‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 70 sur 74 · UT DE BON · texte numérisé non relu

UT DE BON

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Après deux mois d'atroces souffrances et quatre mois de convalescence passés dans les hopitaux et aux casornes du Fort Trumbull, Léon avait rejoint son régiment devant Petersburg, où on {ui avait appris qu'Eugène Leduc avait probablement déserté à l'ennemi, Cette nouvelle l'avait péniblement affecté, car il se doutait bien un peu des dangers que son jeune ami devait courir,

Comme il n'avait reçu aucune nouvelle du Canada, il en conclut que Louise l'avait oublié et se garda bien de se rappeler à son souvenir.

I'prit part à plusieurs combats où il se distingus par sa bravoure et son sang-froid, Après la guerre, le régiment fut envoyé en Californie, puis au Nouveau Mexique. Duroc avait conquis tous les grades de sous-officiers, et on lui avait offert de l'envoyer à West-Point pour le préparer À recevoir une commission, mais il en avait es. sez de l’état milicaire. k

D'ailleurs, 11 s trouvait déjà engagé dans des opéra. tions minières, Pendant ses heures de loisirs, il s'était livré à l'étude de la minéralogie et, ayant trouvé un placement avantageux, il avait fait venir l'argent qu'ilavait déposé à New-York, ce qui, joint, aux économies qu'il avait faites aux régiment, lui avait procuré une mise de fonds suflisante pour faire ses premiers versements dans une compagnie fondée pour l'exploitation d'une : mine d'or et d'argent située non loin de l'endroit où le 14ème était cantonné. ss

Plusieurs spéculations heureuses avaient rapidemenx arrondi son capital, et, au moment où nous le retrouvons.

à la tôte d’ane petite fortune évaluée à 850,000, représentée par des actions de cempagpies ralnières bion cotées à la bourse, Mt Il n'avait plus de parents su Canada, mais l'amour du pays, toujours si vivace dans le cœur-des Canadiens, le pressait d'aller au moins saluer les rives aimées du St, Laurent, maintenant qu'il avait les moyens dé æ payer un voyage dispendieux, Ce sentiment, qui lui . faisait honneur, était bien impérieux sans doute mais le désir de revoir Louise, cette Louise qu'il s'était efforo en vain d'oublier, n'entrait il pas pour quelque chose dans la dérision qu'il venait de prendre?

A force de raisonnements basés sur la supposition qu'elle n'avait pas répondu à sa lettre, Il en était arrivé à so convaincre qu'elle l'avait oublié et qu'elle s'était mariée. Et cependant, il voulait savoir.

Si elle lui était restée fidèle L Li n'osait l’espérer. ms : Maintenant qu'il était assez riche pour ne pas avoir honte de lui demander ss main, il se reprochait de ne pas lui avoir écrit une seconde fois, comme il n'aurait pas manqué de le faire s’il eut pu prévoir que la fortuue lui viendrait en dormant, PE Une autre considération lui faisait encore désirer de rovoir le Canada. Il éprouvait un {mpérieux besoin de souflleter et de confondre en plein public les trois gredins qui, en lui volant l'argent de M: Latour, l'avaient : séparé de Louise, probablement pour toujours. Si Louise … tait mariée, comme il en était presque sûr, {l se promet.

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@rrivé à Montréal, il alla à l'hôtel du Canada où, gans se faire connaître, il s’informa de Grippard, de B£ goulard et de Bohémier. Ces derniers l'auraient rencontré eux-mêmes qu'ils ne l’auraient pas rbconnu, Son torse s'était developpé. Il portait d’épaisses moustaches et une longue barbe noire qui lui descendait jusque sur la poitrine.

On lui apprit une partie de ce que n08 lecteurs savent déjà. Grippard était député à Ottawa e6 à Quebec ; il avait fait une banquerouto aussi gigantesque que fraudu- Jeuse, Bagoulard, déjà député à l’Assemblée Législative, briguait les suffrages des électeurs du comté dont. Pin: greville était le chef-lieu, pour les représenter aux Communes, et il avait des chances de réussir, Bohémier était à l'hôpital où ses débauches l'avaient conduit pour la. vingtième fois.

-En voici un, ponsa Léon, qui s'est chargé de venger sur lui-même les torts qu'il peut avoirenvers moi. Quant . aux deùx autres, eat il possible que de semblables canail: les soient chargées de contribuer au gouvernement de mon pays

On lui apprit en outre qu’une grande assemblée poli tique devait avoir lieu à Pingreville et que Bagoulsrd, qui passait pour le tribun le plus populaire du pays, devait y prononcer un discours dans lequel il avait l'intention de se surpasser. ai

—Quand cette assemblée doit-elle avoir lieu ? deman-

dut-il, * Demain, lui fatil répondu, Le bateau part à six heu-

Duroc prit passage à borc du vapeur Montréal ot, Chemin faisant, l apprit tous les malheurs qui étaient venu fondre sur la famille Latour, On lui dit en outre que Louise Latour, un vrai modèle de piété filiale, avait refusé tous les partis qui s'étaient présentés, y compris Bsgoulard, mais qu'il était rumeur que, cédant aux instances de son père, elle devait bientôt épouser le jeune tribun. Le mariage ajoutait-on, devait avoir lieu après l'élaction. in

—£t dire, ajouta le narrateür, que cette demoiselle a toujours refusé de se marier parcequ'elle voulait rester tidèls à la mémoire d’un certain Léon Duroc, un rien: qui: “aille paraît-il, qui est allé se faire tuer à la guerre de cuoession. si

— Et elle aime ce Bagoulard ! demanda Léon. ‘

cd ineremnhé, puisqu'elle l'épouse, bien que les mauvaises langues prétendent qu'elle le prend dans l’unique but d'empêcher de devenir complètement fôu son bonhomme de père qui n'a jamais été bien fin,

Comme il était trop tard pour aller rendre visite au père Latour lorsque le bateau arriva à Pingreville, Duroc descendit à l'hôtel où il prit une chambre, mai: il ne put dormir de la nuit,

Qne devait il faire ?

Se présenterait-il chez M: Latour, de bonne heure. dans ls matinée, ou ne serait-il pas mieux pour lui d'attendre de nouveaux renseignements pour ne pas risquer de jouer le rôle de tronble-fête ?

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