XXX-—- Car exoezLenT M, GRrrPARD
Le lecteur saît déjà que M. Grippard était un de ces respectables escrocs que leur réputation d'hommes riches met à l'abri de la censure, Le charlatanisme est de tous les temps et Ge tous les nays, mais nuile part il ne trouve un Champ plus vaste et plus facile à cultiver que eur le continent américain, Le Pankee lui-même, malgré son scepticisme apparent, aime à se faire flouer, quitte à floucs les autres à son tour. Si l’on en doute, on n’a qu'à passer en revue la longue liste des fortunes immenses amassées aux Etats-Unis et qui doivenf leur origine à quelque panasée univer lle, annoncée à grand renfort de réclame dans tous les jonrnaux du pays.
En Amerique plus qu'ailleurs, ‘ charlatan porte la tête hauts, Il esé respecté et admiré en raison directe de ses sucoès, et le cynique Barnum, ce prototype du char. latan américain, savait à quel peuple il s’adressait lors-
ê qu'il publiait un livre {où il avait la modestie de se done ner comme modèle à imiter par tous ceux qui aspirent à la richesse et aux honneurs.
Nous aurions tort, cependant, de jeter la pierre à nos
* wohins. On feit ici en petit ce qui chez eux se fait em grand. Ils n'ont pas êté les derniers à s’apercevoir que.
la blague est ici l'objet d’un aulto fervent, Depuis longtemps ils nous envoient ‘leurs drogues ei ieur orvié» tan, Comme eux, nous avons ici nos chariatans volt
ques, nos marchands de retigion, vos trafiqueurs do con: ciences, nos réputations surfaites, et nos idoles aux pieds d'argile, /utsnt qu'eux, nous nous oplatisscas devant 1 veau Cor, et s'il nous est impossibic ds surpawxer leur adr:ira’ion servile pour le vice doré, par contre, l'hornêts omme convaincu du crime de pauvreté-ehrouique eb.invitéréo, «et l'objet d'un mépris beaucoup plus proone she nous qu'aux: Ktate- Unis, © Parler-novs d'uu honvas comme M. Grippard ! En voici uu qui ne s'était pu laissé ax2ôié par de vains scrupules ! Il avait toujours “1 l'asgent en poche, Dono, c'était un hormime très resosviable, Il y avait bien quelques persons qui prétendaient qu'il ne tenait pas une conduite exemplaire lorsqu'il était à Montréal. C'était des envieux. deb geus de rien. Quelle foi voulez-vous sjouter au témoignage d’un quidam qui n'a pas les moyens de dépense: une piastre par jour ? La vertu n'est-elle be toujours persécutée ?
X y avait cinq ou six ans, M. Grippard,' qui n'avait Pau «0 traître sou alors, et qui, par conséquent, n'était Pos encore devena respectable, s'était aggocié à un honüêie rentier pour construire un bateau à vapeur,
Le rentier fournissait l'argent, et M, Grippard fournis. sait l'expérience, Au bont de trois ans, c'était M. Griptd qui avait l'argent, et le rentier avait l'expérien
séquence nécessaire, le rentier était devenu un hom- ‘ne dé rien, et M, Grippard avait acquis la réputation d'un homme respectable, La vertu est toujours récomtien de plus commode que ies axiômes, si vous aves
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&e l'argent. Se permet-on de vous blâmer ? C'est votre vertu qu'on persécute. Le succès couronne:t-il vos coupables efforts ? 11 ne manque pas de flatteurs pour proclamer que le ciel récompense votre vertu, M. Grippard était venu s'établir à Montréal, où 11 avait ouvert un bureau d'agence. Comme entremetteur, il réussit à faire beaucoup de dupes. Quelque temps après, il louait une seigneurie, construisait une scierie mécanique, et ouvraitun magasin dans une paroisse ‘située à peu de distance de Pingreville, Il s’assooia plusiours capitalistes et fonds une nouvelle compagnie de navigation. I! avait pris goût à ce genre d’affaires. C'était pour ses associés une façon comme une autre .de jeter leur argent à l’eau,
Toujours avec l'argent des autres, —M, Grippard n’en avait jamais eu à lui,— il fonda la compagnie des scieries de Picoudy, capital souscrit $300,000, compagnie dont il devint président et gérant, avec un salaire de $1,000 par année, ce qui ne l'empêcha pas de la rançonner à outrance, A l’époque où nous avons fait sa connaissance, il avait cinq ou six magasins dans diverses
paroisses et des boulangeries presque partout ; il e’était
proposé d'acquérir le monopole du commerce de la farine entre Picoudy et Montréal, Il était gérant des deux compagnies que nous venons de mentionner, et passait pour être à la tête d’une fortune immense.
