‹ Un Revenant [microforme]Chapitre 71 sur 74 · LXIX.—Drvx FRÈRES D'aèes · texte numérisé non relu

LXIX.—Drvx FRÈRES D'aèes

Le matin du jour de Ja grande aaiemblée un ménsieur et une dame se présentèrent ches M, Latour et demsndèrent à voir Mlle Louise. On les introduisit dans le salon où Louise ne tarda pas à les rejoindre,

. M, Eugène Leduc, dit Louise après un moment * d'hésitation, a L' —Lui-même, Maintenant permettosmol de vous "présenter ma femme qui, il ya déjà bien longtemps, m'a vu en compagnio de M, Léon Duroe, alors que nous . étions frères d'armes, | | Je suis charmé de vous voir, dit Louise en se jetant au vou de l'étrangère- st —J'aitsouvent parlé de vous à ma femme et elle n’aïpas Voulu passer à Pingreville saûs veuir vous voir, — Alors, faitcs-nous le plaisir d'accepter l'hospitalité » que je vous offre de bon cœur, De cette fenêtre nous pourrons assister à l'assemblée qui doit commencer bion- ,, —Je vous laisse ensemble, dit Eugène, et je suis sûr que vous no regrettercz pas mon absence. Les femmes Ont toujours quelque secret à se dire, c'est probablement 06 qui fait supposer qu'elles n’en gardent pas. Mais moi je proteste contre cette calomnie, Les femmes savent . garder un secret, Seulement, de crainte qu'il ne law. échappe, elles so mettent parfois pluslemerpenr Lots

\onsieur

Ces airs mystérieux et la figure couverte d’une barbe de

+ l'est une histoire assez longue à raconter : et toi aussi tu dois avoir bien du nouvean à m'apprendre, Je.

.rt de Mme Leduo, ear il paraît que tu es marié, 0 Derinoaveequi? | re

—Cetie fois, dit Hélène, nous saurons garder nos secrets si bien que tu n'en sauras rien, Mais ne sois pas longtemps sans revenir, Tu pourraé écouter d'ici toué aussi bien qu'en dehors.

—Le temps de causer un peu avec M. Latour que je vois Là bas, parmi ce groupe d'électeurs.

Eugène sortit et se dirigesit du côté du groupe qu'il venait d'indiquer lorsqu'un homme lui mit la main sur l'épaule,

… —Je vous demande pardon, ditil, mais n'auries-vous pas connu un nommé Eugène Ledue ? ;

—0'est moi-même,

— Alors, regardes-moi bien. . 5

—Léon Duroc | exolama Leduc qui fit un mouvement pour se jeter au cou de l'étranger. ï.

—Pas ici, dit l'autre, on nous observe et j'aimes rai. Sons pour ne pas être reconnu maintenant, Viens, à l'hôtel, dans ma chambre, et nous allons causer, ARS

—Mais par quel hasard, toi qu’on cru mort qu'on «

pleuré, qu’on pleure encore en certain quartier qui n'est : pas éloigné d'ici, nous revienstu d’ontre-tombe avec

sapour } Les deux hommes se dirigeaient vers l'hôtel,

D'ai pas inscrit mon nom véritable sur le régistre de hôtel, mais ce matin j'y ai vu les noms d'Eugène Leduc.

#=Ma fl, je m'y perds,

— Comment ? toi qui m'as prédit que je n’frais pas en France et que j'épouserais Hélène Duchâtelt Eh bien sache que ta prédiction s'œet aceomplie,

—Je t'en félicite de tout cœur,

—Et la mienne esten bonne voie de s'accomplir puis: que te voilà revenu et que Louise te pleure toujours, A

‘moins que tu ne sois déjà marié. Pourtant, je ne te trou: -Ve pas cncore le physique d’un mari,

Les deux nommes étaient arrivés à la chambre de Léon, Ils avaient fermé la porte et s'étaient assis pour causer.

—Moi marié ! dit Léon, Ta me connais bien peu

Mais, dis-moi, tu sortais de chez M. Latour, sstn vu Louise ? :

— Je viens de la quitier et elle cause avec ma femme. Tiens, Léon, il faut que je t'embrasse pour elle et pour

moi, Et les deux amis se jetèrent dans les bras l’un de l'au. tre.

