AN
J'ai crié quand même, parceque je le savais trop lâche pour mettre sa menace à exécution.
Vous ont-ils enlevé votre argent ?
—Non. Ils n’en ont pas eu le temps, LT ’ont fouil. 16 que mes goussets de pantalon et il n'y avait rien de. dans. Je vous dénonce celui-ci comme leur complice.
Ta mens, interrompit le factionnaire.
Eugène hors de lui-même, s'élançga pour le frapper, Un homme de police le retint.
—Calmez-vous. Vous voyes bien que cet homme est armé et qu'il est en devoir,
—C'est vrai ; mais n'ya til pas moyen d'obtenir justice ? Si vous ne pouvez pas arrêter celui-ci parcequ’il est en faction, vous pouvez sans doute arrêter les trois autres, Il y en a un que vous pourrez reconnaître, Je l'ai marqué à l'œil avec mon talon de botte,
—Nous ne pouvons pas les arrêter parceque Ce sont des militaires, mais leurs officiers sont à bord et nous allons faire rapport.
—L'un de vous auratil la bonté de rester ici pendant que l'aûütre ira chercher un officier pour que je lui parle, Si vous me laissez seul aveo ce malotru, ce n’est pas lui qui me défendra contre les autres qui pourraient bien éprouver l'envie de venir se venger de leur insucoès.
L'un des policiers s’éloigna et revint occompagné du major Brady, le nouveau commandant du Fort Trumbull, un gontilhomme celui là, et qui n'avait (aucun lien de parenté avec le sergent-major Brady. Eugène
: l'avait connu simple lientenant et l'avait vu en dernier
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la 2ème division du bème corps d'armée, Il écouta assez froidement les récriminations d'Eugène qui se plaignit en termes «mers de la façon dont il avait été traité et qui termina en disant :
—Jusqu'à présent je m'étais figuré que dans un pays libre comme celui-ci, on devait au moins nourrir les pri: sonniers, et les protéger contre les insultes et les mau: vais traitements. Il paraît que je m'étais trompé, Il est neuf heures et je n'ai pas encore soupé; par contre, lorsque deux sergents et un soldat ont voulu me voler ce factionnaire leur a prêté main-forte,
— Nous allons voir à cela, dit le major. qui s'éloigns pour donner des ordres,
On envoya à manger au prisonnier, La sentinelle fat relevée et remplacée par une autre- Quant aux autres coupables, Eugène ne sut jamais s'ils furent punis. Seulement, il apprit que durant le môme voyage, Brady eb d'autres soldats de son acabit avaient ouvert des caisses de marchandises, volé des souliers qu'ils avaient vendus, et s'étaient emparés d’un fusil de chasse appartenant à un passager et qu'on lés forga de restituer à qui de droit. ;
Le voyage se termina sans autre incident, On :-riva à New-London vers minuit et l'on se rendit à pied au. Fort Trumbull où Leduo fat logé à la salle de police. I! connaissait l'établissement pour y avoir souvent monté la garde, mais c'était la première fois qu'il entrait dans le compartiment réservé aux prisonniers. Avant de l’introduire dans ce compartiment, leisergent de garde lui dit
—$Si vous avez quelque argent ou objet de valeur,
. vous feriez mieux de me les confier, car les respectables *
personnages qui sont enfermés dans cette boîte ne manqueraient pas de vous les enlever.
Ce qui venait de lui arriver à bord du batsi n'était guère de nature à inspirer à Eugène une foi robuste en l'honnêteté des sous-officiers de fabrication récente, mais il se dit :
—$i celui-ci est un voleur, au moins c’est un voleur poli. J'aime mieux me faire voler par lui que par les autres,
Et il donna au sergent son porte-monnaie qui contenait peu de chose : un porte-cigare d’une piastre, et un canif d’une piastre et demie. Puis il entra dans son nouveau logement.
—Fresh fish \(poisson frais,) crièrent une dizaine de ‘voix, et une dizaine de soldats entourèrent le nouveau venu. ;
On l’accablait de questions, et il se disposait à y répondre, lorsqu'un homme placé en arrière lui rabattit une couverte sur la tête. On le renversa par terre ; on lui maintint les bras et les jambes et l’on retourna toutes
-8es poches. !
.—Nous sommes volés ! dit l’un des maïlotrus en administrant un coup de pied à Eugène. Voilà pour t’apprendre à entrer ici sans le sou.
Tous lâchèrent prise et allèrent s'asseoir autour de la salle en laissant la couverte sur la tête d'Eugène qui se releva un peu penaud.
—Le poisson frais qui entre icia besoin d’être salé:
dit le chef qu’on appelait Black-Jack, C'est le procédé d'initiation, Vous avez été salé et vous êtes l’un des nôtres,
— J'en suis flatté, répondit Hugène. Vous me paraissez tous être des gens éminement respectables, mais le procédé dont vous parlez me paraît un peu grossier, Passe encore pour cette partie de la cérémonie qui, dans le monde civilisé, ss nommerait une tentative de vol, mais vous n’aviez pas besoin de me frapper. Je suis faible, malade et exténué par six mois de privations, mais je me sens encore capable de battre le lâche qui m'a frappé, quel qu'il soit, pourvu que les autres n'intorviennent pas.
—ÆEh bier ! c’est moi, dit un petit brun en se levant, et je prends la responsabilité de mon acte,
—Ah ! G'est toi qui montre de telles dispositions pour la savate. Attends un peu : je vais te donner une leçon,
Le Yankee s'était mis en garde.
