ÉTUDES LITTÉRAIRES LES MODERNES
M. DE BALZAC
En commençant ces études, nous avons contracté l'engagement de prendre les hommes qui en seraient l'objet, tantôt parmi les gloires du passé, tantôt parmi les renommées du présent : nous sommes trop admirateurs de Bossuet et trop ami de M. de Balzac, pour ne pas dire que c'est à ce seul motif qu'il faut attribuer une succession de noms qui, au premier abord, a quelque chose d'étrange. Quoi qu'il en soit, ces contrastes qui seraient un défaut dans un
livre, seront peut-être un avantage dans un journal. Il faut aux lecteurs des publications périodiques des émotions rapides et variées, les esprits nourris de tous les changements qui se font dans la politique, ont faim et soif de rimprévu ; ils aiment un journal comme une montre fidèle qui marque les secondes et les minutes de l'histoire, et comme un baromètre qui annonce les brusques variations de l'atmosphère. Il faut leur parler un peu du présent, beaucoup de l'avenir, rarement du passé. Nos études sur les grands hommes du dix-septième siècle nous feront pardonner, par quelques bons esprils, l'examen bien souvent stérile des célébrités contemporaines; mais auprès de combien de personnes une élude sur M. de Balzac ne nous servi ra-t-elle pas d'excuse, après deux méditations sur Bossuet ?
Nous faisons celle réflexion sans aucune intention d'épigramme et seulement dans le but de prévenir le reproche que nous aurions
pu encourir, si nous nous étions précipités des hauteurs bossuétiques dans les gouffres de la littéral ure actuelle, sans avoir nous-meme exprimé tout ce qu'une pareille transition a d'insolite et de tranché.
Certes, M. de Balzac n'est point un esprit vulgaire; nous dirons même que c'est un des écrivains les plus remarquables de l'époque, et par ses qualités et surtout par ses défauts. Sa vie a quelque chose de particulier et d'original qui ne se retrouve nulle part. Il y a déjà bien des années qu'à peine sorti de l'enfance celte intelligence féconde entassait avec une incroyable profusion des ouvrages condamnés au silence de l'oubli. On eût dit qu'avant de produire quelque chose de régulier, elle avait besoin de se débarrasser d'une surabondance de sève, et qu'elle s'émondait elle-même, (tétait, si nos souvenirs ne nous trompent pas, sous des noms empruntés que l'auteur publiait les informes avortons, les œuvres inorganisées
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qui sortaient de ces enfantements précoces.
Ainsi, M. de Balzac a eu deux carrières d'écrivain : l'une d'écrivain dédaigné ; l'autre d'écrivain connu ; tranchons le mot, Tune de mauvais et l'autre de célèbre écrivain.
Ce n'est pas sans intention que nous présentons cette observation. Dans presque toutes les conceptions de l'auteur vous trouverez un type vrai et dessiné avec force ; c'est celui de l'homme qui n'a point pris sa place et qui lutte et contre lui-même et contre les autres, jusqu'à ce qu'il soit parvenu à s'y asseoir. Vous reconnaîtrez dans ce type, présenté sous toutes ses faces, le reflet d'émotions profondément ressenties par celui qui les peint. C'est un matelot qui, arrivé au port, a le cœur plein encore des viscissitudes de la mer, et les membres tout brisés des faligues de l'océan.
Peut-être faudrait-il voir aussi dans cette circonstance de la vie de M. de Balzac l'origine de ce penchant de l'auteur à esquisser
de préférence les mauvaises natures et les puissances du vice. Il y a de la rancune contre la société dans cet esprit qui a été longtemps à se frayer sa route. Il est plus enclin qu'un autre à croire que les mille portes de Tédifice oîi il est difficilement entré, sont fermées pour les puissants caractères et les intelligences élevées, et il se venge à sa manière en revêtant de grandeurs et de magnificences toutes les natures anti-sociales. Enfin, dans cette lutte longtemps stérile, dans ces efforts dont s'éloigna longtemps le succès, vous trouvez en partie l'explication de cet orgueil qui est le fond de la nature de M, de Balzac, et dont nous devons parler ici, parce que c'est la source principale de ses qualités et de ses défauts littéraires.