Il dépensait largement, faisait sauter les écus des au tres, comme s'ils eussent été les siens, et vivait en grand seigneur. Il fréquentait le cercle St Fortunat plutôt pour y recruter des dupes ou des actionnaires, ce qui, nour
RE te
lui, revenait au même, que pour se livrer su jeu, Il bu-
vait sec, mais savait feindre ls sobriété au besoin. Il prodiguait son argent, jetait de la poudre d'or aux yeux des naïfs, et savait par expérience qu’en ce pays, un homme qui ne paie pas ses dettes, mais qui dépense beaucoup, jouit toujour d’un crédit beaucoup plus considérable que l'honnête homme qui réussit à force d'économie à faire honneur à ses obligations.
«—Ce n’est pas ma faute, disait-il, si les gens sont si bêtes. T1 faut mener la vie à grandes guides pour avoir un crédit illimité. Si un pauvre diable a le malheur de
se trouver à court d'argent, tous ses créanciers se réunis-.
sént pour l'écraser. Pourvu qu'on éblouisse les gens, c’est à qui nous ouvrira un crédit dans ses livres, Il avait connu la pauvreté, Il s'était vu mépriser par
ceux qui aujourd'hui lui léchaient les talons, Il s’était-
- dit que l'honnêteté ne mène à rien, et s'était lancé dans une vie d'aventures et d’expêdients. Il remuait de l'or, et cela le grisait. Que lui importait le reste ?
Il préférait les hommages des imbéciles à la satisfactionque procure la conscience du devoir accompli. En cela
il ne différait guère des autres hypocrites dont le nombre
est malheuresement trop grand. Ce qui le distinguait le plus de ces derniers, c'était une audace hors ligne, En affaires, M. Grippard était Pankee jusqu’à la moëlle. Il était dur d'entretien. Il arrivait assez souvent que ses
prodigalités le mettaient à sec el alors, coûte que coûte, il 8e proourait des fonds. Peu lui importaient les moyens
employés pour les obtenir,
Bogoulard et Bohémier n'étaient pour lui que ues come. paguons de bamboches, Il les savait aussi dépourvus d'ar=
gent que de principes, Ce n'était donc pas pour les ex=
soin. Il ploiter qu’il les fréquentait, Tous deux avaient de legs ax yeux prit et du talent, mais Grippard n'était pas assez naïf # ays, un pour admirer d'aussi minces avantages. I] était devenu se beau- leur ami tout simplement parcequ'ils l'avalent introduit nsidéra- dans un monde que les hommes rangés n'ont pas l'habiconomie AN tude de hanter, "| Bagoulard était un avocat renommé pour son éloquensont si b. 0e, mais il était encore trop jeune pour inspirer beaucoup ur avoit de confiance comme jurisconsulte, D'ailleurs, on savait heur de qu’il soignait peu l'étude du code, et qu'il consacrait à la s réunis-. débauche le temps qu’il n'employait pas à préparer des es gens, discours, de sorte que sa clientèle lui rapportait peu, | Quant à Bohémier, magré son talent incontestable, il iser par | semblait irrévocablement destiné à mener à perpétuité 1 s'était 4 s le vie d'étudiant. [1 oultivait les muses avec assez de 106 dans Se sucoès et ses couplets grivois faisaient les délices du t de l'or, A monde interlope. C'etait un bohême dans toute la force « du terme. Il n’éprouvait pas le moindre sorupule à exisfaction: ploiter ses amis les plus intimes, et sans l'indulgence de En cela ceux-ci, sans l'intervention fréquente d'un oncle riche hobllee = qui le protégeait, il aurait eu viugt fois les honneurs de iguait le le prison, ne, En oëlle. Il que «es » coûte, — } MOYENS:
ues come
rus d'are
XXXI-—-LEs PANTASMAGORTE MISE A LA PORTÉE DES OLASSES NÉCESSIT 131