—Allons, vous autres, dit Eugène. C’est à coup de pied que j'ai été frappé. O'est à coup de pied que je vais le frapper. Me promettez-vous de ne pas interveair, se
—Afez-y. Nous n’interviendrons pas. Bob se fiche pas mal de tes coups de pieds-
— Alors, qu’il guette celui-ci... et celui-là... et oeluilà ! Qu'en penses-tu Bob ? Comment celui-ci s'ajuate-til sur ta mâchoire ?
Quelques coups de pieds bien appliqués avaient mis le Yankee hors de combat et il prit le parti de demane … der quartier. :
Maintenant, dit Hugène. Puisqu’il nous faut restet ensemble je vais tâcher de ne jamais offenser personne, mais je vous jure que si je ne crève pas le premier d’entre vous qui s'aviséra de me frapper, c'est que je ne le pourrai pas.
Il n’osa s'endormir de la nuit, de crainte qu'on ne profitat de son sommeil pour le battre, et bien décidé à nier comme un possédé si l’on se mettait à deux ou trois
pour le frapper.
Le lendemain, Bob sortit de la salle de police, ce qui
rassura un peu Eugène, mais les autres eurent beau pro: tester qu’ils n'avaient pas l'intention de le venger, il n’en continua pas moins à se tenir sur 888 gardes. Naturellement, le sergent de garde, qui futrelevé par ‘an autre le lendemain matin, oublia de lui remetire son argent. Leduc en fit son deuil d'assez bonne grâce. La somme n'était pasronde et 11 lui eut été difiicile de la
consérver dans le milieu où il se trouvait, Chaque fois qn'un nouveau prisonnier arrivait, on le
soumettait à l'épreuve de la salaison et Eugène acquit bientôt la conviction que quelques-uns des sergents de garde s'entendaient avec les prisonniers pour dépouiller les nouveaux venus. Una fait qui eut lieu de l'étonnér, c'est que Black-Jack fet quelques-uns de ges amis trouvaient moyen de sortir la nuit et revepaient se constituer prisonniers avant qu’il fit jour. Autre infraction aux règlements, Black-Jack avait-un :evol: ver dans sa poche bien que le devoir du sergent de garde l’obligeat en metiant un homme au clou, à lui euléver toutes les armes offensives qu'il pouvait avoir en sa posersion, ;
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LVI—Regrour À ANNAPOLIS.
Eugène s'était fait inscrire sous le nom de James Randall, et refusait de répondre à l'appel lorsqu'on pronongait son véritable nom ; de sorte qu'au bout de sept à huit jours, les autorités avaient fini par accepter son nom d'emprunt, du moins pour appel des prisonniers. Quelque temps après son arrivée au Fort Trambull on l'avait transféré au vieux magasin transformé en prison pour les accusés qui devaient passer conseil de guerre.
Si les hôtes de de la salle de police n'étaient pas ce qu'il y avait de plus recommandable sous le rapport de l'honnêteté et des mœurs, que dire de la plupart des hôtes du magazine} On avait enfermé là une vingtaine d'hommes et, sur ce nombre, il y en avait bien dix qui étaient [de véritables bounty jumpers. Ceux-la étaient des criminels endurcis, et l’un d’entre eux se vantait de s'être engagé dix-neuf fois: Ils portaient les fers aux , pieds et traînaient un boulet de trente livres au bout d’une chaine de six pieds. Les autres étaient des déser- : teurs ordinaires ou des soldats accusés de contravention grave au code militaire.
Le magasin, qui avait été construit pour y mettre des munitions, n’était éclairé que par une seule grille excesgivement étroite jui, ‘pendant le jour laissait percer
un mine filet de lumière. Le séjour de cette géole était
FASO PRES AT SP MES RORRRS JE | ei = AmesAmiITe% en ao triste, mais il était as beaucoup préférable à celni
UN REVENANY
de la prison Libby. On y avait un peu moins de lumière, bien chauffé et l’on y mangeait copieu-
mais on y était sement. Eugène engraissait à vue d’
œil, malgré l’étran-
geté de sa situation qui eut du lui inspirer beaucoup
d'inquiétude.
Un jour, une escorte vint prendre les prisonniers pour les conduire sur le champ de Mars, où toute la garnison
était déjà sous les armes.
Il s'agissait de lire les sen-
tences prononcées par la cour martiale ou conseil de guerre siégeant au Fort Trumbull,
Eugène avait déjà assisté à une cérémonie de ce genre à Catletts Station, où il avait entendu condamner à mort un de ses camarades qui, l’année précédente avait été trouvé endormi sur son poste en présence de l'ennemi. La sentence n'avait pas été approuvée et Cooley, le condamné, avait été gravié, ce qui ne l'avait pas empêché de déserter quelque temps après. Onne l'avait jamais revu.
Il y avait près d'un an de cela, et il s'était passé bien des évènements depuis ce jour où Eugène bien brossé et bien astiqué avait figuré l'arme au pied à cette parade du camp Virginien. Maintenant, c'était comme prison-
nier qu'il al condamnations mais à une série d’ révoltantes,
lait assister non-seulement à la lecture des exécutions des plus
Onze des compagnons d'Eugène étaient condamnés à la peine suivante :
Tls devaient être, séance tenante, brulés à la joue avec un fer rouge ayant la forme de la lettre D, pour signifier