Nous avouons, pour notre part, que nous souffrons plus volontiers l'orgueil que la vanité. La vanité a quelque chose de petit et de chagrin qui choque et qui blesse. Il
est difficile de vivre en paix avec elle, car c'est presque toujours une incrédule qui, au fond, n'étant pas sûre de son propre mérite, veut que vous en soyez convaincu, et quelquefois que vous l'en convainquiez. Quand on a affaire à la vanité, il faut avoir sans cesse à la main son aumône de louange, et cette mendiante insatiable ruinerait la charité elle-même.
L'orgueil, au contraire, est sûr de son talent; il est en possession de son mérite, il croit à son génie. Il se passe volontiers de vos éloges ; n'a-t-il pas les siens qui sont d'un plus haut prix à ses yeux? Pourvu que vous les entendiez, — remarquez que nous ne disons pas: pourvu que vous les écoutiez, — pourvu que vous les entendiez, il est content de vous. Il est l'orateur de son propre panégyrique; vous n'en êtes que l'auditoire, et, quand vous savez bien votre métier d'auditoire, quand vous possédez le secret de ces hochements de lêle intelligents, de
ces clignements d'yeux pleins d'à-propos, de ces interjections savantes ; quand vous baltez bien la mesure de la louange, comme les chevaliers romains qui assistaient dans le cirque aux fantaisies musicales de l'empereur Néron, l'orgueil daigne quelquefois vous jeter la dernière des fleurs dont il a respiré le parfum jusqu'à l'asphyxie ; car l'orgueil est un bon prince, qui entend que tout le monde dîne lorsqu'il n'a plus faim.
Nous croyons avoir dit que M. de Balzac avait un prodigieux orgueil, mais de ces bonnes natures d'orgueil, si l'on peut s'exprimer ainsi, pleines de franchise et de rondeur, bien naïves et bien familières, qui se posent d'elles-mêmes sur leur piédestal, sans avoir besoin de l'aide de personne ; un orgueil à la Bussy-Rabutin, ce fier disgracié des lettres de madame de Sévigné, ou, si vous aimez mieux, un orgueil à la Victor Hugo, ce prince des poètes peut-être, mais à coup sûr ce roi des orgueilleux. Le dirons-nous
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on ne sait vraiment pas s'il faut en vouloir à M. de Balzac de ce défaut, qui, du reste, n'est clia^iui, ni incommode, ni importun. Il a eu besoin de son orgueil comme d'un compagnon fidèle pour le soutenir pendant la première période de sa carrière littéraire.
C'était lui qui donnait à Fauteur inconnu les couronnes que le public lui refusait ; c'était lui qui le consolait lorsqu'il se repliait en lui-même pour demander au sentiment de sa supériorité un témoignage en sa faveur.
Peut-être dira-t-on que ce qui était excusable alors ne l'est plus aujourd'hui, et que lorsqu'on est grand seigneur de la littérature, il faut renoncer à être l'intendant de sa gloire. Sans doute il y a de la vérité dans cette observation ; mais il faut ajouter aussi, pour être juste en tout, que M. de Balzac a bien quelques motifs d'excuses.
D'abord, il est né dans un siècle où la modestie a presque cessé d'être une qualité pour devenir un défaut, et oii l'on respire
l'arrogance et la présomption dont l'atmosphère est toute chargée. Un grand exemple a perdu ce siècle, rempli d'immenses catastrophes et de prodigieux changements. Depuis qu'un petit sous-lieutenant d'artillerie est sorti des rangs pour aller s'asseoir sur le trône, une incroyable ivresse d'ambition s'est saisie de toutes les âmes.
