‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 67 sur 74 · D UN REVENANT · texte numérisé non relu

D UN REVENANT

Naturellement, ses adversaires dans cette double lutte n'étaient rr4 de taille à se mesurer avec lui. (O'étaient tou stmplement d'honnôtes ghns. Des naïfs, quoi : Osrtouche st Mandrin s'ils eussent vécu, auraient peut être pu éÿalss Grippard en popuiarité. Mais, depuis ls mort

| reset . d'Entaya, surnommé Baptiste Pierre, il n'y avait plus au Canada un soul homme qui put être comparé à M, k. Laurent, «| Grivvañd un métier ER

Uue bangueroute phévoménale de ls part du nouvest

D ComMIMeEr-

député, suivit de près son élection. Cette faillite entraî- Le fait ont pa la ruine de plusieurs maisons bien établies. Un com: une désin merçant de grain, qui passait pour millionnaire, se vit O'était un réduit à la besace pour avoir endossé les billets de M. pourvu de Grippari, | sait s'il loi Avant que ls nouvelle de sa déconfiture ne fut conait toujours |: nue, ce dernier résolut de tirer le meilleur parti, possi-

1h ble du crédit dont il jouisait encore auprès des mar= de bois de chands de ls campagne. ‘Il creva plusieurs chevaux, à ieries do brûler la distance entre Montréal et Trois Rivières de navires et 1: chaque côté du fleuve. Il arrivait devant un magasin de. Une T ou une forsae dont le propriétaire le considérait comme grain qu'il son bienfaiteur, échangeait son cheval fourbu pour ui e de payer Ÿ autre, promettait de payer la différence entre la valeur, Fr des deu£ bêtar, empruntait 850 ou #200, au campagnard

nt pas res- et repartait à bride abattue. | s de 1867, . L’individu qu'il venait de flouer se frottaît les mains mtéa dis. avec satisfaction. Prêter de l'argent à M. Grippard! fat élu à

ob à l'As-

vos

avait floués soutenait qu’il paierait vingt chellas dans le louis, Dès que Grippard eut complété sa tournée d'exploitation de la bêtise humaine, il réunit ses créanciers et laur offrit de composer à 50cts dans la piastre. Tous - tefusèrent péremptoirement, Plus tard, il leur offrit 25 ets qu'ils refusèrent encore. Une troisième assemblée eut lieu, et Grippard eut la condescendance de traiter ses créanciers au champagne, —Buvez, tas de maudits, leur ditil, Vous m'avez volé en détail: moi je vous vole en gros. (F) Je vous ai

d'abord offert 5Octs, puis 26cts et vous avez refusé.

Maintenant je vous offre 10cts dans la piastre, Acceptez cela ou vous n'aurez rien.

Une proposition si avantageuse et faite en termes ei polis ne pouvait manquer d’être acceptée et elle le fut immédiatement,

Les Européens qui lfront cette scène se diront peat être qu’elle estinvraisemblable, A cela nous répondrons qu'elle est vraie en tous points, Cependant, ils auraient tort d'en conclure que notre population est malhonnêta Chez nous, l’homme du peuple tient le banqueroutier frauduleux pour un voleur, et ila raison, Nos mœurs domestiques sont pures et si le sens morsl est un peu émoussé dans nos cercles commerciaux, la faute en eat aux Européens qui ont créé notre commerce et qu doïis nent le ton dans les affaires,

Ici corame ailleurs, la richesse faft pardonner bien des crimes, mais si L'on veut se fajre une idée du prefond

CRDP EEE 2. oc

(‘} Textuel,i

mépris que l'on a pour le banqueroutier, on n’a qu'à

remarquer le vide qui se fait autour de celui que la banqueroute a laissée sans lé sou. Il a beau s'être dépouil. -

