Tout lui faut
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UN* RHKTORIQUF.UR
Mais au moment où les brigands, qui ont déjà tué et dépouillé plusieurs iparchands se rendant à une foire, vont se précipiter sur Saint Martin, ce dernier, impassible, prononce ce mot : Jésus. Il n’en faut pas davantage pour qu’un des brigands prenne, soudain, sa défense :
Je croy qu’il n’a pas grant vaisselle
Car c’est quelque povre valet
dit-il à ses compagnons; et le « povre valet », conduit dans la caverne et laissé sous la garde de son défenseur, d’entreprendre aussitôt sa conversion :
... Quel métier fais-tu là ?
LE BRIGANT.
Par la mort bien ! je ne faulx poinct
Quand je les tiens de les abatre
Et n’en eussé-je que ung pourpoinct . , Aujourd’uy trois et demain quatre.
Mais Saint Martin évoque le souvenir du bon larron sauvé par son repentir, et le brigand, touché de la grâce, délie son prisonnier, implore sa bénédiction et annonce son intention bien arrêtée de faire pénitence et de mériter le ciel par ses prières.
Enfin, mais après avoir été encore en but aux menaces du démon qui se présente à lui vêtu d’une « boppelande », Saint Martin arrive à la maison paternelle et pour l’accueillir « le père , la mère et ses gens viennent sur le parc ».
Comment t’es-tu toujours porté ?
s’enquièrenl-ils. Mais en apercevant son fils sous les habits ecclésiastiques, le vieux soldat ne peut retenir sa colère. En entendant Saint Martin l’exhorter à se convertir, il s’emporte et l’injurie :
Fils de p... pour toy j’enrai-je
a ilfault, indique le manuscrit, que le père face semblant de se désespérer et la mère et les écuyers le tiendront » puis, comme son
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LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN
fils se cache, il a prend une espce nue èl fuit semblant de vouloir tuer en le scrcbant ». Sa sortie est accompagnée d’un nouveau torrent d’injures. Resté seul avec sa mère, Saint Martin s’efforce de la ramener au vrai Dieu, en l’éloignant
De ces grans deablesscs d’ydolles ;
Ce sont statures fryvoles,
Faictes de plomb, cuyvre ou estain.
Qui povoir en leurs prothocolles Ont aultant c’un festu d'estrain.
LA MÈRE
J’ay donc bien perdu mes chandelles,
Mes grans offrandes et prières,
Puisque leurs faulces cantelles Me procurent tant de mysères.
Mais finalement elle se laissera convaincre, et quittera le domicile où son mari la poursuivrait de ses fureurs.
C’est sur cette conversion difficile que le « messager » annonce à l’assemblée que
Pour donner repos à nature Et le corps ung peu soulager De ceste présente closture Maintenant nous fault desloger Et nous aller tretous loger Peur meshuy le mieulx qu’on pourra.
Puis demain matin sans songer S’il vous plaist tous l’on vous verra.
Les spectateurs n’avaient pas entendu moins de 4.040 vers.
(Cy fine la première journée du mistère de Monsieur Sainct Martin et apprès s'ensuit la seconde journée et coinnnince le messa-
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Malgré cette annonce du manuscrit qui semble complet en cet endroit, nousn’y trouvons aucuns propos destinés au a messager ». Il est vrai que les auteurs de mystères abandonnaient souvent cette partie de leur œuvre A la propre inspiration de l’interprète du rôle.
Cette matinée débute donc par une sorte de hors-d’œuvre, ressource A laquelle André de la Vigne a souvent recours et scènes, du reste, où il réussit le mieux. Il s’agit des brigands qui ont assassiné les marchands, dont il a été question plus haut. Le bourreau, le prévôt et quatre sergents sont à leurs trousses et ne tarderont pas A les arrêter. Condamnés A être exécutés sur l’heure, les mécréants se lamentent :
PREMIER BRIGANT.
Las ! en mal Dieu me fist naistre,
Et en maleure fus-je né.
Quant pendu me fault présent estre Pour mon vouloir désordonné.
DEUXIÈME BRIGANT.
Par faulte de m’avoir donné Chastiement en ma jeunesse Maintenant suis lubandonné De souffrir mort dure et parverse.
Ce deuxième brigand répond au prévôt qui l'interroge, assis a en son siège de justice » :
J’ay desrobé église et temple Et pris corporaulx et calices,
Puis pour fournir à mes délices.
Corpus Chrisci, dignes reliques,
Aultour paillardes chiennes lices J’ay tout mys en chières publique*.
Ils passent tous des aveux complets et les peines sont bientôt subies.
LF. MYSTÈRE DE SAINT MARTIN
Le premier brigand est aussitôt appréhendé par le bourreau qui « lux mect le contant ait col et le lyc, puis quant il est sur F échelle, cependant que le bourreau niect à point son cas, il dict ceey » :
Hellas ! misérable conduvte
Folle mignote nourriture,
N’es-tu du tout interdite Quant je meurs oultre ma nature.
Mon âme yra à l’aventure ;
Quant mon corps actaché sera Corbeaux feront ma pourriture;
Le souleil me desséchera,
L'eau qui des cieulx tresbuchera Pourra sur mon dos nud descendre,
Puis le vent me destranchera ;
A l’air ainsi deviendrav cendre.