Toute intelligence qui se sent quelque force et quelque pouvoir veut gagner son Austerlilz et bâtir sa colonne. Sylla voyait plus d'un Marins dans César ; il est peu d'hommes qui ne voient en eux-mêmes plus d'un Napoléon. Tous, tant que nous sommes, nous voyons percer dans le lointain de notre destinée un bout de sceptre et un pan de robe de pourpre. I^es têtes encyclopédiques courent les rues. Dieu, cet inépuisable créateur des mondes, suffirait à peine à pourvoir ceux qui se croient capables de les gouverner. On ne rencontre que gens qui, sachant tout parce qu'ils n'ont rien appris, et également
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disposés à prodiguer impartialement leurs faveurs à tous les genres de gloire, gagneraient la bataille de Rocroy le matin, feraient Athalie en déjeunant, trouveraient toutes les découvertes de Newton dans leur après-midi, et improviseraient en dînant, si vous les en priiez bien, la politique du Cardinal de Richelieu ; bien heureux encore s'ils ne détrônaient pas Mozart et Haydn dans leurs moments perdus.
On comprend qu'au milieu de la contagion de tous ces amours-propres la pratique de la modestie soit assez difficile. Quelqu'un, étonné des prétentions de l'abbé Maury, lui disait un jour : « Mais, monsieur, vous vous estimez donc beaucoup ? » L'abbé Maury répondit : « Fort peut quand je méjuge, beaucoup quand je me compare... »M. de Balzac serait le bien venu auprès de nous à donner cette réponse comme une explication satisfaisante de son orgueil.
Ajoutez à cela une autre plaie de notre
époque, ou, si Ton aime mieux, un vice de notre littérature qui doit, nécessairement, ou mettre les esprits élevés au désespoir, ou les jeter dans le délire de cette satisfaction intime que nous rencontrons chez pres(]ue tous les écrivains remarquables de ce temps.
Comme le royaume des lettres est devenu une espèce d'annexé de la Bourse, où il se fait au moins aut<int de fortunes que de renommées, il s'est formé dans la littérature une assurance mutuelle, une compagnie marchande composée de toutes les médiocrités intellectuelles, savamment enrégimentées contre les talents hors de ligne. C'est la petite propriété de l'intelligence faisant la guerre à la grande. C'est la lutte ouverte entre la démocratie et l'aristocratie de l'esprit, cette première de toutes les aristocraties. Le talent est un Montmorency dont le Tiers- État du royaume des lettres ne peut tolérer les litres magnifiques, et la stupide envie, cette mère de toutes les révolutions, vient
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aussi crier sous les fenêtres des puissances intellectuelles : « Guerre aux châteaux, paix aux chaumières. »
C'est tout à la fois imprudence et folie que de mépriser la bêtise. Il n'est rien que nous sachions de plus fort et de plus irrésistible. La bêtise n'a pas de tête ; mais elle a mille mains et mille pieds. Elle est agissante et envahissante. On la trouve sur toutes les avenues pour les ouvrir aux siens, et pour les fermer à ceux qui ne la reconnaissent pas comme maîtresse et comme souveraine. Elle appliqua plus d'une fois sa griffe insolente sur l'épaule du génie, et ce fut sans doute dans un de ces jours que M. de Chateaubriand, saisi d'une triste prévision, s'écria en hochant douloureusement la tête : « Voici que dans ce pays la bêtise devient une puissance! »
Et, par malheur, la bêtise dont nous parlons n'est pas sans attraits aux yeux de certaines gens. C'est une bêtise polie et ornée,
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si l'on peut s'exprimer ainsi ; c'est la médiocrité dorée du pays des lettres. Elle a ses papiers en règle, une réputation d'honnêteté bien établie. Jamais, au grand jamais, elle n'oublia de balayer sa porte et de mettre, aux jours voulus, les lampions officiels sur sa croisée. On ne la trouva jamais en infraction avec les lois et ordonnances de la langue, avec les prescriptions et injonctions de la grammaire. Elle ne sait rien des inspirations du talent, mais elle en possède admirablement l'orthographe. A l'abri de ces avantages, elle fait une guerre terrible à toutes les hautes capacités. Quant au motif qui l'anime, elle ne l'avoue pas toujours, mais elle le laisse percer quelquefois, et l'on va voir que, s'il n'est pas bien noble, il annonce du moins une parfaite entente des lois du calcul .