16, avoir tout sacrifié pour payer ses dettes, on admire:

ra peué être son honnêteté, mais on ne iui pardonnera jamais sa pauvreté. +

Quant au failli qui s’est enrichi en volant ses créanciers, on le blôme très sévèrement pour ss malhonné-

teté, lorsqu'elle est trop évidente pour qu’on puisse

traiter d’envieux ceux qui disent du mal de lui, mais l'ad miration que l’on éprouve pour l’homme riche fait bien: tôt oublier le mépris que l’on voudrait avoir pour le vo: leur, Hélas ! nous ne sommes ss meëlleurs que les autres peuples sous ce rapport, mais ceux dont les compa-

. triotes ont toui fait pour corrompre nos mœurs commer-

ciales ot politiques auraient mauvaise grâce à jeter la pierre au peuple Canadien, lorsqu'ils voient un des nôtres faire cyniquement au fgrand jour ce que des Européens lui ont sppris à faire en cachette, | Grêce au compromis effectué entre luf et ses créanciers, Grippard put conserver ses deux mandats, Rendonslui cette justice que jamais les séances ne furent prolongées outre mesure par ses discours. Piût à Dieu qu'on eut pu en dire autant de certains braillards aussi longs que peu interressants, Son rôle se bornait à intrigue dans les coulisses, à figurer parfois dans les comités et à? voter du côté de l'opposition lorsqu'il n'était pas abaent de son siège an moment du vote, $ Toujours grand seigneur, s'il avait un voyage à faire, il aoliseit un bateau à vapeur et télégraphiait pour rote-

air uns chambre à l'hôtel, Il disait à qui vou.ait l'entendre que la politique ne lui importait guère et que 0e qu'il voulait, c'était de l'argent, I avait organisé une compagnie de chemin 4 lisses; il devint adjudicataire et principal entrepreneur des tra vaux de cette compagüie dout il avait été l’un des promoteurs en chambre, Il avait retrouvéfau parlement provincial son ancienne Gonnaissance, Alphonse Bagoulard, qui avait été élu par “acclamation dans un comté qu'il est inutile de nommer

ici ; mais les deux anciens amis se trouvaient dans des

camps opposés. Autant Grippard était silencieux, autant Bagoulard était loquace, Pas n’est besoin de dire qu'il remporta de brillants succès oratoires dans cette enceinte où sa réputation d'éloquence l'avait dès longtemps précédée, et tous ses collègues s’accordaient à dire qu'an avenir brillant lui était réservé.

Bohémier, plus abruti que jamais, achovait de ruiner dans les sales orgies sa santé délabrée par les débauches de toutes sortes, et l'opinion la plus généralement accré. ditée parmi ses connaissances était qu'il n'en avait pas pour longtemps à vivre.

Les amis £de Bagoulard le voyant appelé à jouer un rôle important dans lu politique songeaient à le ma: rier dans l'espoir de le ranger. Comme il était sans le sou et que son titre de député l'obligeait à vivre surun ton peu en rapport avec ses moyens pécuniaires, on avait dé: cidé de lui trouver une héritière, et Louise Latour était du BOMIDFS US Colics QUI Iui avaient été rec0Mitandée Celle, lui avait-on dit, n’est pas une conquête

l'en- à facile ; elle a refusé plusieurs partis excellents eb vous e ce ki aurez un mort pout rival,

h Fa —Diable, avait-il répondu, j'aimerais mieux pe ‘ sb D . \& à affaire à un vivant. Je tâcherais de lui faire commettre tre À 6 quelque bêtise en présence de la belle, où je m'efforce-

she 1 rais de le surpasser en amabilités ; mais allez donc lutter

he contre un mort ! Puisque son amour a survécu à l’objet lenne He LAC simé au point de lui faire tout sacrifier au culte du sou-

a par venir, cela prouve que c'est une femme de cœur, et il amer faudrait qu'un vivant fut bien parfait pour supplanter s des un être idéal revêtu de la figure d’un homme qui n'est su- plus 1à pour désillusionner celle qui l'adore. O'est égal, dire un pareil exemple de constance est sirare que cela pique sette ma curiosité, A quel chiffre cette intéressante beauté long- ® est-elle cotéo? die dire —A environ 830,000, plus les espérances. Elle est fille unique et le père Latour vaut bien $150,000, iner —O’est très joli, Et son physique, est-il prursble au iches moins ?

ccré- :—Pile est belle comme plusieurs anges, elle a th pas coup d'esprit et elle a l'air très distinguée. —Alors j "accepte la lutte, et je vais voir si cette perle jouer me résistera à moi qui passe pour un Don Juan dans un ma: certain monde.