— Comment m'as.tu reconnu ? demanda Eugène.

., J'avais vu ton nom sur le régistre,. sans quoi ta barbe blonde et la carrure de tes épaules m’auraient dérouté, Mais, à propos da régistre, figure-toi que j'y ai vu le nom d’un homme que je suis enchanté de retrouver, mais pour des raisons fout-à fait différentes de celles qui me font me réjouir de te voir, :

. ft cet homme s'appelle ?

—Oharles Auguste Grippard, — Tiens, comme ga se trouve ! J'ai fol un document

sigoé de sa main, qui pourrait t'être utile en tomps et lieu.

Et Leduc ouvrit un portefeuille d'où il tira la déola:

ss be ration qu'il avait arrachée à Grippard grâce au concour: bre de Brindamour et de Bohémier.

AN —Mhais c'est magoifique ! Comment diable Pr puts puis de procurer un doeument aussi précieux ie ire À Eugène arusa beaucoup Léon en lui racontant hou l’histoire de la fantasmagorie et dés effets mirobolants

qu’elle avait produits sur cet excellent M. Grippard. ; —Maintenant, dit Léon, je vais garder ce document re do ñ et je m'en servirai pour “confondre Bagôtlerd, car s pour Fe j'ai l'intention de le démasquer publiquement et je me suis promis de ne pas me présenter chez M, Latour, que , Rev je n’aie convainu d'imposture et d'infamie cette immonnv de canaille qui ose aspirer à la main de Louise, ds —"on, laisse moi le document. Au besoin, je le lirai pour ‘ moi-même en public, à moins que M. Gripqard ne con: sente à corroborer le témoignage que tu. vas rondte sut re : le compte de Bagoulard, ce qui vaudrait encore mieux. ce Ce sont deux adversaires politiques et je ne désespère ï \ pas de Jul arracher un aveu verbal en pré sence de la foule. VA : 4 — Prends garde, il pourrait te faire assommer. . dons se —Moi? je lui casserais la tête avant qu'il put donner pure : LL le signal. Je veux faire plus, je vais l'engager à insisave ee / ter auprès des orateurs de son parti, (car lui, n’a pas = qui l'habitude de parler,)pour qu’ils accusent le gouverne:

ment de forcer les gens à émigrer. Bagoulard répondra - que c'est la canaille qui émigre. C’est ls rengaine habi: … tulle, Alors il faudra que # eee et as ë

au UN REVEYAND

tera à veuir discuter avec lui sux le husting, Ila souvent recours à ce moyon pour faire taire les importuns. Bien entendu, tu accepteras et, sous prétexte de défen. dre les Canadiens émigrés aux Etats-Unis, tu lui feras son procès. Cela te va-t-il ?

—Maintenant, pendant que tu parieres, je dirai à Grippard : Bagoulerd va démentir Duroc. Si vous ne déclares pas que Durec a dit vrai, il ya un certain doou: ment signé par vous qui va être Ju séance tenant.”

—À merveille. Ne dis pas à personne que je sais ici, excepté à t#femme que tu embrasseras pour moi et À qui tu confierss la tâche de faire entrevoir à Louise la possibilité de mon retour avant que je paraisse sur l'es. — Voilà qui est fait : nos mesures sont prises, je retourne auprès de ma femme qui doit commencer #s'im-

patienter. J'ai hâte de lui apprendre l’heureuse nouvel. . de ton retour,

ns, Gel on: HA | FA. CXX.—ErrLoaue, ras Up | 0 ne (| Le programme convenu entre Eugèis dé Léon fut à A exécuté à la lettre. La foule était compacte et l'asemne na | fs blée pastallement tumultiouse. Il était facile de voir ou: te AE que Chacun des deux partis avait orgutisé sa bande dé Pa: (nt fiers-à-bras qui n'attendaiont que le signal pour 5 ruer ei, : eu): leurs adveresirer. Grippard avait 6t6 l'âme de l'une a de ces organisations, ais il était loin de sotiger que sa la bande à lui prendrait fait ot cause pour ceux qui l’acous és. seraient d'avoir commis une escroquerie de coneért avec Bagoulisrd, Il était loin de souger que luimême ferait à ds. pa naître l'occasion de cette aoomsmtion et il était surtout ne . loin de se douter qu'il serait fores de venir avouer 68 el-

culpabilité, Üe fut pourtant ce qui arriva. | - Engène trouva moyen de dise en présence de Grippard :