Nous l'avons dit, nous sommes dans un siècle éminemment industriel, dans un pays où la gloire s'escompte. Si les écrivains
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médiocres se coalisent contre les écrivains supérieurs, ce n'est point précisément parce que ceux-ci prennent une trop grosse part de renommée, mais parce qu'ils sont représentés au budget de la littérature par un gros chiffre. Ne s'est-il point trouvé des critiques pour reprocher à M. de Balzac les dorures de son salon, l'éclat de ses lentures? Ces huissiers-priseurs de la littérature ne sont-ils pas allés inventorier ses glaces, ses tapis et ses bronzes ? Que sais-je ? N'ontils pas compté parmi les défauts de son style et les égarements de sa pensée, son carrosse, sa canne ornée d'un rubis et son valet de chambre I
Il arrive de là que les auteurs qui ont la conscience de leur talent, se raidissent contre l'association des hommes médiocres, s'habituent à mépriser la critique en elle-même, sans penser qu'ils ne devraient en mépriser que Tabus,
Ils ne la considèrent plus désormais que
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comme une ennemie mortelle qu'il ne faut jamais écouter et qu'il faut toujours combattre. Pour échapper à ses atteintes, ils se réfugient dans leur orgueil, et leurs défauts deviennent incurables. Peut-être n'aurionsnous pas eu à adresser à M. de Balzac la moitié des censures que nous aurons à exprimer dans cette étude, si les attaques injustes et malveillantes dont il a été l'objet ne l'avaient point entraîné à fermer Toreille à toutes les représentations, et à décerner lui-même Tapotliéose à ses défauts devant ceux qui refusaient de reconnaître les précieuses qualités de son esprit? Son orgueil, qui lui était devenu nécessaire pour résister à ce déchaînement, lui a en môme temps inspiré ces prétentions encyclopédiques qui, bien souvent, défigurent ses concej)tions et enlaidissent son style, où elles introduisent je ne sais quelle phraséologie savante, assez semblable à un dôme lourd et pesant qui écraserait de sa masse de sveltes et gracieuses colonnes apparte-
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liant à l'ordre corinthien. Son orgueil, qui lui a donné une puissance de travail que peu de personnes possèdent, une énergie d'observation qui résiste à tous les ennuis, Ta porté en même temps à faire parade dans ses écrits, de connaissances qui fatiguent plutôt par leur confusion qu'elles ne frappent par leur profondeur. C'est ainsi qu'il a voulu dans le roman intitulé : le Père Goriot, placer l'analyse médicale à côté de l'analyse philosophique, se montrer médecin en même temps que philosophe et littérateur, et prendre, pour ainsi parler, sur le fait, les hoquets de la mort, afin de traduire en sons bizarres les derniers craquements d'une organisation qui se dissout, et les formidables bégaiements de l'agonie.
Tel est le vice capital de M. de Balzac. Il aspire toujours au cumul de plusieurs gloires. C'est un Pic de la Mirandole qui soutient, à propos de tous les sujets, la fameuse thèse de omni re scibili. Ses romans, pleins d'une
observation si vraie et si vivante, il veut en faire des cathédrales ; ses phrases, souvent si expressives, il veut en faire des iliades; ses héros, si énergiquement conçus, tournent trop au géant. Nous serions disposés à croire que sans se faire beaucoup prier il aurait parlé de guerre à Bonaparte, de géologie à Cuvier, de voyage à Lapeyrouse et de théologie à Bossuet. Esprit qui ne manque point de grandeur, mais de cette grandeur théâtrale, cachet particulier des hommes de ce siècle, qui semblent être plutôt les acteurs que les personnages de leurs rôles. Intelligence plus variée que complète, plus large que haute, mais où perce pourtant une rayon de cette naïveté qui n'appartient qu'aux esprits supérieurs.
