‹ Un roi philosophe; le grand FrédéricChapitre 10 sur 32 · LA ROYAUTÉ AU CABARET · texte numérisé non relu

LA ROYAUTÉ AU CABARET

— En place, mes amis, reprit Guillaume, arraché tout à coup à sa rêverie : la séance est ouverte. Tâchons aujourd'hui d^avoir de l'esprit. Quant à moi, je paye d'avance mon écot. Le voici.

En disant ces mots, il montrait un panier qu'il avait apporté sous son manteau; il en tira un brochet, et, le jetant sur la table :

— J'ai besoin de gaieté aujourd'hui, reprit-il; tu riras, Grundling, entends-tu bien, et à gorge déployée, mon garçon; sinon, je te renvoie au cachot; et, pour donner le coup de diapason, apporte-moi la bombarde.

La bombarde était une pinte d'or tournée en façon de mortier avec une bombe pour couvercle. Le roi de Pologne l'avait donnée à Guillaume pour

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flatter d'un seul coup sa double prétention au mérite de buveur et au talent du soldat. Sur le socle, on lisait cette devise : Baccho victori,

Grundling apporta au roi la bombarde remplie d'ale d'Ecosse. Le roi la vida d'un trait, et, passant la main sur sa moustache :

— A votre tour, messieurs !

La bombarde, de nouveau remplie, circula autour de la table, et quand tous les assistants eurent fait raison au roi d'une égale quantité de liquide :

— A toi la parole, Grumkow, reprit-il. Commençons par écouler le chapitre de la politique, pour avoir ensuite l'esprit en repos. As-tu vu aujourd'hui l'ambassadeur d'Angleterre? Que dit enfin mon frère de Hanovre?

— Sire, il continue de manquer de respect à votre couronne.

— A quel propos ?

— Comme j'ai toujours une oreille à Londres pour le service de Votre Majesté...

— Tu as l'oreille longue, Grumkow; mais tu as la langue encore mieux pendue. Va toujours, et tâche de dire la vérité.

— J'ai entendu le roi Georges vous appeler Varchisablier de l'empire. Archisablier, vous comprenez, pour archichancelier.

— Tu ferais mieux de laisser ton oreille sous ton

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bonnet que de Tenvoyer ainsi à la chasse d'un mauvais compliment. Mais qu'est-ce que le roi d'Angleterre entend par archisablier ?

— Il entend faire allusion au sable de Brandebourg.

— Ah ! mon frère Georges, tu joues sur le mot ! A charge de revanche, mon ami. Grumkow, tu m'amèneras demain le comte SeckendorflF. Je veux définitivement signer un traité d'alliance avec l'empereur d'Autriche. Mais auparavant, entends-tu bien, tu iras dans mon écurie, tu trouveras à main droite, en entrant, un cheval anglais...

— Celui-là même que le roi d'Angleterre donna le printemps dernier à Votre Majesté ?

— Précisément. Tu le conduiras sur la place, tu lui mettras la longe sur le cou, et tu le laisseras aller à la grâce de Dieu, afin que ma bonne ville de Berlin, à son réveil, sache l'estime que je fais du cadeau de mon frère d'Angleterre. Voici une question vidée. Passons maintenant à un autre article. As-tu reçu quelque nouvelle note du comte de Rottembourg ?

— Oui, sire, une note pateline pour vous sommer poliment de marcher sur Ostende et de donner un coup de balai au comptoir de la compagnie des Indes établi par l'empereur.

— Et qu'as-tu répondu à M. l'ambassadeur?

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— Rien, sire.

— C'est encore la meilleure réponse que tu aies faite depuis que je te connais. Je vais y ajouter cependant une apostille à ma façon; donne-moi une feuille de papier. Tu verras tout à Theure de quelle encre je sais écrire à Son Eminence le cardinal Fleury.

Grundling apporta une écritoire. Guillaume vida une seconde bombarde, pour redoubler Tinspiration, et, prenant une plume, il écrivit couramment sur le bout de la table sa réplique au cabinet de Versailles. Lorsqu^il eut achevé sa dépêche, il renversa sur Tencre le fond de sa tabatière.

— Maintenant, Grumkow, écoute bien ceci. Tu vas voir que moi aussi je sais parler français.

« Mon cousin... »

— C'est au cardinal Fleury que j'adresse le compliment.

« Je me déclare contre Tempereur, lequel ne 4L manquera pas de faire agir contre moi les Mos- « covites et les Polonais ; je demande si Leurs Ma- « jestés me tiendront alors le dos libre. L'Angle- « terre étant tout environnée de la mer et la France « se trouvant couverte de places fortes, se croient a assez en sûreté , tandis que la plupart de mes

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« Etats sont exposés à tout ce qu'on voudra entrett prendre. »

— Polnitz, dit-il en regardant son chambellan, comment trouves-tu cette botte au cardinal Fleury?

