DE QUI LE DIABLE EMPORTE LAME EX EXFEK
Une note du manuscrit indique que la Farce du Munyer de qui le diable emporte Filme en enfer devait être jouée au cours de Faprès-dinée de la troisième journée du Mystère de Saint Martin , au moment même où les archanges Michel et Gabriel, messagers du Paradis, viennent annoncer sa fin prochaine A l'évêque Tours, quia souffert sur cette terre cc peync, Iraveil, vexaeion, grande misère et tribulaeion ». Mais, comme on l’a.vu dans le Procès-Verbal , le mauvais temps fit qu’on représentât cette farce avant le Mystère, afin de retenir ainsi le public qui paraissait disposé A s’en aller, o Si l’auteur n’avait pas lui-même consigné le fait, il serait impossible d’y croire. Xc doit-on pas s’étonner, en effet, qu’André de la Vigne ait ainsi coupé son drame par une scène grivoise, licencieuse et burlesque, alors qu’il s’efforçait, un instant auparavant, d’émouvoir l’assistance par la pensée de la mort de son héros. C’est invraisemblable, et pourtant c’est vrai '.»
Malgré son caractère scatologique ou peut-être même grâce à lui, cette farce est probablement l’œuvre la plus connue et la plus répandue de l’ancien secrétaire d’Anne de Bretagne ; cependant, elle ne nous semble pas devoir ajouter beaucoup à sa renommée : il nous paraît donc suffisant de l’analyser brièvement et aussi « proprement » que possible :
E. SerrL'nv, ouvrit y
Cl le'.
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UNIVERSITY OF CALIFORNIA
la farci: nu munykr
Un meunier, très malade, est sur le point d'expirer ; a couché 01 uuif lit », il se lamente :
Or, suis-je en piteux desconfort Par maladie griefve et dure ;
Car espoir je n’ay de confort Au grant mal que mon cueur endure.
Sa femme, au lieu de le plaindre, n’a pour lui que reproches, bourrades et imprécations :
Fault-il, pour ung peu de froidure,
Tant de fatras niectre dessus.
La mégère se venge sur le moribond, de tout ce qu’elle a enduré de lui, depuis son mariage. Non contente de l’injurier, elle le bat et pousse le cynisme jusqu’à lui présenter le galant avec qui elle se consolera. Ce galant n’est autre que le curé qui, déguisé, se fait passer pour le cousin du meunier. Après avoir bien bu et mangé, l’abbé reprend ses habits ecclésiastiques et confesse le mourant. Cette confession est d’ailleurs entrecoupée par des incidents de ventre sur lesquels il est inutile d’insister. Il nous suffira de mentionner le dernier épisode, qui constitue le dénouement de la Farce et en est aussi la moralité. Berith, donc, est un petit diable, que Lucifer-a envoyé sur terre, pour faire son apprentissage et qui doit rapporter à son maître une âme damnée. Lucifer, partageant l’opinion de certains philosophes trop crédules du moyen-âge, a même appris au diablotin sans expérience, que tout homme qui meurt rend son âme par le fondement. Ne doutant pas du succès, Berith va donc s’installer au chevet de notre meunier et, un sac tout prêt dans les griffes, il guette, à l’endroit que l’on sait, lame damnée du pécheur. Or, à la suite des incidents inénarrables, auxquels nous faisions allusion plus haut, on devine ce qui s’échappe, par cette partie du corps humain, dans le sac du diablotin, et s’y loge à la place de l’âme — en le remplissant. Tout fier, Berith rapporte triomphalement le sac en enfer et l’ouvre,
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non sans orgueil, sous le nez du maître diable, qui pousse un pouah ! terrible, fait battre son diablotin, en guise de récompense et prescrit de ne plus jamais lui rapporter une âme de meunière ou de meunier :
SATMAN.
Oncques tel chose ne senty !
LCCIFFER.
. Sus, à coup, qu’il soit assorte 1
Et batu très-villay nemenr.
SATHAK.
Je luv ferav maulvais party.
Ils le (Berith) battent.
BERITH
A la mort !
LCCIFFER.
Frappez hardiment !
BERITH
A deux genoulx très humblement,
Luciffer, je te erv mercy.
Te promectant certayncmcnt.
Puisque cognois mon cas ainsi Que jamais n’apporteray cv Ame de munver ni munvere.
LUCIFFER.
Or te souviengne de cecv,
Puisque tu as grâce planyere.
Et garde d’y tourner arriéré 2 ,
D’autant que tu aymes la vie.
Aussi, devant ne de costiere 5 ,
Sur payne de haynne assouvye 4 ,