‹ Un rhétoriqueur: André de La VigneChapitre 71 sur 78 · LA SOTISR A HUIT PERSONNAGES · texte numérisé non relu

LA SOTISR A HUIT PERSONNAGES

Au temps premier que hault Dieu me créa Qui tout créa : élémentz, asmes, corps.

Son bon vouloir, me faisant, recréa Et récréa maintz tueaulx a me cors Bons et accors les fit, mais mal acors Tant de discors en faitz et en ditz que ors Mys et discors ont purté blanche et munde :

C’est grand pitié que de ce povre Monde.

La ballade achevée, Abus prend la parole et donne au Monde le conseil de suivre Plaisance Mondaine. Il s’offre à le remplacer dans le gouvernement, tandis que le Monde, déjà vieux, prendra un peu de repos. A peine Abus s’est-il saisi du pouvoir qu’on voit arriver Sot dissolu, habillé en homme d’église, Sot glorieux, habillé en gendarme, Sot corrompu qui personnifie les magistrats, Sot trompeur qui représente les marchands, enfin Sot ignorant et Sotte folle qui, à eux deux, représentent le peuple. Cette belle assemblée veut avec le concours d’Abus élever un monde nouveau où Hypocrisie, Apostasie, Lubricité, Lâcheté, Pillcrie, Avarice, Mépris, Trahison, Corruption, Affliction, Parjuremcnt, Larcin, Convoitise, Chicheté, Rusticité, Murmure, Rébellion, Fureur, Dépit, Caquet, etc... tiendront la place de toutes les vertus.

Au milieu de ce monde nouveau, les cinq Sots tombent amoureux de Sotte folle ; celle-ci déclare quelle donnera la préférence à celui d’entre eux qui fera le plus beau saut. Il y a lutte alors entre ces personnages qui renversent le fragile édifice qu’ils ont élevé et le Monde rentre en possession de son domaine. A la fin de la Sottie, le Monde récite une nouvelle ballade, puis il ajoute cinq vers pour prendre congé du public.

Le style compliqué de cette pièce, les traits malicieux décochés contre les magistrats, même contre le chancelier, la donnée générale de la sottie, tout en un mot nous révèle ici l’œuvre d’un basochien. La basoche qui avait organisé la représentation devait être celle de Toulouse, comme l'indi-

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UN RHlhrORIQ.UF.UR

quent les allusions A Saint-Sernin (v. 714) et aux marchands toulousains (v. 1063). La copie livrée À l’imprimeur avait dû être exécutée par un méridional, A en juger par la graphie Jb pour / mouillé (soleilb, il eu lb, mcrvcilbe , eiteulbir, etc...). La langue n’a rien en elle-même de méridional et il n’y a pas lieu de chercher l’auteur de la Solisc dans le Midi.

Les bibliographes attribuent d’ordinaire la Solise à huit persounaigcs A Gringorc, ou A Jehan Bouchet. Nous allons démontrer avec M. Picot que c’est une erreur. Gringore n’a •que très peu pratiqué la rime batelée et les complications rythmiques. On ne les trouve que dans une œuvre de sa jeunesse : La Complainte de la Terre Saincte ; le feu du Prince des Sot^ et le Mistùre de Saint Loys montrent qu’il ne se serait pas permis ces tours de force puérils dans une œuvre dramatique. Quant au grave Jehan Bouchet, il n’y a qu’A lire son « Epitre A frère Jehan d’Authon », dans le Labirintbc de Fortune pourvoir que le théâtre lui a toujours été étranger :

La main ne metz en farces ne mistères Aussi mes vers sont tristes et austères ;

Mais quelques gens foulz et injurieux.

Rudes d’esprit, haulsaires, glorieux Dient que suis un farseur et rithmaire ;

Que me faict mal quant l’art des orateurs Voy despriser par telz foulz détracteurs.

Ailleurs Jean Bouchet revient sur le même sujet ; il s’excuse auprès du roi de la basoche de Bordeaux de ne pouvoir composer aucune pièce pour cette société *

Car en telz faietz ne mis onc mon estude,

Et ne scarois ung bon jeu composer,

Tel qu’il le fault sur chauffaux exposer En telle court, et davant tels consules Que ceulx lesquelz, par rappors incrédules De hault louer, méritent estre dietz Dieux, de scavoir, exempts de tous mesditz....

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