— Admirablement portée.

— Je t'ai toujours trouvé du jugement; aussi, pour te récompenser, je te donnerai tout à Theure la permission de nous raconter une vingtième fois rhistoire de ta visite au saint-père. Je reprends :

« Par ce dernier traité, j'entre donc en guerre pour « le bien de messieurs les Hollandais, afin qu'ils (( puissent vendre le thé, café, fromage et porce- « laines plus cher ; et ces messieurs ne veulent pas « faire la moindre chose pour moi, et moi je dois « tout faire pour eux. Monsieur le cardinal, dites- <^ moi, est-il équitable? Si j'entrais dans cette al- « liance, ne diriez-vous pas que le roi de Prusse a ^( donné dans le panneau ? Si vous prenez à l'emcc pereur ses vaisseaux et lui ruinez son commerce « d'Ostende, sera-t-il plus petit empereur qu'il n'est « à cette heure ? »

— Allons, Grundlîng, je t'accorde pour aujourd'hui voix délibérative ; que penses-tu de cette entrée en matière ?

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Le bouffon souleva gravement son bonnet, et, pour toute réponse, en agita les grelots.

— Parleras-tu, maraud ?

— Vous voyez bien, sire , qu'avec vous j'opine du bonnet.

Le roi jeta au fou un regard de travers et continua sa lecture :

« Je ne veux pas entrer dans l'alliance offensive a comme un aveugle ou un galopin. Je veux savoir « le pot aux roses et tous les secrets aussi bien que c< les rois de France et de la Grande-Bretagne, « comme partie, et non pas en subalterne et infé- « rieur. Le pot aux roses est qu'on prendra des « provinces à l'empereur, mais lesquelles? et à qui ^^^ « tomberont-elles en partage? où sont les troupes? W^ « où est le requisit pour soutenir la guerre ? Puis- « qu'on veut commencer la danse, il la faut bien « commencer. Après la guerre, on fait la paix. « M'oubliera-t-on ? Serai-je le dernier? »

— Prince d'Anhalt, ajouta le roi en interpellant le maréchal, j'ai toujours fait peu de fond sur la quadruple alliance de Herrenhausen : une alliance à quatre est une partie aux quatre coins, où le plus avisé laisse le plus sot dehors. Mon père tenait de son père, qui tenait lui-même du vieux comte Gaspard de Bracomonte de Penaranda , un proverbe espagnol d'une profonde sagesse : Liga nunca coje

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grandes paxaros. Une alliance est une glu qui n'attrape jamais de gros oiseaux. Il faut en prendre notre parti, nous n^aurons cette année de lauriers à cueillir que pour en couronner notre jambon» A propos de jambon, vous m'avez servi, sous ce nom-là, un plat exquis, le jour où vous m'avez invité à souper. Donnez-moi donc votre recette, je vous prie, que je la communique à mon cuisinier.

— Sire, c'est du jambon sauté au vin de Champagne.

— Au vin de Champagne ! répéta le roi avec un geste d'effroi ; je ne suis pas assez riche pour payer la sauce. Mais, puisque j'ai un pied en Champagne, j'ai sur ce terrain-là une autre question à vider. Je possède une Académie, comme vous savez. A quoi sert une Académie ? Elle doit servir à quelque chose, sans doute, puisque je lui paye une prébende en lui accordant le privilège des almanachs. C'est une fantaisie de mon père Frédéric. Il prit des académiciens à sa solde , comme il mettait mille ducats à un bouton d'habit, et ce bon pape Chigi le revenu d'un prieuré à une paire de pantoufles. Chacun a sa folie , et peut-être trouvera-t-on aussi un jour que j'ai eu la mienne, bien que ma mère m'ait créé l'homme ie plus sensé de la planète. Enfin, pour donner à mon Académie une occasion

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honnête de gagner son argent, j'ai chargé son digne président que voici de lui soumettre en mon nom certain problème de physique. Allons , Grundling, rends-nous compte de l'incident. Quand on marche comme toi à la tête d'un corps savant, on a le droit de parler à tort et à travers.

— Sire, j'entrai hier, comme vous me l'avfez ordonné, dans la salle de l'Académie. Le baron de Pritzen tenait le fauteuil. Je lui remis mon brevet; il le lut sans trahir la moindre émotion ; seulement, il examina longtemps la signature. Il me céda ensuite la présidence. Cette substitution de personne souleva une légère rumeur; je donnai un coup de sonnette pour réclamer le silence. Je passai la main dans mon jabot, et, fermant à demi la paupière, je dis avec gravité :

— Messieurs, j'ai une demande à vous faire de la part de Sa Majesté.

