LXVIL—URNE FAMILLE ÉPROUVÉE
A pelne quelques jours s’étaient-ils écoulés après la soène que nous venons de décrire qu’une série de malbeurs vint fondre sur la famille Latour. La faillite de M. Grippard avait fais bien des victimes et M. Latour était du nombre. Sa maison était ruinée de fond en comble. Pour reprendre son commerce, il lui aurait fallu risquer la dot de Louise, et il était tellement écra- 86 sous le coup qui venait de le frapper qu’il ne se sentait plus l'énergie nécessaire pour reccmmencer la lutte dans ces conditions, Louise insista pour qu'il prit sur ce qui lui revenait à elle de quoi désintéresser tous ses créanciers. Îl se rendit à son avis sur ce point mais ne voulut jamais consentir à risquer le reste dans de nouvelles entreprises commerciales.
Les revenus de cette fortune ainsi ébréchée étaient suffisants pour faire vivre les trois personnes qui composaieut la famille Latour dans une médiocrité voisine de la gêne et lon dut renoncer au luxe d'autrefois. Louise ne s’en plaignait pas, Elle était bion aise de voir son père se reposer des soucis du commerces et ne lui avait conseillé de reprendre les affaires que parcequ'elle croy= ait qu’il tenait à cette existence toute d'activité fébrile qu'il avait menée depuis qu’elle le connaissait,
. Quant à cotte excellents Mme Laiour, elle se monirs pour son mari plus revêche, plus acariâtre et plus maus-
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sade que jamais, Elle lui reprochait en termes amers de s’être laissé flouer par M. Grippard.et lui citait l'exemple des autres marchande que M. Gripperd n’avait pu ruiner pour l'excellente raison qu'ils n'avaient rien à perdre, Plus que jamais elle s’efforça de plaire aux quelques godelureaux que ses minauderies attiraient. Elle leur plut tellement, que l’un d’entre eux résolut de dela perdre, C'était chose facile; elle ne cherchait que cela, ; Les premiers rendez-vous eurent lieu en dehors, mais bientôt les coupables s’enhardirent comme il arrive tou: jours en pareil cas. Louise était allée passer une quinmaine de jours en visite chez une amie qui demeurait dans une des paroisses environnantes, et, chaque fois que M. Latour s’absentait pour quelques heures, l'ämant de Mme Latour, averti mystérieusement, se rendait chez sa Dulcinée. e | Le déshonneur de M. Latour était devenu la fable de Ja ville et il était le seul à l'ignorer, lorsqu'un ami. charitable, comme il s'en rencontre toujours en pareille cir- | constance, le mit au courant de ce qui se passait. Il foignit de n’en rien croire et dès qu'il put convenablement se débarasser de celni qui venait delni verter … le poison dans le cœur, il se dirigea d'un air sombre vers cette demeure que l’inconduite de sa femme avait souiljéo. Sur le seuil de sa porte il rencontra celui qu'on . lui avait désigné comme étant le séducteur de son épouse et, tout en dissimulant la rage qui lui tordait le cœur, . { remaraua le trouble de celui qu'il avait failli surpren:
omenpermsners à
âre en flagrant délit, | 7
— Quelle heureuse rencontre ! Jui dit-1l SI j'étais arris v6 deux minutes plus tard, j'aurais été privé du plaisir de vous voir, Eatrez au un verre de vin eb Causer un instant avec moi.
—Je croyais vous trouver ici, répondit l’autre eb je venais vous proposer d'entrer en société aveo moi. Mwue Latour m'a dit que vous ne deviez pas revenir avant midi et je partais, mais puisque je vous rencontre, je
‘suis heureux d'accepter votre gracieuse invitation. Lorsqu'il furent entrés, M. Latour appella sa femme. Rosalie, lui dit il, d’un air enjoué, c’est ainsi que vous mettez mes amis à la porte lorsque je suis absent ? Vous auriez’ pu vous montrer plus aimable et retenir un peu plus longtemps ce cher M. Faraud. Pour vous punir de cet oubli, vous allez nous donnér uu verre de vin et vous allez boire avec nous,
—Ce n'est pas ma faute, répondit Rosalie, J'ai fait tout ce que j'ai pu pour retenir M. Faraud, mais vous autres hommes vous êtes toujours si prensés.
