‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 22 sur 74 · PUIS LE DÉPART DE LÉON · texte numérisé non relu

PUIS LE DÉPART DE LÉON

Revenons à Louise, que nous n'avons pas revue depuis # le jour où ce pauvre Léon Duroc avait quitté Pingrevile ]

| le, Louise avait été péniblement affactée du départ de À son fiancé, Elle l'aimait, comme une femme de cœur sait Je aimer, et l'absence de cet être chéri avait empreint sur «a

d Jolie figure un air de tristesse qu’elle. s’efforgait en vain ” : de dissimuler, Elle avait beau se dire que cette absouce sh MX ne serait que temporaire, qu’elle était nécessaire même di | pour que Léon put avoir occasion de gagner la confiance LS de M. Latour, elle avait beau espérer revoir Leon de # temps à autre, en attendant l'heureux jour où ses succès ï lui permettaient devenir réclamer l’accomplissement des El {promesses faites par son père, elle ne pouvait se consoler al de ne plus le voir et trouvait bien long le temps qui : devait nécessairement s'écouler avant l’époque de leur | :

réunion,

Constamment ooanpée de lat, se rappelant ses manhisres élégantes, le son de sa voix et jusqu'aux paroles les plus iudifférentes qu’elle lui avait entendu prononcer, elle le voyait toujours présent à son esprit. Avec cette intuition merveilleuse dont, pour leur malheur, les âmes sensibles sont douées, elle pressentait quelque coup du sort, quelque malheur dont elle ne ge faisait pas une

SI7 idée bien définie mals qui devait, eropait-elle, mettre obsf L

UN REVI. VANT

{tacle aux beaux projets d'avenir qu'elle avait formés de

| concert avec Léon.

Dans cette disposition d'esprit, elle attendait aveo im patience des nouvelles de son cher Duroc, qui lui avait ‘promis de lui écrire dès qu'il serait arrivé À Montréal- Les jours, les semaines et les mois s'étaient écoulés et aucun’ lettre n’était venu lui dire que Léon pensait encore à elle, Cependant, dans l'intervalle, on lui avait raconté sur le compte de son amoureux, bien des histoires auxquelles elle s'était efforcéo de ne pas ajouter foi, mais qui avait produit sur son esprit une impression des plus douloureuses, On lui avait changé son Léon. Celui qu’elle avait connu était un jeune homme sage, vertueux, rempli de nobles aspirations, et maintenant on lui affirmait que Duroc était -un joueur, un débauché, un‘ libertin. Certes, tout le monde admettait qu'à Pingre Ville 1l avait toujours mené une vie exemplaire mais s’il fallait en croire dame rumeur, C'était tout sim. plement par hypocrisie, afin de mieux Capter la confance du père Latour dont il espérait devenir le gendre, On représentait à Louise qu’il ne l’aimait pas, qu'il ne songeait à l’épouser que pour trouver dans sa dot, les moyes de donner libre cours à ses mauvais penchants,

Il va sans dire que madame Latour n'était pas la dernière à déblatérer contre le pauvre absent. On se rap pelle qu'elle avait, beaucoup par dépit et peut-être un peu dans le vain espoir de s'attacher Léon, tâché de lui nuire dans l'esprit de Louise. Du reste, Ces cancans ne eiroulaiont guère en dehors de la maison Latour, et c'était M, Latour lui même qui les avait rappoités à

Montréal où il était allé trois semaines après le départ de Duroc. Voici de quelle manière M. Latour avait ob. tenu ces renseignements aussi véridiques que flatiours pour notre héros.

En arrivant à Montréal, M. Latour descendit à l'hôlel du Canada où, l'heure du dîner étant arrivé, il alla s'asseoir à une table de façon à avoir le dos tourné à une porte d'entrée. Il était à peine attablé que Grippard entra et vint se placer au bout d’une table d'où il pouvait voir M, Latour de profil, sans être vu par ce dernier,

Dés que Gripppard l’eut aperqu, il changea de couleur et fut sur le point de se lever pour éviter une rencontre.

