Prononcez Pohrébyschtché
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elle avait donc trois ou cinq ans et quelques mois de moins que lui. Au reste, par suite de cette différence de douze jours existant entre le calendrier russe et le calendrier grégorien, madame Hanska put toujours très facilement se rajeunir d'un an, selon qu'elle choisissait pour date de sa naissance le 25 décembre d'une année ou le G janvier de la suivante.
Elle fut élevée au milieu d'une famille nombreuse, composée de trois sœurs et de trois frères, qui, presque tous, jouèrent un rôle marquant soit en Russie, soit même en France ^
Ainsi Caroline, la plus connue des sœurs de madame Hanska, après s'être appelée successivement madame Sobanski et madame Schirkoff, se remaria, pour la troi-
1 . Bien que puisés aux sources les plus autorisées, les renseignements recueillis ici, et dans la suite de ce travail, sur l'ensemble de la famille de m .dame Hanska, sont-ils tous d'une exactitude parfaite? Nous l'espérons, sans oser l'affirmer absolument.
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sième fois, avec M. Jules Lacroix, le traducteur de Sophocleet de Shakespeare. Certaines personnes affirment même qu'elle se maria quatre fois, et que ce quatrième mari fut le général de Witt.
La seconde, Pauline, épousa le général baron Jean Riznitch. Elle habitait, à une distance relativement rapprochée, — vu l'étendue du pays, — de la propriété de M. de Hanski, dont la femme voisina souvent avec elle par la suite. L'une de ses deux filles, la comtesse Keller, célèbre, sous le second Empire, par son esprit et sa beauté, épousa ensuite le marquis de Saint-Yves. Elle est morte récemment. L'autre, belle et spirituelle comme sa sœur, épousa le comte Ciechanowiecki, en 1863 maréchal de la noblesse, en Pologne, alors que son beau-père y était ministre de l'intérieur. La comtesse Ciechanowiecka est morte il y a douze ou quinze ans, ayant été moins connue à Paris qu'à Saint- Pétersbourg.
La troisième enfin, madame Stanislas Moniusko (Alexandrine, dite Aline), a laissé deux filles, mesdames Vankowicz et Martini.
Des trois frères de madame Hanska, les comtes Henri, Ernest et Adam Rzewuski, le premier fut l'un des écrivains les plus ingénieux et les plus populaires de la Pologne ; il eut deux filles : la comtesse Czapska et madame Kiecierzka. L'une des filles de la comtesse Czapska, madame Kolemine, épousa morganatiquement, sous le nom de comtesse de Romrod, le grandduc régnant Louis de Hesse.
Le second s'éteignit avec le grade de colonel en retraite.
Le troisième, général en chef et aide de camp de l'empereur de Russie, mourut propriétaire du château de Wierzchownia, — où Balzac avait passé tant de mois, — en laissant plusieurs enfants, parmi lesquels nous citerons la princesse Guillaume Radziwill, qui publia plusieurs romans à Paris
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SOUS le pseudonyme d'Une grande dame russe, et le comte Stanislas Rzewuski, bien connu de tous les lecteurs pour ses remarquables travaux littéraires français et polonais. On n'a pas oublié, entre autres, sa Faustine^ ce beau drame si remarquablement joué à la Porte-Saint-Martin par madame Jane Hading. Ce neveu par alliance de Balzac lui fait vraiment honneur. Ses frères, les comtes Léonce et Adam Rzewuski, sont tous deux officiers dans l'armée russe.
Des revers de fortune forcèrent les parents de la jeune Eve à chercher avant tout pour elle un parti riche, qu'ils trouvèrent en la personne de M. Venceslas de Hanski.
Celui-ci l'épousa, en 1818 selon les uns, en d822 selon les autres, ne lui apportant guère, il faut en convenir, d'autre avantage que cette richesse. Plus âgé que sa femme de vingt-cinq ans au moins, — il était né en i778, — et assez peu sociable, bien qu'ayant été élevé à Vienne, dans une
des sociétés les plus raffinées de l'époque, M. de Hanski passait la plus grande partie de sa vie dans son château de Wierzchownia, en Ukraine, — dépendant du gouvernement de Kiew, — au milieu de ses immenses champs de blé, dont la prodigieuse fertilité, par suite de l'absence de routes et de débouchés, demeurait presque sans profit.
Rappelons ici, à titre de curiosité, qu'en 1834, Balzac, enchanté, comme toujours, de transporter dans ses fictions un souvenir ou une trace de la réalité, s'empressa, dès qu'il connut ce nom de Wierzchownia, d'en baptiser le gentilhomme polonais au service de la France, qu'il met en scène dans son beau livre : la Recherche de V Absolu. Logé pour une nuit chez Balthasar Claës, à Douai, M. de Wierzchownia lui explique sa propre théorie de l'absolu, et devient ainsi la cause involontaire de tous les malheurs qui frappent par la suite la famille entière de l'inventeur français.