“ Les œatoun devraiont parier de l'émigration. On ne

: fait rien pour retenir les gens su pays et œla. prendrait | d'autant plus que neus sommes ici Plusieurs Canadiens ‘ qui avons vécu aux Etats-Unis, et qui aimerions à voir |

les hommes publics s'occuper un peu plus qu'ils ne le

Grippard s'était empromsé de rapporter 068 paroles ‘3 ménagé les épithètes an SOUvernement qu'ils acousaient. . de vouloir chasser les enfants du oo! pour les remplacer

Lorsque Bagoulard prit la parole, il était facile de voir aux ondulaticn: de la foule, que chacun voulait se placer de fagon à bien voir et à bien entendre le bouillant orateur {1 était révilement beau à voir lorsque, transfiguré par la chaleur de son débit, il langait d'une voix à la fois sonore et sympathique les périodes ronflantes que son y imagination vive lui suggérait,

Il répondit point par point à ceux qui l'avaient devanoé. On l’écoutait, fasciné, et ceux-là mêmes qui ne l'approuvaient pas, subjugués par les flots le son éloquence, ne pouvaient s'empécher de l'admirer. Il avait produit beaucoup d'effet sur la foule, lorsqu'il en vint

-à parler de l'émigratien,

En dépit de son talent, Bagoulard avait le tort de patanger un peu trop dans les sentiers battus. Il y avait longtemps que, dans certains cercles politiques, on traitaït de cansilles les Canadiens émigrés aux Etats-Unis ; il se ‘croyait tenu de répéter oette sottise, cette injure gratuite jetée à ls figure de gens beaucoup plus honnêtes ,et plus rangés qu'il ne l'était lui-même. Tout à coup une voix vibrante s'élova de la foule :

: C'est faux 0e que vous dites là,

—M., lo président, je n'ai interrompu personne eb c'est

mon désir de n'être pas interrompu.

.:. m…Alors, ménagez vos expressions à l'adresse de gens plus respectables que vous.

:, Los regards se portèrent vers Duroc, car c'était lui qui avait parlé, ainsi que le leoteur l'a sans doute devimé, nisis, voyant qu'il paraissait de taille à se défendre,

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— Mon ami, reprit Bagoulard, si vousévoulez disouter aves moi, montez sur l'estrade ei vous me sÉpondiee

#'ici —J'accepte votre proposition, Un Léon en se trigeant vers V'estrade, seulement, je proteste contre 06 titre d'ami

que vous osez me donner, Personne ne connaissait Duroc, mais la curiosité était

excitée. Ohacan voulait voir comment cet étranger sa tirerait d'affaire,

- Vous voudrez bien attendre que j'aie fini de pe reprit Bagoulard. ;

—Pordon, monsieur, vous m'aves invité et j'ai accepté. Il n'est plus temps de poser de nouvelles conditions. D'ailleurs, j'ai peu de choses à dire et je ne vous retiondrai pas longtemps.

—Alors parlez, mais faites vite.

Je n'ai pas d'ordres à recevoir de vous,

Léon se découvrit, salua le président at commengs en ces termes

“ Mosiours. Je suis un peu étranger parmi vous,

mais Ÿ y six ans, j'habitais votre ville, Je me nomme

Duroo et j'arrive des Etats Unis”

À es mots un hourra frénétique sortit do Ia bouche d’une centaine de villageois qui avaient connu Léon, et

. fut répété par le reste de la foule qui applaudissait sans

savoir pourquoi. Les gens de la ville savaient maintonant que la lutto se faisait entre deux rivaux en amour, devenait intéressant, Les chuchotements se

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