On se rappelle que Léon, après sa tentative de suicide, avrit confié sa défroque encore toute humide à un gargor de l'hôtel du Canada, en lui recommandant de la faire sécher. Cetto défroque comprenait, outre les sous vébemeuts, le pardessus brun, le pantalon gris perle, et le frso noir mentionnés par Grippard lorsqu'il avait donné à M, Latour le signalement de Léon Duroc. Comme notre héros était parti dès le lendemain, fermement décidé à s'engager dans l’armée américaine, il ne s'était guère occupé de réclamer ses habits qui, du reste, u’étaient pas encore séchés, et le garçon avait hérité de la
défroque en question, +" Nous avons dit que ce gargon ressemblait beaucoup à Duroc. Il avait sa taille, ses traîts et sa mine, C'était tout le portrait de Duroc, à c-la près qu'il était blond et qu'il avait les cheveux plats tandis que notre héros était brun et avait les creux frisés. Ce Sosie de l’anant de Louise ss nommait i:indamour, Il était espiègie, intel ligent, mais avait la déplorable habitude d'écouter aux portes, et de trouver ‘1l::r à ‘faire des tours, ph: ou moins pendables. C'étaii un ami de Bohémier, qui le rencontrait frèquemment chez une drôles: 5lus remarquable par sa beauté que par ses vertus. Inutile d'a jouter qu'autant la fguxe de Br' mour ressemblait à
ATÉR
suicis à un t de la sous rle, et | avait , Comsement s'était 2, u’é- 6 de la
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Duroc autant son caractêre différait de celui de notre hé: ros. Nous aurions voulu voir en lui un être parfait, mais canaille nous l'avons trouvé et canaille nous vous le présentons. Nous ajouterons cependant, qu'il n'était pas réellement méchant, O'était un étourdi et un débau- Ché, comme il y en a tant dans les grandes villes, Sa condition était plus humble que celle de Bohémier, mais l'égalité du vice avait réuni ces deux hommes que les distinctions sociales semblaient séparer, Il va sans dire que dans le monde ils affectaient de bas se connaître et quand Bohémier venait à l'hôtel, ils ne causaient ensemble que lorsqu'ils étaient blen sûrs de ne pes être vus. — Quelques jours après la rencontre de Grippard avec M. Latour à l’hôvel du Canada, Brindamour revêtit l'habillement dont il était devenu paisible possesseur grâce au départ incpiné de son Sosie, et se rendit chez * Dulcinée où il rencontra Bohêmier,
Comme te voilà bien mis! lui dit ce dernier. Tiens,
tiens, :n dirait que tu as hérité d’un certain campagnard de 14 connaissance,
—Je ne s probablement pas le soul héritier, repartit Brindamour piqué au vif, et si je voulais parler, je connais des gens qui n’ont pas encore dépouillé le vieil homme, mais qui ont dépouillé le jeune encore mieux que moi, —Que prétends-tn dire par 1à Je sais ce que je dis. J'ai entendu certaine conversation qui m'a suffisamment édifié sur le compte de ceux qui ont poussé ce jeune homme au suicide, —Mais enfin, qu'as-tu entendu
—Le lendemain de la aoène qui vous « amenés à l'hétel, Bagoulard, Grippard et toi, la nuit où cet habillement me fut confié, Grippard a proposé au jeune homme de contrefaire la signature de son patron. L'autre a refusé et ils ont échangé de gros mots. Je n'ai pas voulu me boucher les oreilles, et Ten sais assez long pour vous nuire, si je voulais faire des révélations ; mais je suis bon enfant, et comme je suis curieux de mon naturel, je pré fère garder le silence à condition que tu complètes mes renseignements,
De mon côté je te dirai co que je sais. Confdence pour confidence. Ça te convient il ?
—Parfaitement. Sorto ns. F
Et les deux compères se rendirent à un restaurant voi sin, où ils s'attablèrent et se racontèrent co qu'ils savaient de l'affaire Duroo.