Ce mot de Majesté exerce toujours une certaine magie. Voilà toutes les têtes en l'air, tous les esprits en suspens. Quand je crois l'intérêt suffisamment éreiUé par ce préambule, je reprends du même ton d'autorité :

— Le roi mon maître me charge de vous demander pourquoi le vin de Champagne mousse au saut du bouchon.

A cette question, le philosophe Wolf a souri.

— Wolf a souri ? C'est un impie, reprit le roi. Je le chasse du royaume.

Et en effet, quelque temps après, Guillaume retirait à rillustre disciple de Leibnitz sa chaire de philosophie.

— On peut expliquer le phénomène par la chimie, ^ réi5bndu Eller, à une condition cependant.

— Laquelle ? ai-je repris.

— Que le roi nous envoie préalablement quarante bouteilles de vin de Champagne pour faire l'expérience.

— Qu'ils aillent au diable avec leurs quarante bouteilles! Définitivement, je veux casser aux gages mon Académie. Pour le prix qu'elle me coûte, j'aurais une compagnie de grenadiers. Mais qu'astu répondu à l'impertinence de ce damné géomètre?

— Rien.

— Comment ! rien ? Drôle, crois-tu donc que je t'ai mis à la tête d'une compagnie de bavards pour faire autre chose que pour bavarder par privilège? Tu as moins d'esprit que le perroquet de Maurice

de Nassau. Connais-tu l'histoire de ce perroquet?

— Non, sire.

— Eh bien! écoute-la. En ce temps, le prince Maurice de Nassau gouvernait le Brésil. On lui parla d'un perroquet qui devait avoir un diable, pour le moins, logé dans sa huppe, car il répondait

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exactement à toutes les questions. Maurice voulut voir ce perroquet. Il Taborde un jour à Timprovîste. Le démoniaque trônait, le bec fier, sur son perchoir. Sitôt qu'il vit entrer le gouverneur, il dit de sa voix de polichinelle :

— Quel est ce blanc ?

Puis, voyant approcher Maurice, il ajouta de luimême d'un air inspiré :

— C'est un général.

Maurice frémit et dit brusquement au perroquet t

— D'où sors-tu ?

— De Maranham.

— A qui appartiens-tu ?

— A un Portugais.

— Que fais-tu là ?

— Je garde les poules.

Le prince partit d'un éclat de rire.

— Tu gardes les poules?

— Oui, car je sais faire chuc-chuc.

— Mais toi, Grundling, reprit le roi, tu ne saiy ni garder les poules ni faire chuc-chuc. J'avais cru adresser à l'Académie un autre cadeau, et je vois que, toi aussi, tu voles ton salaire.

Puis tout à coup, prenant un air préoccupé,.

Guillaume tendit l'oreille.

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— Ecoutez, reprit le roi après un instant de silence, je crois avoir entendu le cri d'un aigle.

Les assistants dressèrent la tête à leur tour. Un silence profond régnait au dehors. Une froide brise de novembre bruissait seule à travers les branches des peupliers. Une lune voilée éclairait vaguement la neige tombée de la veille dans le jardin.

— Il m'avait cependant promis de venir, murmura intérieurement Guillaume.

Il tira sa montre.

— Il a encore le temps, reprit-il à mi-voix, et, changeant aussitôt de physionomie :

— Soupons, messieurs. Je veux vous servir aujourd'hui un plat aussi exquis que le jambon sauté.

Il prit un couteau, enleva une tranche de brochet et la présenta toute crue au prince d'Anhalt.

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— Maréchal, dit-il, un rendu pour un prêté.

Vous m^avez traité avec tout le raffinement de l'art; je vous traite dans toute la simplicité de la nature. Vous devez aimer le brochet?

— Oui, sire, maison bleu.

Et le maréchal passa le plat à Polnitz.

— Allons, baron, reprit Guillaume, tu ne peux refuser; ce serait un affront à mon talent de cuisinier.

Polnitz hésita un instant. Mais il trouva que la faveur d'un souverain valait bien une crudité, et, faisant contre fortune bon cœur, il attaqua vaillamment le mets par trop ingénu et poussa aussitôt le poisson à son voisin.

— Comment trouves-tu mon brochet?

— Un véritable morceau de roi, répliqua le chambellan en faisant la grimace.

— Polnitz, reprit Guillaume, tu dois avoir une arête dans le gosier.^ Pour la chasser, conte-nous rhistoire de ta conversation avec le pape.