Grippard ignorit que Duroce eut peyé le billet de $1,000. Ilsavaitsealement que Daroc avait quitté l'hôtel après svoir réglé sa dépense, et se figurait qu'il était parti au risque de passer pour voleur plutôt que de eonsentir à commettre un faux,

Convaincu que M. Latour avait été obligé de payer le billet, il n’était pas rassuré, car il se figurait que Léon, pour se venger ou pour 86 disculper, avait trouvé moyen dé mettre son aucien patron au courant de ce qui s'était passé.

Grippard se sentait à l'abri de la loi en l'absence de preuves pouvant établir sa culpabilité, mais il voulait ménager sa réputation, bien résolu d’en tirer le meilleur parti possible, Il tenait d'autant plus à ce que M. Latour eut confiance en lui, que le marchand de Pingreville avait déjà été désigné d'avance par lui comme l’une des nombreuses victimes qu'il se proposoit de duper. Aussi,

éprouva-t-il un soulagement véritable lorsqu'il vit ‘M.

Latour s'approcher de lui et Jui tendre la main en sou. tiant,

—Ce cher M. Grippard! mafs on ne vous voit plus | Que devenes-vous donc ? Etes-vous en train de révolutionner le commerse des grains ?

—A pen près. Je suis très-occupé de ce temps-ci. Mais vous-même, que devenez-vous ? Je ne ne VOUS ai pas en. core va à Montréal depuis l'ouverture de la navigation,

—£n effet c’est mon premier voyage ce printemps, J'avais quelques affaires de banque à régler, il y a trois semaines, mais j'ai chargé Duroc, un de mes anciens Commis qui est venu se fixer ici, de le régler pour moi,

—Duroc f Attendez donc ! Un grand jeune humme brun, un débauché à ce qu'il paraît, Je ‘l'ai rencontré au cercle où l'on m'a dit qu’il venait de perdre $#1,000 au

jeu.

. —Serait-il possible ? Mais non, Vous devez vous trompet ! J'ai toujours connu Duroc pour un üomme honnéte et rangé. Donnez-moi done le sigualement de celat que vous avez rencontré au cercle.

T1 est un peu plus grand que mof, mince, bien fait, élégant, {1 a les cheveux noirs et bouclés, une toute petite moustache, Il portait un pantalon gris perle, un frac noir et un léger pardeseus brun. 11 m’a parlé de vous et, à moins que vous ne lui connalssies d’autres resso"irces,

je suis certain certain que 6e sont vos écus qu'il aura fait danser.

—Précisément. Et pourtant, 1 banque m'a renvoyé mon billet de $1,000 que je l’avais chargé de gotdèr,

. Peut-être a-til été assez heureux pour se refaire

au jeu, mais qu’est-il devenu { Il a quité tout à coup l'h6tel du Canada où il n’a pas reparu depuis, m'a-t-on dit,

—Je m'intéressais à lui ; je l'avais recommandé à la maison Pincemaille & Cie, mais, puisqu'il se livre à la débauche, je lui retire mon amitié, Je vais aller voir à la banque quel moyen il a pris pour me faire remettre mon billet, D'après ce que vous me dites, il est capable d’avoir fait un faux pour le renouveler, Dans ce cas, gare à lui, je le fais flanquer en prison,

Il y eut un moment de silence,

—Et dire que cet homme vent épouser Louise et qu'il 8 réussi à s'en faire aimer, Ah | gredin | pensait M. Latour.

—Après tout, se disaît Grippard, lors même que ce damus Duroc aurait conseut: à contrefaire la signature du bonhomme, j'aurais commencé par endosser le billet, et aujourd’hui j’en serais quitte pour nier ma signature, De sorte que Duroc aurait passé our uu double faussaire,

— Bi l'on vous a volé ét si vons avez besoin de moi pour régler cette affaire, reprit tout haut M. Grippard, mia bourse est à votre disposition,

—Meroi, généreux ami, répondit M. Latour, Veuillez m'accompagner à la banque, nous verrons-ce qui en est, Et les deux marchands partirent ensemble. Chemia

- faisant, M. Grippard se répandit en jérémiades sur les

mœurs du temps.

