‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 7 sur 74 · CAM NT RAA EU ANNE · texte numérisé non relu

CAM NT RAA EU ANNE

de dormir, Demain matin j'aurai de bonnes nouvelles Pour vous.

Léon ne protesta Pas contre celte histoire de fiancée infidèle Il tonait avant tout à ce que l'affaire ne fut Pas ébruitée et il se sentait au pouvoir de ces trois hommes, Il se borna donc à demander à Ceux qui l’entouraient de garder le secret sur ce qui venait d'arriver. Tous lui promirent de ne pas en souffler mot. On but ensemble un verre de Cognac et les quatre hommes le quittèrent après lui avoir souhaité une boune avi,

| | velles | |

a L LX--L'ENRÔLEMENT, .

hom- à) { aient Le lendemain matin, Léon Duroc se réveilla dispos 4 8 lui | quoiqu’un peu affaibli Comme il n’était pas du tout l mble habitué aux alcools, le verre d’eau-de-vie qu’il avait pris . fl rent en se couchant l'avait endormi, Une transpiration abon-

dante avait neutralisé les effets du bain froid qu'il avait 4

pris la veille. Il descendit à la salle commune, où il 8e 4

mit à lire les journaux, Les dépêches contenaient de longs détails sur la guerre américaine. Grant venait d’ou. 4 , vrir la campagne de 1864 par la bataille de Wilderness, D | bataille où les deux armées avaient subi des pertes énor H mes, Décidés à vaincre à tout prix, les fédéraux offraient Î des primes considérables aux volontaires On parlait 1 même de remplaçants qui avaient reçu jusqu’a deux mille dollars en s'engageant,

— Deux mille piastres ! mais c’est le salut pour moi ! se disait Léon, Qu'on me donne seulement $1,000 en or, et je deviens soldat américain. Je paie le billet de M. Latour, et l’honneur est sauf,

Il on était là de ses réflexions, lorsque M. Grippard l'aborda et lui dit qu'il désirerait lui parler privé ment, On entra dans une salle voisine et Grippard débuta en ces termes :

—Je vous ai dit que j'aurais de bonnes nouvelles pour vous, J'en ai, J’ai trouvé le moyen de régler vo: tre affaire,

—AÀ la bonnne heure, dit Léon, qui sentit renaître en lui l'espoir de recouvrer les $1,000 de M, Latour.

— Connaissez-vous la date de l'échéance du billet de |

+ Latour ? demanda Grippard.

—Je sais que c'est aujourd'hui ou demain, Je puis |

aller m'informer à la banque.

— Vous connaissez bien la siguature de votre ex-patron,

—Mais oui, patfaitement.

— Pourriez-vous l'imiter au besoin ?

—Non ! paroë que je suis un honnête homme,

— Vous voilà bien avec vos scrupules de petite pensionnaire de couvent ! Il ne s’agit pas de faire un acte malhonnête, je vous propose tout simplement de renouveler le billet ; je l’endosserai at je le paierai dans une quinzaine de jours, M. Latour n’en saura jamais rien,

—M. Grippard, je vous ai déjà dit que vous étiez une canaille ; je vous le répète, mais sachez que moi je ne suis pas un faussaire |

—Pas de bruit, ou je vous fais mottre au clou ! Votre escapade d'hier est restée secrète, grâce à ma discrétion, et à celle de mes amis, Si vous continuez à m'insulter je n'ai qu’un mot à dire et je vous fais interner dans un asile d'aliéués, Plus vous crierez ot plus l’on vous croi ra fou | Vous aurez boau protester, m'accuser, faire du tapage, soyez certain que je vous coufierai à la garde de Personnes qui me sont dévouées, et qui feront durer votre folie assez longtemps pour que vous ne Püissiez pas me nuire lorsque vous sortirez,

— Vous êtes une canaille vous dis-je ! Non content de

vouloir me ruiner en me déshonorant, yous voulez me

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pervertir, mais sachez qu'il y a encore de par le monde des hommes qui tiennent à leur honneur.

—Je sais qu’il y a des imbéciles et que vous êtes du noïbre, Après tout, si cela ne vous va pas, il vous reste encore un moyen : c’est de renouveler votre tentative d'hier. Seulement si vous voulez réussir, je vous conseille de changer le théâtre de vos exploits. Le quai Bonse- Cours est trop près de la cabane de Joe Vincent, le har-

| di sauveteur. On dirait même que vous l’aves fait ex-

près pour vous faire repêcher |

Sois tranquille, se dit Duros, je vivrai, mais pour me venger, Puis, dissimulant sa rage, il ajouta tout haut :

—Vous me tenez en votre pouvoir. Je m'informerai aujourd’hui de la date de l'échéance du billet et nous verrons à régler cette affaire, mais au moins vous paierez ce billet assez tôt pour que M. Latour n’en sache jamais rien.