— Sire, répondit le chambellan, je crois l'avoir racontée assez de fois pour que Votre Majesté en connaisse jusqu'au moindre détail. Si vous voulez bien, je vous ferai aujourd'hui, pour varier, un récit qui prouvera à Votre Majesté le danger de souper en compagnie.

— C'est un récit de circonstance, à ce que je voi»;

mais tiens-toi bien, Polnitz, car si je trouve dans ton histoire la moindre intention...

— Soyez tranquille, sire; ce n'est pas une allusion. Au temps dont je vais parler je vivais, à la cour de France, sur le pied de la faveur, avec la princesse palatine, mère du régent. La princesse m'avait pris en amitié parce que je parlais allemand et (qu'elle persiflait en allemand, du matin au soir, la haute et menue noblesse du royaume. Elle mettait volontiers du poivre dans sa parole, et je lui tenais la poivrière, c'est-à-dire que je lui donnais la réplique en style chanceux, au risque d'attraper un soufflet; car la bonne dame avait la main leste, à telle enseigne que le duc d'Orléans, son mari, lui ayant fourré le poing dans son fauteuil au moment où elle s'asseyait...

Polnitz regarda Guillaume.

— Eh bien ! dit le roi.

— Elle lui lâcha sa bordée avec tant de succès, que le prince, tout frère du roi qu'il était, en garda une fluxion pendant une semaine.

J'avais alors la bourse bien garnie. Law m'avait introduit dans le paradis du Mississipi. La noblesse me faisait fête pour mon argent. J'étais allé, à la suite du prince de Conti, courir le cerf au parc de Chambord. Je revenais en poste à Paris. J'avais mis pied à terre à Étampes.

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— C'était le moment, n'est-ce pas, où tu venais de changer de religion et de communier publiquement à Versailles ?

-^ Que voulez-vous, sire ? Law m'avait donné l'exemple. Je commandai à l'aubergiste un dîner conforme à un appétit d'Allemand. Pendant que la broche ornée de perdreaux tournait dans la che» minée de cuisine et que je jouais à la fenêtre le personnage désœuvré d'un voyageur dans l'attente du potage, je vis entrer dans la cour de l'hôtel un gentilhomme élégamment vêtu, monté sur un genêt.

Il remit en entrant son cheval au garçon.

— Laisse-lui la selle sur le dos, dit-il.

Cette recommandation aurait dû éveiller mon attention, mais je pensai que le cavalier craignait un refroidissement pour son genêt. Il débuta par faire une tournée de précaution à l'office. Il trouva le champ de bataille occupé. Alors, m'abordant avec cette grâce naturelle à la noblesse :

— Je sais, dit-il, que le dernier venu a toujours tort dans ce monde; cependant, je vous prie d'excuser la requête d'un gentilhomme condamné à vivre de perdreau par ordonnance de médecin, et de vouloir bien, à cette considération, me céder par charité le superflu de votre dîner.

Il avait si bonne mine et parlait si agréablement^

que, par un sentiment de germanisme déplacé, je voulus faire avec lui assaut de politesse.

— Je veux bien vous le céder, monsieur, répondis-je en souriant, mais à une condition : c'est que vous viendrez le partager.

— Puisque ceci est un marché, reprit-il, j'y mets à mon tour une autre condition, c'est que nous arroserons le gibier d'un certain vin dont je porte toujours quelques bouteilles dans ma valise pour raison de santé.

Nous nous mettons à table. Au bout d'un quart d'heure, mon gentilhomme entre en confidence. Il me raconte qu'il voyage incognito à la recherche d'une héritière qui lui trouve quelque mérite et qui lui a expédié son portrait.

La jeunesse a le cœur sur la main; sa franchise provoqua ma confiance. A mon tour, je lui fis ma confession ; il avait l'air, en m'écoutant, de porter infiniment d'intérêt à mon récit, et, à l'aide de cet intérêt, il me poussait de questions avec tant d'adresse, que je finis par lui révéler l'argent que j'avais dans mon portefeuille.

De temps à autre, il interrompait la conversation pour me verser un petit vin clairet de sa cave, caressant et hypocrite, qu'il appelait, je crois, blanquette de Vouvray. Cette blanquette-là avait une pointe singulière et montait rapidement au cerveau.

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A chaque verre que je buvais, je sentais ma tête de plus en plus pesante et ina langue de plus en plus embarrassée. Déjà je commençais à balbutier et à sentir la salle tourner, quand une petite joueuse de vielle vint chanter un noèl sous la fenêtre.