—Voyesz-vous, ditil à M. Latour, la jeune génération 086 corrompue jusqu'à la moëtlle. Ti n'ya plus d'honns

MS UVULST

beté. Les jeunes gens se livrent au jeu, à ls débauche et

à tous les excès, Aïnsi voilà Un garçon qui paralssait intelligent et qui finira par mal tourner,

Tout en causant, on était arrivé à la banque ou l’on apprit que le billet avait été Payé äu moyen d’une traite qu'on nommé Léon Duroc avait envoyé de New York.

— Il est allé se faire pendre aux Eiats Unis, dit Grippard.

I] est bler - al parti, puisqu'il s'adonne au jeu, répondit M. Latour. C'est égal, un reste d'honnêteté, et Peut-être aussi la reconnaissance pour mes bons procédés envers lui, l’ont forcé à me rembourser, Mais je ne m’ex. plique pas comment il a pu perdre 81,000 à Montréal et envoyer de New-York une somme égale, à peine quelque jours aprés.

—Il y a apparence qu'il s’est engagé à l'armée améri- Caine, répondit le Caissier, puisque sa lettre do Now York nous disait de lai envoyer un reçu an Fort Trumbull, New-London Conn. Tenez voici l’adresse. Elle contient aussi le nom du régiment : 144% U. 8, Infantry,

— Malgré tout, il me fait de la peine, ce pauvre Léon, dit M. Latoui: je m'étais habitué à le regarder comme mon fils. Je vais copier l'adresse pour lui écrire,

—Bon, pensa Grippard, Duroc pourrait lui faire des révélations qui ne seraient guère de nature À me recommander auprès de M, Latour ; tâchons de le dissuader d'écrire à ce jeune fou.

Dès qu'ils furent sortis de la banque 11 & dità M, Latour :

—À votre place je n'entemorsts Paë de correspondance sve0 C6 aventurier qui, j'en suis sûr, n'a pas eu assez

| de cœur pour se rappeler à votre souvenir, Quelle qu'ait fl été la conduite qu’il a tenue chez vous, je vous assure

it HER que la vie qu'il a menée ici a été trop scandaleuse pour He qu'il mérite que vous vous interressiez encore à lui. ‘Pro-

ni À mettez-moi de ne pas lui écrire, O'est au dessous de

A SES votre dignité, si ÉRURE —Je vous le promets puisque vous l'exigez, mais je

)e ] F ; garde l'adresse de son régiment afin de m'informer de

| 4 * ses faits et gestes auprès de son commandant,

$ —Vous êtes bien bon de vous inquiéter d’une pareille

t Canaille, reprit Grippard, piqué de ne pas avoir obtenu

8 | un succès plus complet,

. |: —Pardon, M. Grippard, mais je trouve que le fait |

t AN d’avoir en quelque sorte vendu sa vie aux Américains .

1 mL 4 | pour me rembourser, ne prouve pas que Léon soit une+

cansille, J'en conclus au contraire que tout sentiment d'honneur n’est pas éteint en lui, Je suis décidé à ne Lie plus le considérer comme un ami, mais si j'apprends qu’il

: se conduit bien au régiment, j'aurai le plaisir de pouvoir 1 HA lui pardonner un moment d'égarement qui eut pu, j'en conviens, avoir des conséquences funestes et pour lui ei

) pour moi, 11 — Bah ! si les confédérés le tuent, ce sera le bourreau P qui sera le plus volé, RE Là dessus, les deux amis se quittérent, assez ti $c0n— tents l’un de l’autre, mais non sans se renouveler réoi-

proquement leurs protestations d’anutié,

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