Quant à l'affaire que vous me proposiéz, reprit M. Latour, après avoir bu son verre, je ne saurais vous donner une réponse immédiate. J'ai une autre affaire en vue et je dois prendre le bateau à dix heures demain soir pour aller à Montréai, où j'attends une réponse. A mon retour je verrai si nous pouvons nous entendre.
Inutile de dire au lecteur que le voyage projeté n'était qu'une ruse. M. Latour, qui observait tes coupables sans en avoir l'air, remarqua qu'ils avaient échangé un signe d'intelligence en APRPEUMES h nouvelle de son prochain départ,
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Le flendemain soir, 11 fit semblant de partir par le
bateau, débarqua, alla se cacher parmi les cordes de boissituées aux abords des quais, s’arma d'un fort gourdin et revint une heure aprèv à sa résidence où il surprié le couple en flagrant délit,
Grâce aux doubles-olés qu'il s'était procnrées à l'inau
de sa femme, il avait pu s’introduire dans la maison sans donner l'éveil, puis pénétrer dans l'appartement où ge trouvaient les coupables.
Sans dire uu mot, il tomba à bras raccouroi sur
celui
qui lui avait ravi son honneur, le frappa à coups redoublés de son lourd gourdin, et lorsqu'il le vit insensible à ses pieds, il dit à sa femme qui, s moitié habillée, ocurait affolée dans la maison, essayant en vain de sortir, M. Le. : tour ayant fermé les portes et. remis les clefs dans ss
poche :
Inutile pour vous de vous enfuir, à moins que
ne teniez à me quitter après m'avoir déshonoré, Je | ne vous frapperai pas Vous êtes aussi coupable que ce
ce misérable mais c'est assez d’un meurtre, Puis se penchant pour regarder sa victime, 1 respire encore, dit-il, et j'espère qu’il en revién-e … dra. : Ma colère est passée, Il ne me reste plus qu'à ré: ‘pondre de mon acte devant les tribunaux. Je vais le faire conduire à sa femme, Hélas, le malheureux a une épouse et trois enfants, Rosalie s'était jetée à ses genoux et lui demandait .
pardon.
Jamais ? Fépon
Givi à GG Gi
sombre, JS T0
vous
ES
aerai le vivre et le couvert, 'mais je ne vous connals plus l'ont est fini entre nous !
Il sortit, appela une voiture et fitétransporter chez lui Maître Faraud, toujours évanoui, Puis il alla se consdtuer prisonnier au bureau de police où il fut immé. diatemont relâché sous caution.
Quel terrible réveil pour Rosalie ! Elle comprenait maintenant toute l’énormité de sa faute, Depuis qu'elle avait vu M. Latour tirer une vengeance si éclatante de l'affront qu'il avait reçu, son mari était monté bien haut daps son estime, Elle commençait à l'aimer alors qu’il était trop tard et que son inconduite avait élevé entre eux une barrière infranchissable. Ælle l'avait haï tani: qu’elle l'avait cru trop naïf, trop crédule ou trop boniag: se pour défendre son honneur qu’elle avait indignement | trahi, et maintenant elle l’aimait parcequ'il avait tué l'amant qu'elle lui avait préféré.
En effet c'était bien un meurtre que le paisible M, Latour avait sûr la conscience: le malheureux Faraud ne survéqut que trois jours aux Coups que lui avait administré le mari trompé. Avant de mourir, il se convertit, déclara que M. Latour était justifiable de l'a voir traité comme il l'avait traité, demanda pardon du scandale qu'il avait causé et du tort qu'il avaié fait à son prochain, Il mourut après avoir regu les secours de la religion,
À la suite de cette scène, Mme Latour fut prise d’ane fièvre cérébrale qui en peu de ‘temps la conduisit au tom. beau, M. Latour ne fut pas inquièté, un verdiet d’homicide justifiible ayant été rendu lors de l'enquête, mais
onnals plus
ter chez lui la se cons:
fat immé.
comprenait puis qu'elle latante de 6 bien haui alors qu'il levé entre ÿ haï tan trop bouas.
dignement avait tué
aïisible M.
ireux Fae lui avait irir, il se ble de J'aa pardon qu’il avait qu les se-
rise d’ane it au tom:
liet d’ho-
uête, mais
le remords et la douleur qu'il ressentit le conduisirent lui-même à deux doigts de la tombe.
