ZLVI—OU SERTAIN CAVALIER REDEVIENT FAN- TASSIN
Saltville tire son nom des mines de sel gemme situées dans ses environs et qui étaient devenues une ressource précieuse pour les E ats confédérés où le sel était d'une extrême rareté. Les journaux sécessionnistes faisaient bien leu: possible pour fabriquer du sel attique, mais, outre qu'ils ne réussissaient guère, vu l'humeur chagrine dans laquelle les revers de la Confédération les avaient plongés, ce sel na j'amais pu remplacer avantageuse. ment le sel de cuisine pour l’assaisonnement den mets, Il est vrai que les sudistes n'avaient guère de mets à assaisonner, mais leur pauvreté sous ce rapport ne faisait que leur rendre plus sensible encore l'idée de se passer d’un aësaisonnement considéré comme absolument nécessaire par tus les peuples civilisés.
Désireux de ne pas manquer une occasion de se montrer désagréables aux sudistos, les fédéraux avaient envoyé Burbridge pour détruire les usines de Saltville, et empêcher l'exploitation des mines. Morgan, averti à temps, avait réuni toutes ses forces et s'était retranché dans la petite ville menacée, S'il fallait en croire la rumcur, il n'avait que 2000 hommes à opposer aux 13,000 de Burbriige, mais ilavait du canon, et il devait combattre à couvert, ce qui lui donnait un avantage
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lérie devait mettre bien à terre, chaque quatrième homme devait tenir quatre chevaux, pendant que ses trois camarades se joignaient aux autres pour se former en rangs, et agir comme infanterie, de sorte que, chez les fédéraux, ie nombre des combattants se trouvait réduit d’un quart.
Eugène allait donc, sinon prendre part, du moins as: sister à un combat livré contre la brigade confédérée dont faisait partie le septième régiment de cavalerie de la Virginie, le régiment qu'il avait quitté sans permission trois ou quatre semaines auparavant. Comme il n’était pas armé, on s’arrangea de manière à ce qu'il fut chargé de tenir quatre chevaux pendant la bataille, Il était tout aussi exposé que ceux qui combattaient et l’un des chevaux qu’il tenait fut tué par une balle,
Le bruit de la bataille le grisait; le vieil instinct guerrier prenait le dessus ; il eut voulu se voir dans is mêlée. Lorsque les fédéraux s’élancèrent au pas de eharge en poussant le cri traditionnel, il s'oublia jusqu'à dire tout haut :
—Voilà une charge ou je ne m’y connais pas,
—Entendez-vous ce maudit bushwhacker dit, en dés gnant Eugèns, l’un des cavaliers restés pour tenir les chevaux. Il parait qu'il connait cela, une charge, bien qu'il ait toujours prétendu n’avoir jamais pris les armes,
Eugène se mordit les lèvres,
— Je connais cela pour en avoir entendu parier dit il,
Le combat fut très meurtrier surtout pour les fédé: taux. De l'endroit où se trouvait Eugène, il vit passer plusieurs blessés qu'on portait en arrière, et il remaraua
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entre autres le général de la brigade, qui avait reçu une balle dans l’aine et qui était mourant.
Le soir venu, les fédéraux étaient battus sor toute la ligne. Pour nous servir de l'expression d’un confédéré, ils étaient venus chercher du sel et ils avaient été poivrés
d'importance, Il fallut monter à cheval et s'enfuir à toute bride,
Lorsque l'avant-garde des fuyards s’engageait dans un défilé, elle était à pen près certaine de trouver le chemin bluqué en avant, Un ennemi invisible et toujours insaisissable se tenait embusqué sur les pentes des montagnes, d'où il faisait dégringoler de grosses pierres, ou fusillait sans merci les cavaliers fédéraux, Il fallait alors prendre le temps de déblayer la route ou de fran chir les obstacles ; puis on se remettait au galop, abandonnant les morts et les blessés à le tendre merci du détachement lancé à la poursuite de Burbridge.
Ce n’était plus une retraite ; c'était une déroute com. plète. Les rebelles qui étaient du pays et connaissaient tous les chemins de traverses, avaient lancé de nombreux partis qui, par des routes détournées, ailaientatrendre les | fuyarés au passage et les foudroyaient sans qu'il fut possible à ces derniers de se défendre,
Les chevaux, harassés par une lougue merche n’en. pouvaient plus! Pour une longue distance, l’infanterie vaut mieux que la cavalerie. On ne le croirait pas, mais pour ce qui est de résister à la fatigue et aux privations, un homme peut faire mourir dix chevaux, Lorsqu'il s'agit de faire promptement une expédition de deux ou trois jours, la cavalerie est très utile, mais cinq
ou six jours de marche forcée mettent les chevaux sur les dents.
