‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 62 sur 74 · LXT—LA NOSTALGIE DE LA DÉSERTION · texte numérisé non relu

LXT—LA NOSTALGIE DE LA DÉSERTION

Eugène avait pratiqué plusieurs métiers, mais il n’en avait appris qu'un seul à fond : celui de déserteur, Celui: là par exemple, il le savait assez pour avoir pu se livrer à l’escamotage des primes, s’il eut été malhonnête et si la guerre eut duré, Mais il s'était ‘fait déserteur comme il s'était fait soldat : un peu par étourderie et beaucoup par amour de la gloire, S’être proposé pendant quatre ou cinq aus de devenir soldat français, et consentir à un engagement pour cinq ans dans l’armée américaine, en croyant prendre un moyen détourné pour atteindre ce but, ce n’était pas faire preuve de beaucoup de loyique ; mais quitter deux fois son régiment dans l'espoir que les confédérés lui fourniraient les moyens de se rendre au Mexique, cela n'était guère plus conséquent,

Pourtant, Leduc était loin d’être dépourvu de Jugement, Seulement, c'était une nature ardente, un origi nal, un jusouciant, qui suivait l'impulsion du moment sans s'occuper des conséquences, Une immense soif d'aventures l'avait pouseé à s'engager ; puis il s'était dit qu'il avait fait fausse route et que sa place était au Mexique, Il svait toute l’étourderie d’un enfant et toute l'énergie d'un homme.

Son excursion chez les guérillas auraît dû lui donner une leçon ; le fait est, que l’idée de déserter ne lui fut

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dre de se retiter avec la réserve en arrière de la ligne d'investissement et surtout si son ami Duroc fut resté à ses côtés. Chose assez curieuse, ce jeune enfant qui rèvait de consacrer sa vie à la carrière militaire, n’aimait ni la vie des camps ni la vie de garnison. Il avait sup= porté gaiement les misères, les fatigues et les privations des campagnes ; les dangers du combat avaient semblé le griser, mais 11 s'était senti pris de dégoût pour le régiment, :haque fois qu’il s'était vu condamner à l’inaction.

Deux fois, il avait déserté par pur caprice, mais le lecteur a. pu voir qu'il était ensuite devenu déserteur par nécessité, et pour fuir le châtiment qu’il avait mérix té en désertant à l'ennemi devant Petersburg. On s’habitue à tout; il eut été bien étonné si on lui eut dit qu'il avait pris goût au métier de déserteur, métier ingrat et improductif s’il en est, mais, sans qu'il s'en doutat le moins du monde, il était maintenant travaillé de la nostalgie de la désertion. C’est du moins ce qui ressort d’un nouveau coup de tête qu’il ft dans le cours de l'été et que nous devons à la vérité de consigner ici,

Eugène n’avait rien à faire ; {l s'était multiplié pour trouver du travail et n'avait pu se procurer un emploi permanent, Tous les marchands de la campagne avaient leur personnel au complet. Pour se placer à la ville il fallait s’y prendre longtemps d'avance et être fortement recommandé, A l’armée américaine, il avait bien appris à endurer la fatigue et à manier le fusil, mais, lorsqu'il s'agissait du maniement de la charrue, de la herse ou de la faulx, son iastruotion était des plus incom-

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dant la saison des récoltes en se livrant à des travaux manuels qui ne lui rapportèrent pas grand’chose et qui eurent d’ailleurs l'inconvénient de ne pas durer assez longtemps.

Ses parents, tout à la joie de l'avoir avec eux, ne s’apercevaient pas ou ne voulaient pas s’apercevoir qu'il: était d'âge à gagner sa vie, mais lui s'en apercevait, et il se disait qu'au lieu de contribuer à augmenter la gêne dans laquelle la famille se trouvait, il devait s’efforcer de lui venir en aide, Eugène devinait bien un peu ce que l’on disait sur son compte en son absence, Quelques propos qui lui furent rapportés par des amis obligeants achevèrent de le renseigner, Voici en substanse quelle était l’opinion la plus accréditée parmi les bons habitants qui auraient voulu façonner tout le monde dans le moule d’où ils étaient sortis :

4 Fugène avait été absent pendant près de deux ans et il était revenu sans le sou. Donc, c'était un dépenser, un bon à rien, un rien-qui-vaille. Il ue serait jamais qu'un gueux. Ilavait gaspillé tout le temps de son enfance à aller à l’école et il ne savait pas travailler, C'était un sans-cœur, puisqu’au lieu de rapporter de l'argent à ses parents, il venait se mettre à leur charge, lorsqu'il aurait du gagner sa vie,

Cette dernière accusation alla droit au cœur d'Augène. $ .ns doute elle était injuste et prématurée, mais il y avait du vrai dans ce raisonnement brutal, ŒÆlle était injuste aux yeux de tout homme impartial qui savait que, blen loin d’avoir pu amasser de l'argent à l’armée

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