Au premier couplet du cantique, mon gentilhomme jeta sa serviette sous la table et disparut aussitôt. Un instant après, j'entendis le galot de son cheval résonner 3ur le pavé, et je tombai, comme frappé d'apoplexie, dans un profond assoupissement.

Au sortir de cette espèce de léthargie, je ressentis quelque scrupule de la façon dégagée dont mon compagnon m'avait faussé compagnie et m'avait emporté mon secret. Une minute après, je n'y pensais plus, et je continuai ma route sur Paris.

A quelque temps delà, j'appris que la justice allait exécuter Cartouche en place de Grève, et que la Cour avait l'intention d'assister à la cérémonie. J'obtins de l'amitié de M. d'Argenson un billet de faveur pour étudier les détails du supplice. Je pouvais examiner de près le célèbre coupeur de bourse et prendre, comme on dit , son signalement. Pendant qu'on lui faisait son lit sur la roue, le coquin, bien qu'en chemise , affectait une mine de grand seigneur et souriait de mépris. Je l'approchai. Il me regarda ; je le regardai à mon tour attentivement.

— Monsieur le baron allemand, me dit-il, vous rappelez-vous l'auberge d'Etampes ?

Je fis un pas en arrière; j'avais reconnu dans Cartouche le gentilhomme au cheval genêt.

— Vous avez le droit de brûler un cierge à la sainte Vierge, reprit-il, car, sans ce maudit air de vielle qui est venu à Timproviste m'avertir de la descente de la maréchaussée , vous seriez allé làhaut ou là-bas, foi de Cartouche, me préparer le logement. L'opération marchait à merveille. La blanquette de Vouvray faisait son devoir. Vous dormiez déjà. Un quart d'heure de plus, vous n'aviez plus la peine de vous réveiller , et j'héritais de votre portefeuille.

Guillaume avait cessé d'écouter l'histoire de son chambellan et fumait sa pipe d'un air distrait.

— Silence, dit-il ; l'aigle a crié.

Chacun prêta de nouveau l'oreille, convaincu que le roi avait décidément un fantôme dans l'esprit.

On entendit dans le silence de la nuit comme la chute d'un corps sur le pont, et après cela comme le gémissement d'un homme blessé.

Le maréchal d'Anhalt tira l'épée et sortit pour éclaircir le mystère. Un instant après, il rentra, tenant sous le bras un homme pâle, défait, couvert de neige de la tête aux pieds, la veste déchirée, la

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perruque à moitié arrachée et rejetée sur Tépaule.

Guillaume poussa une exclamation de bonheur.

— Dieu soit loué! dit-il, voilà M. Muller. Mon pauvre pasteur , ajouta-t-il en partant d'un éclat de rire, qui donc vous a roulé comme un poisson dans la farine?

Voici ce qui était arrivé. Le pasteur Muller devait aller trouver le roi incognito, au pavillon de Marly, pour lui rendre compte de la conférence de Custrim. C'était la première fois que le digne ministre du saint Évangile mettait le pied sur le territoire réservé de Sa Majesté. Il présenta son laissezpasser à la sentinelle de faction à l'entrée du jardin et lui demanda la route du pavillon.

La sentinelle montra une petite lueur rouge perdue au fond d'une allée. Le pasteur marcha sur la lueur à la vitesse d'un homme empressé d'acquitter sa commission. Malheureusement, il avait la vue basse, et, pour surcroît de malheur, la lune, depuis un instant, avait disparu dans un nuage.

A la grille du pavillon, il entendit un cri aigu sur sa tête, mais il le prit pour le qui -vive nocturne du hibou. Il passa outre et alla heurter sur le pont, de toute la puissance de la vitesse acquise, une grosse masse noire, touffue, soyeuse et chaude au toucher. Un sourd grognement répondit au choc. Au même moment, le pasteur sentit un poids

tomber sur son épaule droite, puis un autre poids sur son épaule gauche, puis une haleine chaude flotter dans l'air, et quelque chose d'humide comme un museau passer sur sa figure.

Après cette reconnaissance sommaire dans l'ombre de la nuit, il pirouetta sur lui-même, et, lancé en arrière à toute volée, il alla rouler au milieu du pont-levis. C'est à ce dernier acte du drame que le maréchal d'Anhalt était venu le relever et lui avait appris le nom de l'agresseur en lui montrant l'ours Cateau, qui, les deux pattes appuyées sur le jonc d'Amérique de Guillaume, gardait flegmatiquement à vue le corps de sa victime,

— Sire, dit le pasteur Muller avec gravité pendant que le roi riait encore, permettez-moi de vous dire, avec l'affliction respectueuse d'un homme dévoué à son prince, que, lorsqu'un fidèle serviteur vient vous visiter pour votre service, vous devriez lui ménager une autre réception.