Deux jours après la bataille de Saltville, un grand : nombre de cavaliers américains, dont les chevaux n'a- l vaient pu suivre les autres étaient tombés au pouvoir des eat rebelles, D'autres voyant que leurs cheyaux ne pouvaient plus marcher les avaient abandonnés et marchaient à pied, Eugène était de ce nombre. Il craignait beau. coup de reiomber entre les mains des rebelles qui, s'ils | le reconnaissaient, ne manqueraient pas de le fusiller à comme déserteur,
Un grand nombre de chevaux et de mules, car il y avait des mules dans la cavalerie de Burbridge, avaient E* été abandonnés tous sellés partout le long de la route TN et broûtaient l'herbe du chemin, Eugène avisa une mule qui paraissait en assez bon ordre et sauta en selle. Il rl fut bientôt obligé de l’abandonner à cause de l'odeur qu’elle répandait, Toute la partie de son dos qui était couverte par la selle était une plaie vive où les vers s'étaient mis. {1 reprit ea route à pied en compagnie do nombreux cavaliers qui faisaient d'inutiles efforts pour faire prendre à leurs montures une ailure plus vive que | le pas, et vers le soir, il s'appropria un vieux cheval. blanc qu'on venait d’abandonner, Comme le soleil se Fi couckait le groupe où il se trouvait fut rejoint par plu. sieurs cavaliers qui avaient réussi à mettre leurs chevaux au galop et qui les dépassèrent en criant :
Vous allez être faits prisonniers. L'avant garde de Morgan n’est pas à deux milles en arrière, Tous ceux des nôtres qui sont pus loin ont été pris.
Chaque cavalier enfonça ses éperons. dans les flancs de son cheval qui gémit de douleur et se porta en avunt, aussi vite que ses jambes fatiguées pouvaient le conduire. Le cheval d'Eugène fit même ua bon demi arpent au trot et reprit son train de route ordinaire, qui ressemblait assez au pas d école ou slow march du fantassin auglais, Eugène eut beau jouer de l’éperon, il se vit bientôt absolument isolé de ses camarades. Le cheval n'en pouvait plus,
Eugène mit pied à terre, se débarrassa de ses grandes bottes et prit sa course. Il voyait au loin, en avant, la lueur du camp reflétée au firmament, Il continua sa marche pendant deux heures, se remettant au pas ordinaire lorsqu'il était trop fatigué puis reprenant sa course lorsqu'il s'était un peu reposé, et il arriva au camp, qu'il trouva abandonné,
Les feux brûlaient encore et étaient même arrangés de fagon à éclairer pendant toute la nuit. On en avait sllumé un très grand nombre, et Eugène comprit que c'était une ruse pour engager l'ennemi à se tenir à distance respectueuse, et pour permettre à ce qui restait de l’armée d'employer le reste de la nuit à tâcher de se rendre en lieu sûr. Jugeant avec raison qu'il ne serait pas dérangé par les rebelles en cet endroit, il fit rôtir quelques épis de maïs, reste du repas de quelque cheval ou de quelque mulet, puis se coucha auprès d’un feu où il dormit toute la nnit. Le lendemain, il reprit sa route, sentant bien qu’il lui serait impossible d'aller bien loin sans être arrêté. En effet, comme il allait dépasser la première maison, trois Virginiens sortirent armés de ces lon-
ter que ;
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gros gibier | XLVII--LE3 ÉTAPES D'UN PRISONNIER LE GUERRE.
rois hom. dl je
ne, mais Pauvre Eugène. Ses perspectives d'avenir étaient
8, et de ; join d'être riantes. [semblait être fatalement destiné
rude à tomber toujours de Oharybde en Scylla Le danger le plus immédiat pour lui était la rencontre possible et même très probable de quelqu'un qui l'avait connu au
Tème régiment des voleurs de chevaux de Morgan, puisqu’il avait été pris précisément par des hommes apparte-
" nant à cette brigade. S'il échappait à ce danger, Îl sein rait envoyé à Richmond où il courrait risque d'être re- # L connu. Autre inconvénient : lors même qu'on se con-
{ tenterait de le traiter comme simple prisonnier de guer-
re, il serait échangé tôt ou tard et probablement renvoyé | au 14ème où il aurait à répondre de sa désertion à l’ene É |. nemi. Il ne voyait plus aucune issue, De quelque 1. côté qu’il se tournêt, il entrevoyait ls mort comme le terme fatal qui devait être précédé d’une période plus ou moins longue de misères et de souffrances. | 1% Fit Les trois Virginiens se mirent immédiatement en dE ‘À route à travers les champs avec leur prisonnier. À deux 8 ou trois milles de là, ils le remirent à quelques hommes de cavalerie, Ces derniers avaient déjà sous leur garde cinq prisonniers : deux blancs et trois nègres, Les nè: | gres étaient d'anciens esclaves pris lesarmes à la main. ; { Les deux blancs étaient un officier fédéral déguisé et un [ N planteur cordonnier qui lui avait donné asile.
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