— Allons donc ? Croyez-vous que je voudrais vous mettre daus l’embaras ? dit Grippard, et il ajoutait mentalemenÿ : Si je puis réussir à te faire commettre un faux je te tiendrai assez bien pour t'obliger à me traiter avec respect,

Un observateur dont le regard aurait pu pénétrer dans la salle voisine, y aurait vu le garçon auquel Duroc avait confié le soin de faire sécher ses habits, Oe garçon avait vu les deux hommes s’enfermer dans une chambre et il était entré dans la pièce voisine, d’où il avait pu enten. dre toute la conversation. Lorsqu'ils furent partis, il sortit de sa cachette en disant: Encore un mystère qu'il faudra éclairoir, Moi aime à étudier es gas.

Duroc alla à la banque du Peuple, et Constata que le billet était échu le jour même.

—Je vous enverrai dans les trois jours de délai presscrits par la loi, une traite de New-York, dit il au caissier. ‘Vous aurez la bonté de m'envoyer un reçu et d'ex. Pédier le billet à M. Latour,

Léon revint à son hotel ét profita de l’absence de Grippard pour, régler sa dépense, Un train partait immé diatement pour New-York. I se fit conduire à la gare et s'embarqua, pressé d'échapper aux Sorres de vautour . de cet excellent M. Grippard. Lo lend main il s'engageait pour cinq ans dans le 14ème d'infanterie régulière des Etats-Unis, en qualité de remplaçant, Le remplacé lui payait 81,000 en or, le gouvernement fédéral lui donnait $700 en Greenbacks, Léon expédia üne traite de $1,000 à la banque du peuple, déposa le reste À une banque d'épargne et partit pour le fort Trumbail, situé à New-London, dans l'état du Connectient, où se trouvait le dépôt de son régiment,

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. À—LE IAIÈME D'INFANTERIE RÉGULIÈRE DES : Erars Unis,

Le fort Trumbull servait alors de dépôt au 14ième d'infanterie régulière, au 3ème d'artillerie régulière et à quelques régiments volontaires du Connecticut, C'était là qu’on exergait les recrues de cos divers régiments avant que de les expédier à leurs corps respectifs, Mais au commencement de la campagne de 1864 il s'agissait

| bien d'exercer les-hommes! On avait besoin de chair à”

canon et l’on se hâtait de renforcer au plus tôt l’arméo

(du Potomac, Le l4ième d'infanterie faisait partie de

| cette armée. Depuis trois ans, il avait pris part à toutes les batailles qui s'étaient livrées. entre Washington et R'chmond, Bull Run, Williamsburg, Fair Oaks, la bataille de sept jours, du 24 juin au premier juillet 1862, la seconde bataille de Bull Run, Antietam, le siége de Frédéricksburg, Chancellorsville, Gettysburg, Wilderners et Spotteylvania, sans compter de nombreuses escarmou-— ches, avaient, à plusieurs reprises décimé les rangs de ce régiment organisé pour la première fois en 1861. Les trois bataillons, de 600 hommes chacun, . dout il se composaii au commencement de la guerre, avaient été refondus en un seul et les Compagnies étaient loin d'être au Complet, Il avait fallu constamment renouveler l'effectif sans cesse diminué par les hasards de la guerre,

Trois jours après son arrivée au fort Trumbuil, le jeune Duroc partait pour la Virginie, Dans l'intervalle il avait reçu un accusé de réception de la Banque du Peuple pour le paiement du billet de M. Latour, En envoyant la traite de New-York, il avait averti lo caissier qu'il se rendait au fort Trumbull, où la lettre de ce dernier l'avait rejoint,

L'escouade dont il faisait partie, se composait d’une cinquantaine : d'hommes nouvelles recrues, blessés sortis guéris des hopitaux, et prisonniers de guerre qui, après avoir été échangés, avaient passé un certain temps au Camp Parole d'Annapolis, Maryland, où une nourriture

substantielle leur avait rendu une parti de la vigueur que leur avaient fait perdre les privations qu’ils avaient endurés pendant un séjour plus ou moins prolongé dans les prisons du sud,