— Tu entends, Polnitz ? dit Guillaume d'un ton grave; l'homme de bien doit toujours parler ainsi. Maintenant, monsieur le pasteur, il y a eu ici surprise. Cateau a dépassé sa consigne. Quelle peine voulez-vous qu'on lui inflige en expiation de son algarade?

— Qu'on l'attache, répondit le pasteur.

— On l'attachera, reprit Guillaume. Maintenant,

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monsieur Muller , avez-vous réussi dans votre négociation ?

— Sire, r Esprit-Saint a touché le cœur du pécheur.

— Le pécheur croit-il enfin à la liberté ?

— Il y croira.

— Mon fils vivra ! dit le roi en croisant ses mains avec ferveur. A genoux, messieurs ! remercions le Ciel de sa miséricorde!

Guillaume, dans Télan de sa reconnaissance pour la conversion de son fils à son dogme favori, improvisa un sermon sur le texte de l'enfant prodigue. Le pasteur fit ensuite, sur son ordre, une prière d'action de grâces et donna sa bénédiction aux assistants.

— Amen ! fit Grundling après la cérémonie.

— Pourquoi dis-tu Amen ! demanda Guillaume.

— Parce que, dans Taffaire de votre fils, vous avez usurpé sur ma charge , répondit le bouffon.

— Comment cela ?

— Vous deviez me laisser le soin de juger votre fils; vous n'auriez pas besoin aujourd'hui de lui accorder son pardon.

UN CERCUEIL A l'eSSAI

Mon fils vivra, avait dit Guillaume dans un mouvement d'enthousiasme pour un fils capable enfin de comprendre la véritable théologie. Frédéric vécut effectivement, mais sous toute réserve, c'està-dire à Tétat de prisonnier sur parole. Son père le consigna dans la ville de Custrim, avec une allocation de douze sous par jour pour son entretien. Et, pour plus d'économie encore, il l'obligea à gagner sa dépense sous le titre de conseiller surnuméraire de je ne sais plus quelle espèce de cour de finance. Frédéric siégeait au bas de la table, opinait le dernier et rédigeait le procès-verbal de la séance.

Il trouvait sans doute le métier fatigant , car il voulut en partager l'ennui avec un nouveau collègue.

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Il acheta à cet effet un singe de belle apparence, et, de son autorité privée, il le nomma conseiller. Le jeune prince subissait sa prison au siège même du tribunal. Un jour, le singe fit une escapade et disparut par la fenêtre. Frédéric, en quête de son juge fourré, criait à tue-tête du fond de sa chambre :

— Monsieur le conseiller!

Mais monsieur le conseiller, sans respect de son titre, gambadait sur les gouttières.

Or, précisément à ce moment-là, un conseiller authentique, du nom de Revedel, traversait le corridor. Il prit rappel au déserteur pour son compte particulier, et, entr'ouvrant la porte avec discrétion, il montra de profil la perruque solennelle d'un magistrat en tenue d'audience.

— J'appelais mon singe, dit Frédéric à la vue du personnage substitué. N'importe, entrez toujours, monsieur le conseiller ; c'est la même chose.

Frédéric prenait donc gaiement sa captivité, à douze sous par jour, sans compter la retenue. A la vérité, la noblesse du canton, la haute bourgeoisie, la moyenne bourgeoisie, et jusqu'à la colonie française réfugiée à Custrim à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, s'étaient cotisées en secret pour élargir la marge du crédit affecté à la pitance de l'héritier présomptif de la couronne.

Mais riche ou pauvre, peu importait ! Chi ha

tempo ha vita^ écrivait-il à sa sœur Wilhelmine. Il tenait encore sa place sur la terre, et il prenait à la vie le même bonheur que le convalescent à la santé. Il jouait de la flûte, il lisait, il méditait, il traduisait Machiavel, étudiait la carte de Prusse, pensait de temps à autre au lieutenant Katt, et portait toujours rhabit de festung-bau^ c^est-à-dire de galérien, en souvenir de son pauvre ami tombé sous la hache du bourreau.

Cette vie exemplaire finit par détendre Finflexibilité de Guillaume. Il donna une lettre d^abolition en faveur de son fils, le déchargea de toute déchéance portée contre lui pour crime de désertion, et le réintégra dans son titre d'Altesse et son grade de colonel. Frédéric déposa Thabit du festung et reprit Tépée, qui, pour avoir été brisée une fois dans le fourreau, devait encore faire assez bon usage.

