‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 61 sur 74 · LX—UNE VITE À PINGREVILUD · texte numérisé non relu

LX—UNE VITE À PINGREVILUD

Peu de temps après son retour eu pays, Eugène eut occasion!d’aller à Pingreville, et ilen profita pour se rendre chez M. Latour. Il connaissait ce dernier de réputation seulement, mais ce n'était pas lui qu’il tenait à voir, c'était cette Louise dont Léon Duroc lui avait parlé aveo tant d'enthousiasme. Il y avait près d’un an que ce pauvre Léon était tombé à ses côtés, frappé d’une balle à l'épaule gauche. Au milieu des dûres épreuves qui l'avaient assailli depuis, Leduc n'avait jamais perdu le souvenir de cet ami regretté.

Plus d’une fois, il s'étoit dit que s'il eut suivi les conseils de Duroc, il n'aurait jamais déserté, et aurait évité les misères sans nombre qu'il avait endurées depuis son départ du régiment. En mémoire de l'amitié qui ‘es avait unis, il se considérait comme tenu d'aller voir celle que Léon avait tant aimée, pour lui dire comment il avait lui-même appris à apprécier son noble caractère ; pour l’assurer qu'il était mort digne d'elle et toujours fidèle au souvenir de sa Louise adorée.

Avant de se rendre chez lo marchand, Rugène s'était informé discrètement sur le compte de Louise. S'il eut appris qu'elle s’était engagée dans de nouveaux liens, il se serait bien gardé de faire cette visite. Ilse serait dit: Cette Louise est une coquette qui n'était pas digne de l'amour d’un homme comme Léon; n’allons pas fat:

ter sa vanité en lui racontant jusqu'à quel point elle était aimée par cet homme qu'elle n’a pas eu le cœur de regretter, D'ailleurs, je ne suis pas sûr que je pourrais m'empêcher de lui faire des reproches, et si je lui en faisais, cela ne serait guère convenable de ma part.

Mais tout le monde s'acoordait à dire que Louise, qu’on avait connue rieuse et enjouée avant le départ de Duroe, était en proie à la mélancolie et qu'elle avait pris la forme résolution de ne jamais se marier. Dans une petite ville, chacun conuait les affaires de ses voi sins bien mieux que les siennes propres et, bien que ni Louise ni ses parents n’eussent jamais dévoilé à personnes les causes qui avaient motivé une aussi étrange détermination de la part de la jeune fille, tout le monde avait deviné que le départ précipité de Duroc et sa mort prématurée avaient brisé le cœur de Mlle Latour.

Dans ces circonstances, Eugène orut qu'elle lui saurait gré de lui raconter ce qu'il savait sur le compte de son ami défunt. Ile rendait chez M. Latour et demanda Louise. On l'introduisit dans un salon où il attendit quelques instants au bout desquels il vit paraître une blonde charmante vêtue d’une robe noire. ke

C'est bien mademoiselle Louise Latour que j'ai l'honneur de saluer, dit-il en se levant et en s’inclinant.

—QOui, monsieur, ’

—Pardonnez-moi, mademoiselle, si j'ai pris la liberté de me présenter ioi, moi qui n'ai pas l'honneur de vous

connaître personnellement. Je me nomme Ledue. J'ai. .

gervi dans l’armée américaine où j'ai connu intimement . : qu'un qni vous portait beaucoup d'intérêt,

| A ces mots, Louise fut prise d’un tremblement ner. veux. Il lui sembla que 1 usait de ménagoments pour la préparer à l’idée de revoir Léon vivant, Peut être était il envoyé par Léon lui-même pour lui annonce: la nouvelle de son retour ! L'espoir, la crain. te, l'anxiété, la douleur et la joie, tout cela se combats ‘tait en elle, et la mettait à la torture. Elle aurait voulu crier. et elle craignait de se trouver mal. Elle réussit pourtant à dompter son émotion, pas suflisammeni ‘pour que son trouble échappat à l'œil scrutateur d'Eugènv, mais assez cependant, pour pouvoir de nander, d’une voix qu'elle s’efforgait en “ain ne rendre calme :

—Etait-ce M. Duroc? Quand l'avez vous vu la üernière fois ?

C'était M. Duroc ? Hélas, notre dernière entrevue & eu uu dénouement bien tragique. Le souvenir de cette fatale journée restera toujours profondément gravé dans ma mémoire. Il y a près d'un an de cela, et je le vois encore, comme à l'ivstent où il est combé entre mes bras, - frappé ax la balle qui devait causer sa mort trois jours après.

