XXIX-—DésEsporR DE LOUIS
En lisant cette lettre, M. Latour avait été ému jusqu'aux larmes. Il avait sans peine reconnu Grippard dans le marchand mentionné par Duroc. H'emprestement que Grippard avait mis à accuser Duroo, lai revenait à la mémoire. se rappelait en outre que Grippard avait insisté pour qu’il n'écrivit pas à Léon. D'un autre côté, la lettre de Duroc, tout en étant rédigée avac cet ac: cent de vérité qui porte la conviction dans les cœurs Îes plus incrédules; donnait des détails trop incomplets pour ébranler la confiance dont M. Latour honorait M. Grip. pard. Elle eut suffi pour convaincre Louise, mais auprès de M. Latour, elle n'eut d'autre résultat que dé lui faire dire :
—De deux choses l'ane : ou Dureo est un hypocrite consommé, ou Grippard est une franche canaille,
Puis il en vint à se dire que Léon avait probablement perdu les $1,000 au jeu, ainsi que M. Grippard le lui avait dit, mais que cs dernier était peut-être celui qui lui avait g-gné cette somme. Cela étant, l’un et l’autre avaient intérêt à déguiser la vérité. Dr:00, après avoir perdu l'argent, avait pu tâcher de se le faire remettre on disant que la somme appartenait à sa patron, ot Grippard avait probablement refusé ! En réfléchissant, M.
Letour se rapnele encore ane M. Grinpard avait paru
troublé lorsqu'il lui avait tendu la main à l'hôtel du Oh See nada.
Il se demanda ensuite s’il devait donner la lettre à Louise, mais il ge dit :
—Ce garçon-là a raison. Lors même qu'il n'aurait rien fait qui soit contraire au lois de la morale et de
a jus- l’honneur, les circonstances dans lesquelles il se trouve, ppard le mettent dans l'impossibilité de jamais épouser Louipresre- se, Je le trouve très généreux d'offrir spontanément de dde | la dégager de sa promesse, Mais Louise no l’entendrait ippard pas de cette oreille à. ÆElle lui répondrait, et ça serait Autre à recommencer, Gardons la lettre.
cet ae Je vais écrire au commandant du régiment pour rs les ' avoir des nouvelles sur son compte. S'il s’est mal condate duit à Montréal, il a dû continuer à se conduire mal à Grip. l’artaée. Gardons cette lettre, ne la montrons ni à Louise auprès Î ni à ma femme, Lorsque j'aurai reçu des nouvelles de \ faire (| Duroc, &! j'apprends qu'il se conduit bien, je lui écrirai à lui psrsonnellement et je lui domanderai des explicapocrite L tlons. Jusque-là, il ne faut pas que personne sache que j'ai regu cette lettre.
lement Lorsque la famille fut réunie au repas du soir, M. le lui F Latour dit à Louise dont les yeux étaient rougis par les ui qui lermes, l’autre — Console toi, mon enfant, Si Duroc ‘tait encore au 8 avoir Fort Trumbull, je lui écrirais eb tu pourrais lui écrire ttre on toi-mêne, Mais ce n'est là qu'un dépôt. Je vais éérire é Grip- au commandunt de place pour avoir l'adresse du régiit, M. ment dent Duroc fait partie.et nous aurons bientôt des é paru Le RerrAUSS cértsin0S su
pers SIN FUI 60D COMpiE,
Vous êtes bien bon, mon père, eb je vous remercie dé cette nouvelle prouve de bonté.
Cependant, il s’écoula plus de quinze jours avant que M. Latour mit cette promesse à exécution, tant il lui en coutait de mettre en doute l'honorabilité de M. Grippard. Le 1er juillet, il recevait du commandant Thatcher une lettre écrite devant Petersburg, l'ivformant que le soldat Duroc s'était distingué par sa bravoure et sa bonne conduita depuis qu'il le connaissait, qu'il avait été blessé mortellement, devant Petersburg, le 20 juin et qu'il était mort à l'hopital le 23,
Cette nouvelle fut un coup de foudre pour la peurs Louise. On eut beau usor de ménagements pour la lui apprendre, ce malheur, qu’elle redoutait pourtant depuis qu'on lui avait annoncé le départ de Léon pour la guerre, la plongea dans une douleur profonde. Elle refusa toute ospèce de consolation. Comme on lui avait toujours caché lalettre de Leon, elle s'était demandé pourquoi il ne lui écrivait pas. Il lui semblait qu'il eut dû avoir assez de confiance en elle pour la faire la confñdente de ses peinos,
Elle lui avait pardonné cependant et se proposait bien de l’aimer toujours en dépit de tout. Elie cra:gnait your les jours de son bien-aimée, et s'exagérsit pout être, s'il était possible, les dangers dont il était environné ; cependant elle se cramponnait avec tenecité au faible espoir qui lui restait de le revoir un jou: sain et sauf,
Et maintenant cette lettre venait lui enlever le dernier rayon d'espérance. Elle resta quelque temps sans pieurer, ie regard xs, ie sein oppremé, écrasée sous je
poids de la douleur. Zuis, un torrent de larmes jaillit de
ses yeux et, en la soulageant à propos, la sauva de la mort
ou de la démence. Elle jura de ne jamais se mgrier, de
rester fidèle à la mémoire de Léon et se retira à l'écart
\ pour pleurer à son aise.
Pour la consoler, son père lui remit alors à lettre de Léou. Elle éprouve sans doute une joie amère en son. geant que, du moins, Léon l'avait aimé jusqu'à son der nier soupir, mais ele sentit naître en son âme le reprit de n’avoir pu lui répondre, :
—Mon père, dit-elle avec douceur, vous auriez dû me donner cette lettre. Peut-être que, désespéré de mon silence, et l’interprétant comme un signe d'oubli ds ma part, il s’est exposé plus qu'il ne l'aurait fait sil eut eté certain que je lui gardais mon amour, Quels nobles sentiments il exprime ! quelle délicatesse ! Ab! je te reconnais bien ià, cher Léon ! et j'avais bien raison lorsque seule, je persietsis à croire en ton honneur k
Elle refusa do prenûre aucune nourriture, pleura toute la nuit et le lendemain, la malheureuse enfant était en. proie à une fièvre cérébrale qui, pendsnt un mois, mit ses jours en danger, Ella divaguait, ne reconnaissait plus personne et faisait d’amers reproches à son père, lui di-
/ sant qu'il était rezponssble de la mort de Léon. ï‘infin, \ LEA robuste constitution, la médecine aidant, triompha du mal. Elle reprit connaissance et fut bientôt sur pied. Sa douleur bruyante avait tait place à une douce mélancolie. N'osant prendre le deuil, de crainte de donner prise aux cancans, elle résolut cependant de ne porter que du
noir, O'eat à-dire, qu'elle se mit en deuil, au crêpe ptès.
Elle disait en souriant tristement que cette couleur mieux que toute autre,
“ Semblait se conformer à sa triste pensée."
On eut beau faire des efforts pour la distraire, elle fayait les réunions, les bals, et len fêtes que les demoiselles de son âge alment tant, et disait que le spectacle des plaisirs mondains, loin de la distraire, avait pour effet de l'attrister,