‹ Un rhétoriqueur: André de La VigneChapitre 16 sur 78 · E. Serrigny, h:, cil · texte numérisé non relu

E. Serrigny, h:, cil

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LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN

Et mon poire corps se consomme Pour que je suis ja fort vieulx,

Le chie fuie tremble, puis les yeulx Sont un peu suspects de la veite ; Mais je mereye les haults dieux Qui ont ma faiblesse pré ve tic Et à icelle bien pourveue Par lecry que f a y entendu.

De la nouvelle survenue,

Maison, mercy te soit rendu,

Il ne me chault du résidu Si guerre est de moy consommée Car mon fils qui est jeune et dru Pour moy fréquentera Vannée.

Plus cruel sera cun lyon Et plus fier que poisson en nasse Pour descendre cscu et lyon Car par nature le chien trace.

Et comme Saint Martin survient, timide et réservé, le vieux tribun se berce de cette illusion :

Jeunesse encore le gouverne,

Mais bien le verrey aultrement Si le Dieu Mars ung peu Vyverne ;

Il ne suyt bourdeau ne taverne Commant seroit-il cault et fin ?

Mais qu’il ait passé la poterne U amour s il fera belle fin.

L’ancien tribun cherche, de nouveau, à « endoctriner » son fils, en évoquant son passé de guerrier sans peur et sans reproche-cten rappelant ses exploits légendaires :

Car pour mémoire aulcuu les a transcriptes En librairie X volumes sonberites.

Mais Saint Martin observe mélancoliquement que

Gloyrc mondaync joue de passe passe

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UN RHÉTORIQJL'EUR

Ce qui lui attire cette réplique paternelle :

N’as-tu vouloir de gauldir sur Verbcete Tu nas eu toi fespoir ne cime Ivsle.

Et son fils de lui répondre :

Tel anjourdhny s’esjoysl delà fesle Qui, puis après petitement s'en lotte Et tel son brvyt anjourdhny magnifeste A qui demain mort baille sur la joue.

Fortune après du démontant se joue Ne plus ne moins c’utt chat d’une souris,

L’un mect au bas Vaultre au battit de la roue,

L'un meurt en dueil et l’aultrc vit sottb - ris.

Mais le vieux soudard n’en demeure pas moins intraitable. « Veuille ou non veuille », il partira avec les écuyers chargés de l’introduire chez l’empereur. Alors ces « escnyers prennent Sainct Mari in comme par force et Vemmènent, et la mère Sainel Martin s'en retourne avec ses thunoiselles ».

Nous voici à la a demeurante del'empereur » ; après des salutations prolongées, par plusieurs Divinités païennes, Julien César, \ qui il paraît « jeune, vif, puissant et vigoureux, fer, fort, fringant et adventureux » ? et par égard, aussi, pour son père, consent à l’armer chevalier ; il lui donne donc la « calée » en public, en lui frappant le dos, plus de deux et demy, avec une moult belle épée toute nue. L’auteur n’a pas reculé devant un anachronisme, pour offrir au public, le spectacle imposant d’une pareille cérémonie.

Le jeune homme ne reçoit ces honneurs qu’à contre-cœur ; quelques jours après, bien qu’aimant la guerre,

AV plus ne moins que ferait un bergier,

le nouveau chevalier doit partir, à son tour, en compagnie du prince de Villcboreau, du comte de Carnclles et du marquis d'Ostrie.

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LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN

C’est en se rendant à la « ville nommée Amyens » qu’ils rencontrent à la porte J icelle un povre tout nu ; en apercevant les cavaliers, l’infortuné plein Je mendicité éclate en gémissements. Mais, ils doibvcnt passer tous trois sans tenir conte Je luy et puis quant Sainet Martin vient — car ce dernier suivait les princes à distance et tristement — le malheureux réclame de quoi protéger sa « povre humanité ». Saint Martin, on le sait, coupant en deux son manteau d’un coup d’épée, en jeta la moitié sur les épaules du mendiant. Ce dernier appelle sur son bienfaiteur les bénédictions du ciel, tandis que ses compagnons l’accablent de moqueries et de risées.

André de la Vigne n’a pas donné à cet épisode tout le développement qu’il paraissait devoir comporter, il s’attache davantage aux détails de la vie journalière et c’est là qu’il réussit le mieux.

Cet acte charitable aura, tout au moins, une influence considérable sur la destinée de Saint Martin; la nuit suivante, il aura, en effet,dans une hôtellerie d’Amiens, la vision divine qui décidera de sa vocation ; la prenne:e matinée se termine par son baptême, que des prêtres accompagnent d’interminables sermons.

L'après-Jinée s’ouvre par une diablerie , où Lucifer, dans la colère que lui cause la conversion de Saint Martin, ne tarit pas d’imprécations et d’injures ; les diables, sortis un moment des a chauldières et fourneaux » font chorus. Bien que ces invectives soient formulées en termes particulièrement crus et grossiers, nous croyons pourtant devoir les reproduire ici, car elles constituent un document curieux sur les tortures, qu’à cette époque, on imaginait réservées aux damnés ; Satan s’exprime donc ainsi :

Jeprandray tout pur moult fort bataille.

Et en euffer cucur, par mon et entraille Fera y menger à serpe ns veux memes ;

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Des corps fera y provision vil a il le Et à crapiiulx gros cl de bonne taille Feray ronger par in a nyères accreuses.

Se puis trouver ses langues envieuses,

Langues mauldictes, langues impétueuses.

Langues qui parlent sur aultruy sans laseber, langues perverses, langues impétueuses En gratis fournaises, orribles, ténébreuses,

Les tourment ray sans jamais les laseber ;

En plomb boillant pour mieulx les esmorcher Les pourboiildray sane en avoir mercy,

En feu gregois et en soufre coucher Je les mectray, puis les feray lécher A gros dragons et les lairray ainsi.

Se puis trouver ses prestresses aussi.

Vielles vauldoises paillardes et putains,

Regnyer ' Dieu leur feray et aussi Cresme baptesme ; de cc n’aye soucy Ains que jamais eschappen: de mes mains Semblablement je n’en feray pas mains A ces bigotz et ces faulces bigotes ;

Aux corps feray des tourmens inhumains Et au surplus des testes soirs et mains 1 J’en joueré ainsi que des pelotes;

Scs musequins atout leurs papillotes,

Leurs fanfrelluques et leurs gros culz bardez, Grans chapperons, cabinets et calottes,

Qui contrefont des sucrées mignotes Auront leurs corps de grans dragons lardez.

Rien n’y vauldront leurs visaiges fardez De plomb, d’alun, confitz en leurs canetes ; Estrons de chiens parmy entrelardez En nostre enffer leur seront bien gardez.

Pour les monstrer plus doulces poupinetes Celles qui pas ne sont Je leurs corps nectes,

Qui de guingois 5 portent leurs grans cornectes.

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