On se rendit d'abord par mer de New-London à New- York, puis l’on traversa à J ersey City où l’on rejoignit d’autres détachements prêts à s’embarquer sur un convoi spécial du chemin de fer Camden et Amboy. Le train partit bientôt. L’on traversa rapidement Newark, Harrisburg, Philadelphie, On fit une courte halte à Baltimore, où l'on prit un repas-au So/diers Rest, et l'on attei. gnit Washington le soir même, Tout le long du trajet les soldats étaient acclamés comme des libérateurs. Les . femmes agitaient des mouchoirs et de blondes misses ne rougissaiont pas de lancer de la main des baisers à ces guerriers que le convoi emportait à toute vapeur et dont

un grand nombre ne devaient jamais revenir,

A Washington, cependant, on sentait déjà que les sympathies n'étaient plus aussi vives, La capitale du gou- /vernement fédéral comptait un grand nombre de séces

En | sionnistes à tous crins qui auraient volontiers fusillé ces ais- | babits bleus s'ils l’eussent 086. La population nègre y de | était très considérable, mais, habituée à vivre dans une

{ dépendance abjeote, elle n'osait pas se livrer à des dé monstrations bruyantes dont les soldats fédéraux eux-

ine mêmes eussent été médiocrement flattés en dépit du fait à rtis (qu’ils s’en allaient se faire tuer pour l'émancipation de 4 ès {la race noire, À au F are | Le lendemain, on descendit le Potomac en bateau à à sur Vapeur jusqu'à Belleplaine Landing, où l'on campa nt 4 pour la nuit. Au débarcadère un grand nombre de DS blessés venaient d'arriver dans des wagons-ambulances et se rendaient à bord du bateau qui devait les transporter ‘ à Washington, où ils allaient grossir le nombre de ceux 4 W- qui encombraient les hopitaux militaires, . ait J oi Tristes épaves des combats meurtriers do la Wilderness à in et da Spottsylvannia Oourt-House, leur vue offrait un. ne are È spectaele peu rassurant pour ceux qui allaient les rem- É ti placer à la frontière | Les uns étaient transportés à bras, 4 ei- sur des oivières. D'autres, blessés au bras ou à la tête, ‘4 jet marchaient d’un pas alourdi par la souffrance. Duroc re. 4 es - marqua parmi ces derniers un homme qui avait requ une ne balle dans la bouche. Le projectile était ressorti en ares ière du cou, apparemment sans léser aucun organe vital. nb Ce pauvre malheureux était obligé de tenir constamment \l . ouverte sa bouche, d’où sortait une espèce de matière

sérouse et sanguinolente, Duroo ne put s'empêcher de détourner la tête d'horreur et de dégoût,

On campa pour la nuit, dans les environs de Belle-Plaino. et le lendemain, on se rendit à pied à Frédericksburg, On traversa le Rapahannock en face de cette ville sur un pont de bateaux dont le construction avait, quelques jours auparavant, coûté la vie à plusieurs braves pontonniers. Mais la ville était maintenant occupée par les fé-

* déraux. Frédéricksburg portaient des traces visibles des deux siéges qu’elle avait soutenus. Les murs de pierre d'un grand nombre de maisons, étaient démolis ou troués par des boulets. La population avait fui à l’approche des troupes fédérales,

Depuis quelques jours Duroc avait vu une foule de choses tout à fait nouvelles pour lui, La grande ville

dans l’histoire de la révolution américaine, près de cette ville de New-London, brûlée par le traître Arnold en 1781, Jersey City, Harrisburg, Philadelphie, Baltimore ét Washington avec son capitole et ses édifices publics,

Jersey, du Delaware, du Maryland, du district de Colombie et de la Virginie, tout cela l'avait frappé, et

cependant il n'avait fait que traverser le pays à toute vapeur,

Et maintenant il était arrivé à cette ville de Frédé. ricksburg vainement assiégée par Burnside en 1862. Quelques jours auparavant, le pont de bateaux qu'il ve-

de New-York, les forts Trumbull et Grismold, fameux .

la couleur rouge brique presqu’uniforme du sol de New.

nait de franchir avait dû être construit sous le fou des

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confédérés, et les flots du Rapahannock avaient ce jour là emporté plus d'un cadavre.

