‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 45 sur 74 · D DUT 8 LEE · texte numérisé non relu

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Les gardes ne se gênaient pas pour dire que ces cinq Personnages paieraient de leur vie le crime dont ils s'étaient rendus coupables envers la Confédération. L'officier fédéral ayant été tronvé déguisé en dedans des lignes confédérées, devait être traité comme espion. Le planteur devait être fusillé comme traître, mais on se contenterait de les livrer aux autorités qui leur pro- Cureraient l'occasion de se défendre devantrun conseil de guerre, Quant aux nègres, il était pas nécessaire de faire tant de cérémunies, les gardes se chargeaient de les fusiller sans aucune forme de procès.

On se mit en marche par des chemins détournés, les gardes à cheval, les prisonniers àpied. Lorsqu'on passait à proximité de quelque endroit où il y avait des troupes fédérales, les prisonniers s'en apersevaient car on les for. çait à courir,

Vers midi, l'escorte jageant qu'on avait parcouru assez

. de chemin pour ze pas avoir à craindre une surprise de.

la part des fédéraux, fit une courte halte pour délibérer sur le parti À prendre au sujet des nègre. L'un de ces derniers était ua colose de six pieds trois pouces, taillé en Hercule. Sacrifier un pareil esclave, eut été une folie. Les gardes s'errangérent ensemble pour se diviser le prix qu'il pourrait rapporter et lui firent grâce.

Les deux autres eurent beau se lamenter, leurs sup-

plications furent inutiles. L'un des cavaliers leur ordon-

ns de rester avec lui en arrière, tandis que l'escorte et les autres prisonniers se remettaient en route. A peine avait-on fait un demi-arpent, qu'on entendit einq déton.

nations successives accompegaées de cris de mort ; le

cavalier reparut, recharges son revolver qui famait encore et se mit à causer tout comme s'il sut fait une bonn6 action. Ce que c'est que le préjagé ! Ce soldat n'avait pas l'air d’un homme trop méchant , ruais il avait reçu une éducation qui lui avait permis de tuer ces deux nègres sans plus de remords qu'il en aurait éprouvé s'il eut tué deux chiens enragés,

Le soir, on loges chez un général de brigade de l'armée confédérée, où le grand nègre entra en qualité d'esclave, Le général était âgé d’une soixantaine d'années et paraissait un genéleman accompli. Il appartenait à l'armée de Lee et était venu passer quelques jours dans sa famille, en congé d'absence,

—Je me demande, ditil à Eugène, ce que la Confédération a bien pu faire au Canada, à l'Irlande à l’Allemagne, à la France et à tous les pays du monde, pour pousser les gens de ces divers pays à venir la combattre.

Eugène lui ayant dit qu'il n'avait pas été pris lea ar. mes à la main, et que tout ce qu'il demandait c'était de retourner au Üanada, il répondit :

—Vous m'avez l'air d’un charmant garçon, mais vous êtes comme old dog Tray, vous avez été pris en très mauvaise compagnie,

Eugène n'avait rien mangé depuis la veille et encore... Il avait cessé de faire bombance dès le soir de Ia bataille, La misère avait commencé avec la retraite de Burbridge. On prit le souper et le déjeûner chez le général. O'étaient les deux seuls repas qu'Eugène devait prendre durant les deux jours suivan. à l'exception d'un

repas de chataignes que la garde permit aux prisonniers de ramasser dans un bois le long de la route,

Le lendemain soir, on arrivait à un endroit nommé Lebanon, juste à temps pour ne pas recevoir de rations, D'autres prisonniers attendaient le départ d’un train de wagons à marchandises qui devait les conduire à Libert y

On fit entrer Eugène et ses compagnons dans un wagon à bétail déjà encombré de prisonniers parmi lesquels se trouvaient une trentaine de blessés, Il fallait attendre encore une heure durant laquelle la locomotive, sans cesse en mouvement, soit pour laisser un wagon sur la voie de garage, soit pour en ajouter un autre à la longue file qui devait composer le train, reculait ou avangait, préciritant les prisonniers les uns sur les autres et arra-

che: ‘c: cris de douleur aux malheureux blessés , "4 “uit froides sont la règle générale et non l'excepüon on Virginie, même pendant la saison d'été, Or, cette

uuit à», {1 faisait beaucoup plus froid que de coutume, et il tomba deux pouces ee neige, un fait considéré comme sans précédent à cette époque de l'année par les plus anciens habitants du pays. C'était la nuit du 7 au 8 octobre 1864, et Eugène s’en rappela toujours dans la suite comme d’une nuit de misère innénarrable, Et cependant il voyait à ses côtés de pauvres blessés qui étaient encore plus à plaindre que lui. Le wagon était ouvert à tous les vents, étant construit à claire-voie comme tous lès wagons à bétail, On s’y trouvait trop à l'étroit pour se donner du mouvement et c'était faire preuve d’une barbarie bien inutile que d'y enfermer les prisonniers tne heure . avant lo départ du train, Enfin le convoi se mit en

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marche, et vers minuit on débarquait les prisonniers à Liberty, où ils durent attendre pendant deux heures l’arrivée d’un autre convoi. Il leur fallut descendre dans la neige, et Eugène, dont les pieds nus avaient été meurtris par deux jours de marche forcée, trouva bien 16ngues les deux heures qu'il dût passer à attend tro convoi en sautant sur place pour combattre le froid. Le train arriva enfin, et les prisonniers prirent place dans un wagon affecté au transport des voyageurs, mais dont l’intéricur ne ressemblait en rien à celui des wagons de première classe, La journée se passa sans qu’on offrit la moindre nourriture aux prisonniers, La neige avait disparu de— vant les premiers rayons du soleil et la journée fut même passablement chaude,

Vers sept heures du soir, on arriva à Lynchburg où les prisonniers furént conduits en prison pour y passer la nuit. Naturellement, ils arrivèrent trop tard pour recevoir des rations. Il durent coucher sur le pavé en pierre de la cour de la prison. Le lendemain matin, on leur. distribua à chacun une livre de pain de blé,qu'ils se hâtè rent de dévorer en l’arrosant de l’eau d’une pompe située dans la cour. Cela devait leur durer jusqu’au lendemain matin mais, une heure après la distribution, on eut valcement cherché une miette de pain parmi tous ces affamés,

Dans le cours de l’avant-midi, ils prirent place dans un convoi à marchandise qui les déposa vers le soir à Danville, On les conduisit à la prison, où ils eurent le privilége de baîller à leur aise pour remplacer le diner qui n’était pas venu et le souper absent. Ils ne furent

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