«Le bourreau le jette bas » et pour s’assurer qu’il est bien mort, ordonne i\ son valet que :
Le corps luy soit ung peu haulse.
Savoir mou s’il bougera point.
Le valet « ilespoille le bridant, puis tleseent bas et regarde au pourpoint cl au bonnets'd n'y a rien », tout en disant ;
Sang bien ! Vecy bonne despoil le ;
J’ay espérance que ma boille En aura quelque Iopinet.
Le second brigand subira le même sort, après avoir maudit sa destinée dans une interminable complainte :
Hellas ! son (si on) m’eust donné doctrine Lorsque j ’estoye en jeune eage,
Chastyement et discipline,
J'eusse évicté ce dur passaige.
Ov ma mère fut peu saige,
De m’avoir tant amygnoté ;
Plustà Dieu que de malle rage
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En son corps je fusse avorté !
Las ! de m’avoir alymenté Du Iaict de sa doulcc mamelle ; Puisqu’au gibet suis transporté Grant horreur ay aussi à elle ; Devant vous tous j’appelle d’elle Et de mon père au jugement,
Car la mort me tient la chandelle Par faulte de chastiement.
Le bourreau l’interrompt et le o jcctc bas », non sans faire admirer son adresse :
Regardez s’il n’est pas perché ;
Que vous en semble, suis-je habille ?
Quant au troisième brigand, il sera décapité. L’exécuteur est satisfait de son travail :
Velle la teste d’une part
Mise sus par bonne manyère ;
Portons le corps icy derrière
Et puis apprès nous irons boire.
On voit que de tels détails naturalistes et macabres ne choquaient pas les spectateurs de ces représentations.
Cet épisode mené à bien, Saint Martin reparaît sur la scène, sans autre préparation et va. séance tenante, s’attaquer à l’hérésie.
L’évêque des Ariens, en effet, a réuni ses « maistres parfaiten théologie, en loixet en astrologie » pour un a bon prêche ment » en vue de convertir les chrétiens à cette nouvelle religion. Le « sécrétain » « aeouslre » la chaire, « mect il poinct le lien de Tévesque » et s’en va « les gens clocher ». Des prosélytes se présentent, au nombre d’une douzaine. Le manuscrit porte, ici, ces indications :
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LE MYSTÈRE DE SAINT MARTIN
(Pause de ménestriers)
Tandis que l’évesque et sergent vient l’évesque se met en sa chaire cr chacun s’assiet selon son degré, et, monsté, le prescheur en chaire, dit ce qui s’ensuit ; et quand il commancera sainct Martin doibt venir d’où qu’il sera se mcctre avec les aultres à son advantaige pour escouter et pour disputer.
Suit un long sermon de l’évêque arien sur ce « tbcnme » : Son qiuilis pater tulis filins.
Scavoir debvez qu’il est en cri ni té Ung père, ung fils et ung sainct esperit,
Et qui le croit aultrement il périt ;
Raison pourquoy car trois personnes sont,
Dont toutes choses qui furent et seront.
Premièrement ont été procréées,
. Comme voyez les personnes créées.
Et aultres choses, soyent laide s ou belles,
Humbles, doulces, diverses et rebelles,
La terre aussi et sa doulce verdure Qui jusqu’à ce que le temps d’hyver dure Sans fin verdoyé et progrcdic fruytz,
Dont tous les jours euiilons les usutfruyS ;
Premièrement, en printemps, violectes,
Banches, rouges, grises, violectes ;
Puis sur le vert marchons à contrepois ;
Pour amasser febves en contre poys,
Povs contre febves ès jardins et aux champs.
En s’endormant joyeusement aux champs Des doulx oyseaux sur branche seiche ou verte,
Quant une foys ils ont la gorge ouverte
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C’est un plaisir que de les escouter.
Passant chemin ce ne peult rien couster,
Car Dieu leur a grâce dès ordonnée Qui en nul temps n’est poinct désordonnée.
Tout ce leur vient selon cours de nature Sans que nully en rien se desnature ;
L’un voile à terre, l’aultre voile par 1er, Chanter pevent * et non mye parler,
• Et en maisons aulcuns sont en abbovs.
Les aultres sont en buyssons et en boys Pour mieulx dehaict 1 à plaisance chanter, Desgringoter, dêgoiser, deschanter.
Puis nous, avons les roses et boutons
Qu’en noz maisons pour sentir (nous) boutons, La lavende, marjolaine, muguet,
Semblablement le lis et le muguet,
Le doulx aspic et redolant cyprès Dont la senteur suyt les gens de si près Que bien souvent le cueur s’en resjoyst Et le couraige de liesse joyst.
Tout cella vient de haultaine puissance,
Car nulle chose brief rien ne puyst sans ce.
Et en apprès plaisir prenons'en bled?;
Qui ne sont poinct desrobez ne enblcz »
Puisque Jhésus chacun an les envoyé Par cy, par là, en chemin et en voye,
Sur terre, roche et en souesve arayne 4 Par sa grâce beguingne et souverayne,
Sans laquelle chose ne fut ne n’est.
Il fait le temps reluysant, cler et nect,
Et quand il veult on voit le plus souvant C’un moys s’en va dessoubz pluye et soubz vent, Car l’un ou l’aultre il nous peut resuyer.
Et puis au temps qu’il convient rasyner »,