L'escouade dont Duroc faisait partie suivait en tra versant le ponton une batterie de campagne composée de pièces de 32, Le mouvement d'oscillation, toujours lassez sensible même lorsque l'infanterie est seule à \traverser le ponton, s'était de beaucoup accentué sous les pas des chevaux et le poids des canons. Quelques

hevaux, affolés par ce mouvement de va-et-vient, se fdémenaient, se cabraient et donnaient beaucoup de fil a retordre aux artilleurs chargés de les conduire, | Ces derniers étaient au nombre de quâtre pour chaque aron eb chacun d'eux conduisait de front deux chevaux on l’un lui servait de monture, le reste des canonniers kant sur les caissons,

À un moment donné l'un des Chevaux attelés au ’an0n que suivait immédiatement l'escouade dont Duroc faisait partie, fit un brusque écart et faillit entraîner avec lui dans le fleuve la pièce et les sept autres chevaux,

La présence d'esprit des quatre conducteurs qui manœuvrèrent immédiatement de façon à lui opposer en même temps les forces réunies des avtres chevaux, le tetint sur le bord du ponton, mais on jugea prudent de le déieler, et aussitôt qu’il se sentit libre il go précipita dans le Rapahannock et nagea jusqu’à la rive, située à epviron deux arpents, le Rapahannock paraissant avoir rois ou quatre arpents de large à cet endroit et cet incident étant survenu vers le milieu du pont,

Le ponton avait fléchi énormement et Léon, qui se rappelait parfaitement son avont

avait ressenti une vive frayeur qu’il sût mattriser cepen. | dant pour ne pas s'attirer les quolibets de ses compa--

gaons,

On traversa la ville et l'on prit la direction du Jérusalem Plank Road. On entendait le canon tonner dans le lointain. C'étuient des combats partiels, reliquats de la | bataille de Spottsylvauia. Le général Lee s'était retiré dans sa seconde ligne de retranchement sur la rivière | North Anna. Forcé de se replier de nouveau à la suite de la bataille de Spottsylvänia, il continuait cependant à échanger des obus avec une partie de l'artillerie fédéra | Je, , |

La colonne de marche arriva vientôt dans un bois portant de nombreuses traces de la bataille de Wilder. ness, Le feu avait pris dans le bois pendant le combat et l’on racontait qu'un grand nombre de blessés, incapables de fuir, avaient été brulés vifs, les ambulanciers n'ayant pu suffire à les recueillir tous.

Des troncs d'arbres calcinés, des arbres noirois par la fumée, restés débout mais déchiquetés par les balles et la mitraille, d'autres abattus par les boulets, des retranchements élevés à la hâte, et battus en brêche par le canon, attestaient que la mort avait plané dans cette triste solitude.

Tout ce que l'œil pouvait embrasser ne représentait qu’une bien faible partie de ce qui avait été le théâtre de ce combat meurtrier, On était au 12 mai, et l’on avait combattu presque sans interruption. depuis le 5, date à

lannalla Fan avait attansé Grant try is WT Tee

| Les journées du 5 et 6 du mois avaient coûté 80,000 hommes aux deux armées, Les 8 et 9, Grant avait repris l'offensive contre Leo, retiré sur la North-A Dna, ce qui avait amené la bataille de Spottsylvania, commencée le 10 et qui se continuait encore comme nous l'avons vu.

On était sorti du bois et la colonne de marche avangait péniblement sur un chemin sablonneux. Tout à COUP un sifflement à la fois rauque et strident ge fit ‘entendre et un obus éclata avec fracas au dessus de

escouade dont Duroc faisait partie et qui se trouvait en vant, Tous les vieux soldats restèrent à leurs postes Mais plusieurs des recrues, obéissant à un mouvement stinctif de frayerr, voulurent sortir des rangs et tent arrêtées par le cordon de gardes qui entourait le détachement, Duroc ne sourcilla pas, Ce premier obus b'avait blessé Personne, Les rangs se reformèrent, In

avant de la route on aperCevait un bois à peu de distance.

— Double quick, march (Au pas 8ymnastique, en avant) hurla le commandant.

Les obus continuèrent à pleuvoir, les uns tombant sans éclater, d'autres éclatant sans faire mal } personne Un seul tomba dans les rangs où il fit explosion, attei. gnant quatre hommes dont un fut tué raide eb les trois autres blessés, Ses nombreux éclats avaient jailli de tous côtés avec un sifflement sinistre, L'homme tué avait été frappé à la tête et était tombé inanimé À côté de Duroc.

Une fois rendu à: couvert du bois on reprit le pas

Ordinaire. bien que les bouicts éouünuassent à tomber

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pendant un certain temps sans faire de mal à personne, Les ennemis, étant obligés de tirer au juger dans le bois, reportèrent bientôt leur attention sur une nouvelle escouade qui, arrivant au point où la première ravait été atlaquée, se trouvait à traverser un espace exposé au feu de la batterie sudiste, ;

Vers quatre heures on atteignit lo quartier général du -uQuième corps d'armée dont le l4ième faisait partie, La colonne fut dispersés en divers détachements qui tous allèrent rejoindre leurs bataillons respectifs,

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