8 SOU Quelques jours après oette conversation, Adolphe Ba. | peu goulard se fit présenter ches M. Latour, Il trouve Mme dé: Latour trèÿ minaudière, M. Latour, très avenant et était Louise belle, mais très réservée. Il profita de l’invitadées, à tion qu'on lui fi de revenir ei, queique temps après, &

déclarait sa flamme à Louixe, Il ne fut pas plus hou-

reux que les autres rivaux de Duroc, et il en éprouva un dépit d'autant plus violent que, sans le vouloir, ik était devenu profondément épis,

Il était beau, élégant, bien fait, plels d'esprit, de verve et de talent, C'était plus qu'il n'en fallait pour tourner la tête à la plupart des jeunes filles du pays. Sa réputation d’orateur brillant et son titre de député ajoutait encore à sa puissance séductrice, et cependant tout cela ne lui servait à rien auprès de Louise, Il avait bien réussi à enflammer Mme Latour, mais {l n'avait pas l'air de s’en apercevoir, S'il s’en fut aperçu, il eut été profondément humilié ot il eut considéré ce succès facile comme une amère dérision du sort,

* —Je ne vous demande pas d'oublier celui qui a été

‘assez heureux pour vous inspirer un sentiment aussi proford, disait-il à Louise, Je mourrais volontiers pour le plaisir d’être regretté par vous comme vous le regret. tez, mais s0yez sûre que vous trouveriez en moi un homme qui vous aimerait autant que M. Duroo aurait pu vous. aimer.

—Si je pouvais en aimer un autre que lui, répondait Louise, je ne vois pas pourquoi cet sutre ne serait pss vousemême. Vous me paraissez réunir toutes les qualités qu'une femme peut désirer chez celui qu'elle aime, mais si je vous disais que j'éprouve pour vous un. sentiment pouvant être comparé à celui qui m'a été inspiré par M. Duroc, je dirais une fausseté, Soyons amis, si vous le voulez, comme nous le serions si Léon était vivant, Car je crois qu’il vous aimerait, mais je vous prié de ne plus me mettre dans la pénible nécessité de refuser

n éprouva

vouloir, ik

rit, de verpour tourpays, Sa puté ajouadant tout y Il avait n'avait pas

il eut été

uccès faci-

qui a été ment Aussi ntiers pour 18 le regret.

oi un homaurait pu

répondait serait pas

s les qua-

elle aime, un sontira été ins- )yons amis, Léon était e vous prié ; de refuser

. un amour que je ne mérite peut-être fpas, mais que je

- votre cœur, il me soit permis de renouveler ma deman-

lord avait été éconduit. Avoir Bagoulard pour gendre,

- jeunes gens'un peu scrupuleux évitaient de prononcer le

… Que de préférences injustes n’ont jamais eu pour base:

ne saurais accepter. 2 —Laissez-moi du moins quelque espoir, afin que, plus tard, lorsque le temps aura mieux guéri la blessure de

de.

—N'espérez rien de tel et n'insistez pas je vous en. prie, —Alors pardonnez mol si j'ai été importun et mettes cela sur le compte de l'amour ardent que j'éprouve pour vous, amour qui sera aussi éternel qu'il est profond.

M Latour fut très peiné lorsqu’ilapprit que Bagou-

lui semblait être le comble du bonheur. Lui, qui s'était montré si scandalisé lorsque M, Grippard lui avait parlé de la prétendue inconduite de Léon Duroc, il traitait de peceadilles, de folies de jeunesse, les déportements de Bagoulard, déportements que le jeune député. affichait avec un tel cynisme oue, danse la ville de Montréal, les

nom de Bagoulard en présence des ieunes demoiselles, pour ne pas blesser leur pudeur. Mais M. Latour savait au besoin se servir de deux poids et de deux mesures,

autre chose que cet absurde procédé!

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