Un soir qu'il y avait grand appartement au palais, c'est-à-dire jeu et bal à la fois, la reine faisait, comme d'habitude, sa partie de toccadile. Or, au moment où, absorbée tout entière dans son jeu, elle méditait un coup difficile, elle sentit quelqu'un appuyer familièrement son coude sur le dossier du fauteuil ; elle retourna la tête, jeta un seul cri : Fritz ! et tomba en syncope. Elle venait de reconnaître son fils et succombait à l'émotion. La mu-

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sique continuait de jouer. La princesse Wilhelmine dansait à corps perdu une sarabande. Grumkow, r arrêtant au passage, lui dit à Foreille :

— Mademoiselle, la tarentule vous a donc piquée? •— Comment ?

— Regardez donc la table du toccadile.

La princesse jeta en effet un regard de côté et aperçut un jeune homme en uniforme prussien.

— Mon frère ! dit-elle.

Elle courut Tembr^sser, et en l'embrassant elle sanglotait et riait tour à tour.

Guillaume assistait immobile à cette scène de famille. Mais tout à coup il fit la pirouette et gagna Fautre bout de la galerie. Il sentait la contagion Tenvahir. Un roi avait failli pleurer.

A partir de cette heure, il traita son fils en prince de sang royal : il l'exempta du bâton ; il le logea au château de Reinsberg; mais il le tint toujours à la portion congrue. Frédéric trouva le moyen d^emprunter, et, une fois en fonds, vécut en artiste : vie joyeuse, bonne chère, bonne cave, musique excellente.

Frédéric interrompit un seul jour cette existence de prélat du dix-huitième siècle : ce fut pour épouser une princesse de Brunswick, tandis que, pour faire partie carrée, sa sœur épousait d'un autre côté le margrave de Bareith; mais le lendemain du

mariage il reprit le cours de son célibat. Parfois Guillaume partait à franc étrier pour surprendre son fils, et, le trouvant toujours occupé avec quelque ténor ou quelque prima donna, disait à son retour avec une sorte de soulagement et de mécontentement à la fois :

— C'est un bel esprit, sans doute, mais corrigé désormais de la manie de comploter; il rêve du matin au soir de cavatine et sacrifie uniquement à Toreille.

Et en effet le prince royal, par sentiment d'euphonie, prononçait Remusberg pour Reinsberg et signait Fédéric pour Frédéric.

Cependant chaque matin un domestique jetait un verre d'eau à la figure de Frédéric, ou Fédéric, nouvelle orthographe, pour le réveiller, et longtemps avant le lever du soleil une lampe brillait à sa fenêtre.

Que faisait-il au premier chant de l'alouette? Quelque œuvre mystérieuse probablement, car, enveloppé d'un silence profond, il tenait rigoureusement sa porte fermée jusqu'à midi. On savait seulement qu'il entretenait une correspondance occulte avec l'Europe. Il écrivait en Suisse, en Hollande, en France, en Belgique, en Suède, partout, et peut-être bien aussi en enfer. Mais l'adresse de chaque lettre portait toujours le nom d'un philo-

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sophe, d'un savant, d'un historien, d'un poëte. Il faisait le brouillon de son règne; il mettait l'élite du genre humain de' moitié dans son programme.

Toutefois, Guillaume vieillissait et déclinait rapidement. Il fléchissait sous le poids de trois ou quatre maladies combinées, la goutte, la sciatique, la gravelle, l'hydropisie. Le corps enflé et ployé sur deux béquilles, il traînait lourdement, lentement, à fleur de parquet, le long de la galerie du palais, ses pieds volumineux, douloureusement empaquetés dans ses pantoufles fourrées. Bientôt complètement rongé par la base, il dut circuler, d'une chambre à l'autre, dans une chaise à roulettes.

Un jour, sa figure prit tout à coup une teinte de charbon, et Tœil, injecté de sang, tourna dans la paupière. Guillaume voulait parler; sa lèvre remuait, mais il ne sortit de cette âme en peine qu'un flot d'écume. C'était une attaque d'apoplexie. Il en revint cependant, mais le marteau de l'horloge avait frappé l'avant-quart; la dernière heure allait bientôt sonner.

Peu de temps après, Guillaume gisait au fond de son lit dans cet engourdissement qui est le sommeil, à moitié éveillé, de la douleur. Une lampe, étouffée sous son abat-jour, brûlait discrètement à son chevet. Un valet de chambre dormait sur un pliant au pied du lit du malade.

i3o Un roi philosophe

Le roi entendit les rideaux glisser sur leur tringle, et à la lueur de la veilleuse il vit une grande femme blanche les bras étendus, les cheveux épars, pencher la tête sur le lit et la tourner, de droite et de gauche, comme si elle cherchait quelque chose sous la couverture. Lorsqu'enfin elle eut aperçu la face du roi ensevelie dans l'oreiller, elle le regarda longtemps en silence, puis, refermant doucement les rideaux, elle disparut dans les ténèbres.