Balzac, d'autre part, avait déjà, dès 1833, dans le Médecin de campagne, donné le nom d'Évelina à l'héroïne du drame dont les conséquences décident M. Benassis à quitter le monde pour se retirer dans un pauvre village, où il devient le bienfaiteur des habitants.
De 1824 à 1831, plusieurs grossesses successives n'apportèrent à madame Hanska, — son nom est presque partout cité de cette façon, bien que, comme on le verra, son mari signât ses lettres : Venceslas de Hanski, — qu'un surcroît de chagrins, car de cinq enfants nés à peu d'intervalle pendant une dizaine d'années, elle n'en conserva qu'un seul, une fille, qui reçut le nom d'Anna, les quatre autres, dont trois garçons, étant morts en bas âge. La jeune mère reporta dès lors toutes ses affections sur l'unique et dernière héritière des biens de M. de Hanski. Sans la quitter un seul jour depuis l'heure de sa naissance jusqu'à celle de son mariage avec
le comte Georges Mniszech, le 13 octobre] 8 i6, elle prodigua sans relâche à cette enfant chérie les témoignages de la plus ardente tendresse maternelle.
Belle, intelligente, cultivée, remarquablement douée au point de vue littéraire, la comtesse Eve, ainsi qu'on ne cessa pas de la nommer après son mariage, chercha et trouva dans la leclure une ressource suprême contre Tennui de son intérieur morose et vide.
On conçoit sans peine l'impression que les premiers écrits de Balzac purent produire sur cette âme passionnée, sur cette imagination sans aliment.
Du Dernier Chouan à la Peau de chagrin, elle dévora tout avec une ardeur croissante. Mais ce dernier récit, malgré son vif attrait et sa puissance de séduction, ne lui sembla pas être l'œuvre espérée par elle après les Scènes de la vie privée. Élevée, comme la plupart de ses compatriotes, dans des senti-
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ments religieux d'une grande exaltation, elle avait rêvé comme suite à ces pages charmantes une série de compositions d'une délicatesse plus pénétrante encore, et empreintes de ce mysticisme poétique dont la plupart des femmes de sa race sont en quelque sorte imprégnées.
Cet espoir ayant été déçu, le mécompte qui s'ensuivit laissa une trace si profonde dans sa pensée qu'elle songea bientôt à en instruire Balzac lui-même.
Mais comment, du fond de son désert, exécuter ce projet sans éveiller l'attention et les susceptibilités de son entourage? Si nos inductions ne nous trompent point, madame Hanska y parvint grâce à l'institutrice de sa fille, mademoiselle Henriette Borel, originaire de Neuchâtel, en Suisse, où Balzac et sa correspondante devaient se rencontrer plus tard pour la première fois. Mademoiselle Borel lui servit sans doute de secrétaire, écrivit de sa main la lettre destinée au grand
écrivain et se chargea de la faire partir pour la France. Tout nous fait croire du moins à l'exactitude de cette hypothèse ^
Néanmoins, il se pourrait aussi que cette première missive eût été écrite par une parente de madame Hanska, mademoiselle Denise Wylezynska, installée pendant de longues années, ainsi que sa sœur Séverine, chez les châtelains de Wierzchownia. De la
1. Nous extrayons les détails suivants relatifs à mademoiselle Borel d'un intéressant travail de M. A. Bachelin, intitulé : Balzac à Neiichdlel; il a paru dans le Musée Neuchdklois, année 1883-1884 :
a Depuis 1824, elle (madame Hanska) avait comme institutrice de ses enfants mademoiselle Henriette Borel, notre compatriote.
» Jlademoiselle Henriette Borel joignait à une intelligence vive et enthousiaste une instruction distinguée. Ces qualités et l'affection qu'elle voujit à ses élèv3s lui concilièrent les sympathies et, plus tard, l'amitié de toute la famille Hanski. La mort en avait frappé plusieurs enfants. Mademoiselle Bortl fut atteinte de ce deuil autant que le père et la mère. Et, quelque temps après, lorsque mademoiselle Anna [de Hanska] tomba malade, elle lui donna ses soins avec une sollicitude maternelle qui aida puissamment à sa guérison. La convalescente paya son retour à la vie par une touchante reconnaissance, et, à partir de ce moment, l'institutrice et l'élève devinrent inséparables. »
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sorte s'expliquerait la dédicace : A D[enis>i] W[ylezynska] placée par Balzac (ou par sa veuve?) en tète de la dernière édition de la Grenadiere, dédicace tracée au crayon rouge, et faisant partie des corrections posthumes et manuscrites de l'exemplaire personnel de la Comédie humaine provenant du maître.
Elle y remplace le précédent envoi : A Caroline, adressé en réalité à madame Marbouty (Glaire Brunne), ainsi que nous l'avons raconté ailleurs*.
Disons incidemment que la famille Wylezynski se composait d'un frère, appelé Thaddée, mort en 1844, et de six sœurs. Nous en avons déjà nommé deux : Denise, morte en 1883, et Séverine, morte en octobre 1889. La troisième, madame Abramowcz, portait le nom de Marie; la quatrième, celui de Constance; elle mourut en 1871); la cinquième, s'appelait Pauline, et