez faire? —Oui et non. Chut ! voici le garçon. Expédions:l », puis nous reprendrons notre conversation, à Après avoir ingurgité son cognac d'un trait, M. Grip- | pard paya la consommation et, lorsque le garçon fat sorti, | { il reprit à voix basse : : \ | —Nous l’'amenons au cercle St. Fortunat, Bagoulard | | | ,. * et moi. Nous y trouvons Bohémier, Nous tâchons de | faire jouer le campagnard avec nous. S'il joue, tant .: mieux. S'il ne joue pas, je trouve moyen de lui emprun- ( ter les $1000 pour un coup que Bohémier devra gagner, L puis, je me trouverai sans le sou, et naturellement, il faudra bien qu'il m'attende.
—-Mais vous lui remettres son argent, sans doute? |)
—Dans quelques jours, j'ai besoin d’un peu d'argent, mais d'ici à quelques jours, je serai en fond, et je règletai, Il va sans dire que je vous paie une certaine commission pour m'aider à effectuer cet emprunt,
—Va pour l'emprunt, dit Bohémier, présentes moi au plus tôt à cot amour de campagnard que je le presse sur mon sein virginal.
—Toi? Jamais de la vie ! Tu nous l’effaroucherais, Il faut lui présenter des hommes respectables comme moi, l + dit Bagoulard, en se frappant la poitrine et en rejetant
en arrière son inévitable mêche de cheveux, Toi tu as une mine patibul ire.
—Pas Tibulle, hère, ça n'empêche pas que je vous al-
ne
ex-patroD, | derai à exploiter la vôtre de mine. Et maintenant, puis
À . que vous l'avons découverte, jilons, . k «Oui, esbigne-toi. Moi je vais avec M, Grippar® cul. e.
ulez faire?
pédions:l »,
San | tiver l'amitié de ce modèle de Pingrevillain — , M Grip À ‘ )n fut sorti, a
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VII—Pais AU PIÉGE
1! Quelques instants après la scène que nous venons [de décrire, Grippard présentait Bagoulard à Léon Duroc, dans les termes suivants:
M, Duroe, j'ai l'honneur de vous présenter mon ami, M. Bagoulard, avocat, futur député et l'orateur le plus brillant du barreau de Montréal.
__Très honoré, répondit Léon, en sinclinant et en gaisissant la main que Bagoulard lui présentait
La conversation devint bientôt très animée. Bagou- Jard était un causeur très agréable, un esprit oultivé. Il gût capter la confiance et l'estime de Léon, admirateur enthousiaste du talent. Grippard, qui n'était guère cau-— geur, les laissa ensemble, .et, après le repas du soir, il proposa aux deux jeunes gens de les amener au cercle, Venez, avait dit Bagoulard, vous ÿ ferez quelques ces qui tâcheront de vous empêcher de regretter la vie paisible que vous avez menée jusqu'ici. Nous ne décrirons pas les diverres salles du cerele St- Fortunat. Qu'il nous guffise de dire que Duroe, qui n'é-
tait pas joueur, s’y ennuyait tellement que vers dix heu-
res, il voulut prendre congé de ceux qui l'avaient ame
De as : Attendez un peu, nous partons nous aussi, à moins que vous n6 vouliez neus joindre pour une partie de
bluff, une geule.
connaissan