—Ah ! mon Dieu ! U'était done vrai l s’écria Louise en selsisr:ni tomber sur une chaise, rt en ne cherchant plus à retenir les larmes qui la suffoquaient,

—Mille pardons ! mademoiselle, dit Fagène, je venais pour vous consoler, et j'ai 1 .adroitement fait disparaitre une illusion que ’s conserviez sans doute, puisque :. vous semblez étonné ap: andre la mort de mon ami Léon. Si j'eusse er. que vous espériez encore le revoir vivant, ce n’est pas moi qui aurais eu la cruau.é de vous

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détromper, mais que dis-je ! L'espoir que vous conserviez esttoute une révélation pour moi. S'il était vivanti C'est moi maintenant, moi son ami, qui vous demande des consolations, Auriez vous reçu de ses nouvelles ?

—Pas depuis le 15 juillet de l’année dernière. Mon

père a écrit au 14ème régiment et a reçu du commandant une lettre l'informant que M. Duroc était mort à l'hôpital le 23 juin. Ne vous faites pas de reproches. Cet espoir dont vous parlez, c’est vous seul qui l'avez fait naître. Lorsque vous m'avez parlé de Léon Duroc, je me suis sottement figuré, que vous veniez démentir la nouvelle de sa mort, mais je comprends maintenant que vous vouliez tout simplement Me parler d’un ami défunt, que vous regre ttez et qui vous & parlé de moi. Jo vous remercie de votre bonté, Parlez-moi de lui. Racontez moi ses derniers instants, Vous me voyez calme maintenant, et je vous promets de ne plus vous ‘aterrompre.

—Le 16 juillet, j'étais encore au régiment. J'en suis parti la derniére fois le 15 août, et alors on n'avait pas regu, sur le compte de Duroe, d'autre nouvelle que celle qui nous a appris sa mort trois jours après qu'il eut été blessé. Il est évident que l'officier qui a écrit cel: n'en

- gavait pas plus long que moi. Mais, j'y pente, mainit

nant, continua Eugène comme s'il se fut parlé à i:. même, lorsque cette nouvelle nous est arrivée de lnôpital on disait que la balle, après avoir traversé le. bras gauche était entré dans le côté d’où elle n'était pas. ressortie ; qu'elle s'était enfoncée par son propre poida vers la région du cœur ; or, moi je suis bien certain que,

Duroc n'a pas été blessé au bras, mais à l'épaule, Esaste man a même prétendu que la balle était ressortie dans le dos. Je ne suis pas retourné au régiment depuis le 15 août. Si Duroe était revenu après avoir passé six mois à l'hôpital ! Mais c'est impossible, dans ce os, {l vous aurait écrit,

En effet, il m'avait déjà écrit une première lettre. Elle m'est parvenue en même temps que la nouvelle de sa mort, de sorte que je ne lui ai pas répondu, mais j'ai l'adresse du régiment et je vais écrire de nouveau, bien que je n'ose plus espérer.

— Ecrivez toujours, il vous répondra à vous s'il est vivant, Moi je ne restorai peut-être pas assez longtemps dans le pays pour recevoir sa réponse et, comme je suis déserteur du régiment, il serait imprudent pour lui de me répondre si je retourne aux Etats-Unis,

— Hélas ! je crains bien que la triste nouvelle ne soit que trop vraie, mais vous ne m'avez encore rien dit de ce que vous aviez l'intention de me raconter en venant ici, Vous avez été son ami, c'est’ un titre à ma confiance et j'ai hâte de savoir tout ce qui lui est arrivé pendant sa courte carrière militaire, N'ayez pas peur d’être trop long, et soyez certain que je guivrai avec beaucoup d'intérêts jusqu'aux moindres détails de votre récit.

Eugène raconta alors tout co qu'il savait sur le compte de Léon, et ne manqua pas de faire ressortir 88 bra- . voure, sa vaillance, sa noblesse de caractère. Louise ” apprit ainsi dans quelle circonstance, Grippard et deux autres, dont Eugène ne connaissait ‘pas les noms, g’étaient entendus pour enlever à Durèc les #1,000 de M,

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Latour. Satlsfaite de pouvoir constatér quelle avait deviné juste, elle se promit de n’en rien dire à moins que l’on ne s'avisat de mettre encore on doute l'honorabilité de Léon. La conversation se prolongea assez longtemps, et Eugène sefretira en emportant la conviction que Louise répondait parfaitement su portrait que lui en avait fait Léon,

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