—Sais-tu, dit Bohémier, que je te soupçonnes parfois de travailler pour le compte de la police secrète.
—Et tu n'as pas tort, Je te dis cela en ami. L'agent de sureté qui était à l'hôtel la «vit en question, pourrait t'en dire quelque chose,
Oh ! pour celui-là, tu peux lui dire ce que tu voudras sur mon compte, C’est un des nôtres,
—Au diable ! Je n'ai pas l'habitude de moucharder pour faire du tort à mes amis.
—A propos de Grippard, il m'a dit avant-hior que Duroc s’est engagé à l'armée américaine et qu'il a payé le billet de son patron. Il prétend qu'il va écrire à Duroo pour lui remettre les $1,000, mais js n’en crois rien. Il . dit cela pour que je ne ne lui demande pas de partager
, thé #0 tapent formo par le temps qui court, et Grippard ee ù pq père bien hériter des $1,000 que, d'ailleurs, {1 n’a jamais ni | pu eu la moindre intention de rembourser. Entre nous, il ï tusé s’est montré bien pingre envers Bagoulard et moi: I] ne ! ve px nous a donné que 825 chacun, et ça valait bien dix pour ë vous cent de commission.
PA in | —Veux-tu que je lui flanque une peur à tout casser ? o pré UE Je crois que je ressemble à Duroc. Si j'avais une perrude Î que nofre frisée, un peu de cosmétique pour noircir ma moustache, et l'habillement que voici, il me prendrait dues k pour Duro.
—L'idée est magnifique, mais elle vaudrait beaucoup f Fit À mieux si Duroc était mort. Or, ille sera probablement vd 6 avant longtemps, et alors Grippard te prendra pour le trs : ) spectre de sa victime, En attendant, que Personne ne te voie avec cet habillement. Garde-le pour nos expérienarfois 08. Quand à la perruque, je t'en Procurerai une. Je ? FA connais un perruquier qui m'en avancera une sur ma RE il bonne mine, et qui ne sera jamais Payé, Sais tu ce que "agen | ! c'est que la fantasmagorie ?
Era Î —Connais pas, 1 de —Eh bien ! c'est l'art de faire paraître des fantômes > vou ## va des lanternes magiques, n'est-ce pas ÿ L | —Certainement, mais je ne vois pas quel rapport, barder | —Tals-toi, bavard, ot laisse-moi t'expliquer, Ave la lanterne magique on fait paraître sur à payé Duroc en.
chambre obscure, Suppose maintenant que cette toile soit, placés entre la lanterne ct le spectateur. Alors, Celui-ci voit les formes dans l'espace, comme si elles fondaient sur lui pour s'évanouir aussitôt. Rien n’empéohe que tu te grimes de façon à ressembler à Duroo, que tu mettes ccf habit et que ton image soit envoyée à tra. vers lo trou de la serrure de la chambre à coucher de cet exceilent.M. Gripperd. Tu es ventriloque et tu pourras lui faire un bout de morale ; mais pour cela, il faut attendre qu'on ait reçu la nouvelle de la mott de Duroc, 0e qui ne saurait tarder.
—Ce doit être une belle science que celle du fantasque à gorille et je me propose bien de l’étudier.
—Commence d’abord par apprendre le nom, reprit en riant Bohémier, J'ai dit la fantasmagorie, — La fantas...9
—Magorie,
—Fantasmagorie, Diable ! Si la science est aussi diffcile que le nom. Je mettrai du temps à l’apprendre.
—Ce n'est pas difficile, Du reste, nous étudierons cela ensemble ; nous ferons quelques expériences.
… Oui, mais, en attendant la mort de Duros, ne pour: - fions-nous pas envoyer quelques diablotins à travers la serrure de M. Grippard ?
—Rier de plus facilo, s'il ne s'agit que d'envoyer de simples figures lumineuses se découpant dans l'ombre et n'offrant aucuns contours, de simples lignes comme les figures que l’on taille dans du papier, Je verrai à cela.
—Et M. Grippard, s'il connaissait cela, ls fantasma. gorio ?
otte toile
r. Alors, > si elles n n’empé- Jur00, que yée à tra.
er de cet durrag lui attendre y 06 qui
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reprit on
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à leurs domicilesreapoctifs,.