LA FARCE DU M UN Y EK
De tiens que nully, par envie, Désormais lame ne procure De munver estre icv ravie,
Car ce n’est que bran et ordure. >
Cette petite pièce — de cinq cents vers — malgré son indécence, ne manque, cependant, pas d’un réel comique. « La Farce du Munver, qui est encore pour nous si plaisante, devait produire sur les spectateurs un merveilleux effet de rire inextinguible, A une époque où les meuniers, A cause de leurs fourberies et de leurs vols dans la manutention des farines, avaient fourni au conte et A la comédie un type traditionnel d’épigrammes et de plaisanteries ' ». Le public accueillait avec des éclats de grosse gaieté ce personnage matois et narquois, dont il disait proverbialement : a On est toujours sûr de trouver un voleur dans la peau d’un meunier ». Cette disposition railleuse et agressive des gens du peuple à l’égard des meuniers devint pour ceux-ci une sorte de persécution permanente, que le Parlement de Paris dut faire cesser, en défendant, sous peine de prison et d’amende, d’injurier les meuniers dans les rues ou de les poursuivre par des quolibets.
« Nous ne doutons pas que le meunier de la Parce du xv e siècle ne se soit transformé, au xvn c siècle, en Pierrot enfariné, sur les tréteaux du Pont Neuf et de la Place Dauphine *. » •
Il est à remarquer que ce n’est pas seulement dans la Farce que la licence était, A cette époque, poussée fort loin. C’est ainsi, par exemple, que dans la matinée de la première journée du Mystère de Saint Martin, le public voyait ce dernier, se coucher, sans façon, dans un lit a tendu de tapisserie, ung ciel dessus et encourtine tout autour gorgiasement ». — Dans le
1. Voy. le Tracas Je Pâtis, par François Colletet ; dans le recueil intitulé : Paris Burlesque et ridicule, édition de la Bibliothèque gauloise.
2. P. L. Jacob, Recueil de Fui ces, Soties et Moralités du XV* siècle . Paris. Garnier frères, édit.
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UN* RIIÉT0RK1UEUR
Mystère iln vieil testament , Amon, amoureux de sa sœur Thamar, la couche et la chasse ensuite brutalement :
Hélas ! Hélas ! je suis destruicie
Après que av esté viollée !
Encore s’il m’eust consollée.
Dans le Baptême île Clovis (xiv c siècle), Clotilde accouche sur la scène ; —dans la Passion , Anne se couche avant de mettre au monde la Vierge Marie. L’auteur du Mystère île Bien advisé avertit, dans son prologue, le public qu’il ne devait pas se scandaliser de ce qui pourrait lui paraître choquant dans l’habillement des acteurs : « Bien advisè, dit-il, s’en va à Salisjacion et Satisfacion doit être nue 1 ».
i. Le sujet Je cette farce fut pris, nous apprend Raynouard, dans un ancien fabliau qu'il n’indique pas (J ou nu! îles Siiivnls, juillet 1835, p, 385).
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MOUAI.ITL DI: l’aVIXÜF.F. LT DU BOITI.LX
A l'encontre du drame dont l'histoire est nettement coupée, en France, par la Renaissance, la comédie accomplit son évolution sans transition appréciable. « Depuis le xur‘ siècle jusqu’à nos jours, on peut suivre, dans cette histoire, 1 éclosion, puis le développement et les modifications nombreuses, mais lentement ménagées, d’un même genre littéraire toujours identique à lui-même, sous des formes diverses pendant six cents ans'. » C’est ainsi que la moralité du \x c siècle est insensiblement devenue la comédie de mœurs actuelle. « La moralité, genre mixte, ou le sérieux se mêle au plaisant, marque l’esprit dictatique du temps, son goût pour l’allégorie et sa passion de moraliser ; elle abonde en tableaux naïfs, où se trouve exactement dépeint tout ce que ne racontent jamais les chroniqueurs et les historiens : la vie domestique, les relations des parents avec les enfants, des maris avec leurs femmes, dès maîtres avec leurs serviteurs ; elle oppose et elle rapproche toutes les classes de la société, plus tranchées alors qu’aujourd’luii par les privilèges, plus différentes par leurs moeurs et leurs usages et toutefois plus familièrement mêlées par les commerces de la vie *. »
La Moralité de F aveugle et du boiteux suivit la représentation du Mystère de Saint Martin ' et se rattache indirectement à
1. L. Petit Je Jull.-ville, Li Conn\lie et les Ma-ms en France au moyen âge.