L'horloge du palais tintait en ce moment. Mais Guillaume n'eut pas la force de compter le nombre de coups, qui lui parurent sonner pendant une éternité. La dernière vibration mourait à peine à son oreille, qu'un cliquetis étrange retentit dans la pièce à côté. Toutes les porcelaines sonnèrent un instant, comme entrechoquées les unes contre les autres, et tombèrent en éclats sur le carreau. Guillaume entendit ensuite des bruits de pas précipités dans le corridor et des chutes de crosses de fusil . Le valet dormait toujours.

Le roi le réveilla et lui dit avec une expression de terreur :

— Là ! par là ! elle est sortie par là !

£t, Toeil égaré et la main tendue, il lui montrait la porte du cabinet.

— Qui donc ? répondit le domestique à moitié assoupi.

Un cercueil à V essai i3i

— La dame blanche, te dîs-je ; va voir où elle a passé.

Le valet fit le tour du palais et ne trouva d'autre spectre qu'un caporal en train de relever une sentinelle.

— J'ai vu la dame blanche, répondît Guillaume, et il laissa tomber un soupir.

Or, quand un roi de Prusse a vu la dame blanche, ce roi de Prusse doit mourir.

Un électeur de la dynastie de Brandebourg, du nom de Joachim, abattit autrefois sans façon, pour agrandir son palais, la maisonnette d'une pauvre femme de Berlin. La malheureuse, jetée sur le pavé par cet acte de bon plaisir, dit dans l'inspiration de la colère :

— Joachim, tu viens de commettre une mauvaise action; mais rappelle-toi que tu dois mourir; ce jour-là tu me reverras, et après toi les tiens me reverront jusqu'à la dernière postérité.

Et en effet, à l'heure dite où Joachim touchait à sa fin, elle vint en robe blanche lui annoncer sa mort sans qu'on ait jamais su par où elle était entrée. Et depuis lors, toutes les fois qu'un prince de Brandebourg mourait, elle lui rendait infailliblement visite. Le premier Guillaume l'avait vue au siècle dernier; le premier Frédéric l'avait vue

i32 Un roi philosophe

aussi. Le Guillaume actuel accepta le présage, et à l'heure même il commanda son cercueil.

Lorsque le plombier lui apporta ce dernier grabat du roi comme du savetier, il l'examina dans le plus grand détail. Il envoya ensuite chercher la reine et lui dit gravement :

— Madame, veuillez vous coucher là-dedans, pour voir si le meuble a bien la dimension requise.

La reine recula d'horreur.

— Madame, reprit le roi, quand le czar Pierre le Grand visita mon père dans ce palais en compagnie de sa femme, il trouva derrière un rideau une statue de satyre. Comme il aima toujours à mettre la czarine à l'épreuve, il lui dit en riant :

— Baise cela.

La czarine hésitait devant l'énormité de l'action. Le czar murmura dans sa moustache :

— Kopab !

— Kopab était une menace. Je ne vous dirai pas kopab! mais donnez-moi du moins cette consolation de pouvoir penser avant de mourir que j'ai obtenu de vous un acte de soumission ; c'est le dernier service que j'ai à vous demander.

La reine avait de tout temps porté au fond du cœur cette double superstition : d'abord, qu'une femme doit obéissance à son mari, en principe, sauf à corriger à l'application la rigueur de l'axiome ;

Un cercueil à V essai i33

ensuite, que la volonté d'un mourant, même excessive, a en soi quelque chose de sacré. Elle alla pousser le verrou de la porte par sentiment de pudeur.

— Vous le voulez? dit-elle à Guillaume.

Et, résignée comme la victime traînée à Tautel, elle disparut dans la bière pour en faire Fessai. Le roi la laissa un instant ainsi couchée dans Tattitude de la mort et la contempla avec un sentiment sinistre de bonheur.

— Levez-vous, maintenant, madame je vois que je pourrai dormir là de toute ma longueur.

Il parut réfléchir un instant :

— Et même vous faire placoiau besoin.

Guillaume avait en lui quelque chose de ces despotes d'Orient, qui, en tombant dans la mort du haut de leur orgueil, voulaient du moins entraîner leurs femmes avec eux au fond de leur tombeau.

Après cette répétition funèbre de la dernière scène de la comédie humaine, Guillaume embrassa la reine, et, la congédiant avec bonté :

— J'ai besoin, dit-il, de causer un instant avec Polnîtz.

Pelletan. 8

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