On comprend maintenant pourquoi nous avons dit, au début de ces réflexions, que l'orgueil était la source principale des défauts comme des qualités de M. do Balzac, et pourquoi nous nous sommes élevé avec quel-
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que chaleur contre ceux qui, faisant dégénérer la liberté de la critique en licence et son désintéressement en calcul, ont détruit Tautorité salutaire qu'elle exerçait autrefois. Ceux-là ont rendu en môme temps un mauvais service à la critique et à la littérature. Incapables eux-mêmes de produire, ils ont, autant qu'il était en eux, fait avorter les talents véritables de leurs œuvres. Race immortelle des ïhersite, sur l'épaule desquels s'abaisse trop rarement le sceptre pesant d'Ulysse, et qui devait trouver sa juste censure dans des considérations qui sont plutôt un tableau général de Vélid affligeant de la littérature moderne, qu'un chapitre particulier consacré à un seul auteur. Plus tard, nous examinerons de plus près le talent de M. de Balzac. Nous le prendrons corps à corps, nous analyserons sa poétique et nous Tapprécierons comme peintre de caractères, car nous avons à cœur de justifier nos louanges comme nos critiques, et de prouver que notre impar-
tialité s'exerçaiit avec une pleine- liberté envers les vivants comme envers les morts, ne déporte point la vérité dans les nécrologies et ne réserve point sa franchise pour les tombeaux.
C'est chose difiicile et grave que d'exposer la poétique d'un écrivain, car cette poétique, souvent il ne la connaît pas lui-même ; au lieu dêtre intelligente, elle est instinctive; on dirait un législateur qui ayant la loi des douze tables dans la tête, agirait d'après des principes qu'il ne pourrait formuler en code ni graver sur l'airain. Lorsque Le Tasse eut achevé sa Jérusalem sous l'inspiration de ce merveilleux instinct de poésie qui lui servait de guide, ne le vit-on pas imaginer une allégo-
rie bizarre, dans le cadre de laquelle il prétendit faire entrer bon gré mal gré son poème, à peu près comme ce roi d'Espagne qui, ayant demandé un tableau à un grand artiste, fit mutiler le chef-d'œuvre afin de pouvoir renfermer la page écourtée dans le cadre qui s'était trouvé trop étroit pour la recevoir ^ Le chantre de Jérusalem n'eut-il pas la malencontreuse idée de faire des héros de la Croisade la personnification des vertus cardinales, et des principaux chefs sarrasins celle des sept péchés capitaux? Armide ne fut plus que la Concupiscence, Argan, l'Orgueil, tandis que Renauld fut la Foi, Godefroi l'Espérance et Tancrède la Charité. Il y a dans de pareilles allégories de quoi étouffer trois Iliade, à plus forte raison une Jérusalem délivrée. Heureusement, le moule ne vint qu'après la statue. Cette triste poétique, enfant posthume d'une
1. Nous croyons savoir que cet acte de barbarie s'exécute journellement beaucoup plus près de nous, au musée de Versailles.
(Note de l'auteur.)
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imagination maladive, no naquit qu'après le poème. L'aigle avait déployé ses ailes, et il n'était plus possible de le rappeler pour l'emprisonner dans l'étroit cachot que Torquato avait imaginé sans doute, afin que la merveilleuse fille de ses méditations ne fût pas plus libre que son père, et que la Jérusalem ex])irât enchaînée dans une cellule aussi étroite que celle où se mouraient les douleurs et le génie de son créateur.
Ceci nous est un avis de nous défier des poétiques des poètes. Or, malgré le méchant vers dont M. de Balzac s'accuse quelque part avec un courage si stoïque, après un laps de plus de vingt années, comme pour nous montrer la blancheur et la pureté d'une conscience littéraire sur laquelle les taches les plus légères de l'enfance demeurent, parce qu'elles n'ont point été effacées par d'autres taches, malgré ce méchant vers ',