Louise, rappelée chez elle par ces douloureux évênements, trouva ls maison transformée en hôpital. Elle se multiplia, prodigua ses soins aux deux malades, et entréprit la tâche de consoler son père. Üe n'ét-it pas chose facile, le pauvre homme avait éprouvé une telle secounss qu’il était resté dans un état voisin de la folie.
Les médecins avaient fortement recommandé à Louise d'éviter tout ce qui pourrait être de nature à le contra rier, et tout ‘e contrarisits ù
Sur ces entrefaites, M. Bagoulard repart à l'horison, Louise avai repéré que la nouvelle de la ruino do son père la débarrasserait de ses importunités. Il n’en fut pas ainsi. Bagoulard avait recherché Louise pour sa dot mais il avait fiux par s'apercevoir qu'il l'aimait avec toute l'ardeur de sa nature fougueuse. Malheureusement pour Louise, il s'adrosen à M. Latour, et c6 dermier, heureux de pouvoir caresser de rouveau un tôve qu'il avait abandonné, insista si fortement auprès d'elle ‘que, partagée entre le désir d'éviter à son père un désagrément qui pouvait lui être fatal et la. répulsion que lui inspirait l'idée d'offrir à un autre la place que Léon seul pouvait occuper dans son cœur, elle était en proie À l'angoisse is plus poignante, à la perplexité la plus terrible qui «6 puissent imaginer.
. Un jour que Bagoulard la pressait de lui accorder au
moins un mot d'espoir, Louise, hors d'elle-même, lui
: dit:
.—Ùe que vous faites ià est füfme. Vous expioi-
412 UN REVENANM
téz l'état de faiblesse de mon père et vous comptez sur mon dévouement filial pour m’arracher un consentement que vous n'obtiendriez jamais sans cela. Vous savez que les médecins me recommandent de ne pas Contrarier mon père et vous lui mettez dans l’idée d'insister pour que ce mariage ait lieu, Or, sachez-le une fois pour toutes : ai vous pouvez vous contenter d’une épouse dont le cœur appartiendrait à un autre, profitez de l'avantage que vous donne sur moi la triste position dans laquelle je me trouve ; je vous épouserai pour l'amour demon père mais je ne vous aimerai jamais, Au contraire, le souvenir de la violence que vous faites à mes sentiments ne m'inspirera qu’une profonde aversion pour vous, qui m'auriez peut-être inspiré de l'estime de l'admiration, de l'amitié même, mais de l'amour jamais, Louise, vous me juges très mal. Si j'eusse connu ‘ls position délicate dans laquelle vous vous trouvez visà-vis de votre père, je n'aurais jamais commis la gauche. rie de lui parler de nos projets. C'est pour moi-même que je veux être aimé. Je tiens à votre amour et j'y tiens tellement que, dans l'espoir de le mériter plus tard, : je me résignerais à occuper le second rang dans votre cœur, puisque la première place est prise par un homme qui a cessé de vivre ; mais je ne veux nullement vous forcer à un mariage fait dans de pareilles conditions, Oem pendant le mal est fait, ‘Votre père tient beaucoup à ce mariage et...
—V ous pouvez l'y faire renoncer en lui disant que vOps n’y tenez pas vous-même, — C'est jnstement ce quo je üe pourrai jamais faire
| comptez sur consentement Tous savez que 2ontrarier mon er pour que ls pour toutes :
» dont le cœur avantage que laquelle je me mon père mais le souvenir de nts ne m'insqui m'auriez à, de l'amitié
'eusse connu trouvez visis la gauche.
r moi-même mour et j'y er plus tard, :
dans votre ar un homlement vous iditions, Ces aucoup à ce
disant que
Jemais faire
st du reste ce serait inutile, Cela le contrarierait tout sutant que si le refus venait de voire part, Mais je puis lui dire que des circonstänces indépendantes de ma volonté m'obligent à différernotre union. Dans l'in tervalle je vais m’efforcer de vous oublier pourvu que, de votre côté, vous me promettiez que vous vous efforserez de m'aimer. Puissies-vous réussir! Moi je suis certain que je ne réussirai pas,
— Li vous sera plus facile de m’oublier qu'à moi de... d'oublier celui que je pleure, mais pour vous récompenserdes quelques mois de répit que vous me laissez, et comme preuve que je [vous crois lorsque vous affirmez que vous ignoriez ls position dans laquelle je me trouve Vis à-vis de mon père, jo veux bien vous promettre que je tâcherai de me faire à l’idée d’en épousur un autre que Léon, Je ne vous promets rien de plus